‹ Les Logiciens anglais contemporains (volume 2)Chapitre 3 sur 90 · Syst. de log., trad. franc., liv. III, ch · texte numérisé non relu

Syst. de log., trad. franc., liv. III, ch

sans le secours d'aucun principe. La reproduction constante, dans les mêmes circonstances, des cas particuliers attendus en vertu de cette prévision spontanée et presque machinale, qui est le fond de nos premières inférences, enfante une présomption à croire que tous les phénomènes se comportent ainsi réguhèrement; peu à peu, cette présomption se fortifie, à mesure que s'accroît le nombre des cas favorables qui déposent en sa faveur, et, comme aucun fait ne la dément, l'esprit en vient naturellement à réunir en une formule générale toutes ces lois ébauchées et provisoires, et la croyance à l'uniformité de la nature finit par tirer de l'unanimité des témoignages favorables, et de l'absence de tout témoignage contraire, une autorité à laquelle nous ne saurions nous soustraire sans faire une violence injustifiée à nos habitudes d'esprit les plus puissantes. Dès lors, la certitude dont elle est investie rejaillit sur les lois particulières, et ainsi s'accomplit, sans cercle vicieux, le passage de l'inférence du particulier au particuUer à finférence du particulier au général, par l'intermédiaire du principe de l'uniformité de la nature.

Ce principe, Stuart Mill l'appelle encore la loi de la causalité universelle. C'est qu'en effet, parmi les uniformités de la nature, les plus importantes, celles qui ont le rôle scientifique le plus é minent, sont les uniformités de succession, et que toute succession régulière implique cause et effet. — Qu'est-ce donc qu'une cause, au sens scientifique du mot? Dans l'ordre de la nature, quand un phénomène se produit, il n'apparaît pas sans lien à ce qui l'a précédé; mais il est uni à un groupe de circonstances antécédentes. Si nous analysons ces circonstances, nous voyons que les unes sont invariables, tandis que les autres varient d'un cas à l'autre.

Nous appelons « cause d'une chose, Tantécédent à la suite duquel cette chose arrive invariablement» K Mais c'est là une définition insuffisante. Si en effet Tantécéaence et la conséquence invariables dans l'ordre du temps étaient l'unique signe de la cause et de l'effet, il faudrait déclarer que la nuit est cause du jour et le jour cause de la nuit, puisqu'ils alternent en succession régulière et constante. Or l'esprit se refuse à cette conséquence. A l'invariabilité dans la succession doit donc se joindre un autre caractère : c'est Vinconditionnalité de l'antécédent.'La nuit et le jour se succèdent invariablement, sans que nous puissions dire que Tune est la cause de l'autre. C'est que cette succesion est elle-même soumise à une condition, le lever du soleil à T horizon; c'est ce dernier phénomène qui fait succéder la clarté aux ténèbres; qu'il se produise, et le jour remplace la nuit ; qu'il ne se produise pas, et la succession de la nuit et du jour est interrompue. C'est donc l'apparition du soleil au-dessus de l'horizon, l'absence d'un corps opaque placé en ligne droite entre cet astre et le lieu de la terre où nous sommes, qui est pour nous la condition sans laquelle le jour ne se produirait pas. H faut donc définir la cause d'un phénomène « l'antécédent ou la réunion d'antécédents dont le phéïiomène est invariablement et inconditionnellement le conséquent » ■-.

Ce sens de la causalité étabU, le mécanisme de la preuve expérimentale est aisé à analyser. Chaque phénomène est précédé d'un cortège de circonstances variées et fait à son tour partie d'un semblable cortège. Il faut donc déterminer quels antécédents et quels conséquents sont unis dans cette suite incessante

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