GEORGE BENTHAM ET HAHILTON
de la sensibililé, les catégories de l'entendement et les idées de la raison, mais uniquement les lois des produits de la pensée telle qu'elle a été définie plus haut '.
. IV. Ces lois fondamentales, déterminées par la nature du sujet pensant lui-même, et non par quelque ciiose d'extérieur à lui, car dans ce cas elles seraient contingentes, sont 3u nombre de trois : la loi d'identité, la loi de contradiction et la loi d'exclusion ou loi du milieu exclu '.
La première énonce l'impossibilité de penser un concept donné et ses caractères comme réciproquement dissemblables ; il y a équivalence absolue entre un tout et la somme des parties qui le composent, entre un concept et la totalité des attributs qui le
1. Usmiltoa n'établît pas en termes exprès cette distinction entre U logique et la critique ; mais il en établit une équiva lente, qui se rapporte à sa nomenclature particalière. Dans la Lect. IV du Cours de logique, il dit : a Quand la forme e^t considérée par rapport au sujet pensant, c'est-à-dire coiume un acte, comme une opération, elle appartient à la psycliologie pbénoménale. Quand elle est considérée par rapport à ce qui est pensé, c'est-à-dire comme le produit de l'acte, elle appartient alors à la logique. » 11 dit encore, iiid. : « La logique considère la pensée non comme l'opération, mais comme le produit de la pensée ; elle traite non de la conception, du jusenient et du raisonnement, mois des concepU, des jugements et des raison- Aements. ■
2. CF. Lect. IV. Dans cette leçon, Hamilton admet une quatrième loi fondamentale, qu'il appelle loi de la raison et du conséquent, ou encore toi de la raison surSsante : « La pensée d'un objet, comme actuellement caractérisé par des attribnts positifs ou négatifs, n'est pas laissée au caprice de l'entendement ; mais cette faculté Joit être nécessitée par tel ou tel acte déterminé de pensée, par la connaissance de quelque chose d'indépendant du procédé de pensée lui-même. Cette condition est exprimée par la loi de raison sufËsante, ou loi de la raison et du conséquent. » Hamilton a-t-il reconnu plus tord que cette loi n'o rien de formel au sens où il prend ce mot? Dans ses dernière» ■pécalations, U ne la considère nlus comme une loi primitive.
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constituent. Aussi peut-on dire que « toute chose est égale & elle-même > ou A = A ou A est A. C'est le principe de toute affirmation logique.
La loi de contradiction, qu'il vaudrait mieux appeler loi de non-contradiction, «xige qoe deux assertions dont ràne nie ce que l'autre affirme ne puissent <ètrepen- ■îAîB ensemble. Quand un (Ajét eet déterminé par l'affirmation d'un certain caractère, nous ne pouvons continuer à le penaer eomme le même objet, quand ce caractère en est nié. En d'autres termes, oe qui est contradictoire est InconcevaMe; A =: noq A = 0, ou A — A = 0. Cert le principe de toute négation logique.
La loi du milieu exclu, principe de la disjonction logique, veut que, de deux attributs contradictoires, un seul puisse être affirmé d'une chose, et que si l'un eu est explicitement affirmé, l'autre en soit implicitement nié.
V. Lea lois que nous venons d'énoncer sont < les conditions du concevable ». Les nier, c'est nier la pos- Bifoilité même de ht pensée. Mais la logique implique en outre un postulat dont la nécessité résulta de aa déËnition même. Puisqu'elle a pour objet la forme, toute la forme, rien que la forme de la pensée, l'œuvre qu'elle se propose est impossible à réaliser, si on ne l'jiutariae pas à exprimer pleinemuit le sens total des notions, des jugements, des raisonnements qu'elle considère. IL peut se iCaire en effet, c'est une question à examiner plue tard, que le langa^ usuel n'exprima pas tout ce qui œt contenu dans l'acte, et par suite dans le produit de l'eutendement. On doit donc permettre h la logique, ewis p^e de la condamner à uœ imperfection irrémédiable, c d'énoncer explicitement dam le iMiga^ tout te qui est canietut implicitement
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dans la pensée '. a Bien de plus einsf^e «t de plus )égilime que cette demande. Pourtant, c'est pour ne pas l'avoir faite qœ les anciens lagici^u n'ont donné qu'âne doni-analyse de l'objet de la science.
VI. Voyons en effet ce qui résulte tout d'abord de ce postulat. Toute profwjsition est composée d'un sujet et d'un prédici^ unis par une copule. Mous pensons le enjet avec une qoantité détermieée, et c'est de celte quantité du sujet que résulte la quantité, le plus sou- T«nt exinimée, suis tai^oucs reconnue des propositions Mais le sujet est-H le seul terme qui soit quantifié dans Ja prisée? Le prédicat est-il tmijours et nécessairement pensé d'une manière quastîtativement indétn-minée? En ùàt, on l'exprime le plus souvent sans y attacber un »gne précis de quantité ; on dit, par exemple : Ions les hommes sont mortels, sans spécifier si l'on entend parler de tous ks mortels ou seulement de qtulquea-una. Pourtant il est des cas assez nombreux xtb le langage quaotiile le prédicat, l'uur cela, nous y joignons les mots tout, quelque, ou des équivalents de ces mots ; ou bien encore nous y attacboDs des formes limitatives; nous disons, par exemple : des amfoaux, l'homme seul est raisonuable; lafai «eule justifie; ou encore : sur terre, il n'y a de grand que l'hanme; dans l'homme, il n'y a de grand que l'esprit,
Sont-œ là des exceptions dans la pensée, connoe ce MDt des exceptioBS i^ns le langage? ou faut-il au contraire admettre iiue le prédicat de toute proposition est pensé avec une quantité déterminée, et que la
1. Cf. Logii:, Lect. VI. Ce n'«tt pa« Ift.'d'aprèe HamiltOD, le «cbI •OBtulst de la logique ; Cf. logk, appead. VI (AJ ; mais c'est de beauROup l6 plus important ; c'est celai qoï contient en germa tonte la aeniTalle muùjUqae. Cl.Btfties, An Eua^, p. i.
logique doit, par conséquent, exprimer celte quantité dans toutes les propositions qu'elle traite? Pour répondre & cette question capitale, considérons l'acte de l'entendement par lequel nous unissons un prédicat à un sujet Une noiion est l'idée de l'atlribut général ou de l'ensemble des attributs généraux par lequel une pluralité d'objets individuels coïncide. Elle implique, par conséquent, la perception et la comparaison d'une pluralité d'objets, la reconnaissance en eux d'éléments semblables, et l'union subjective de ces éléments. Une notion est ainsi un tout purement idéal que l'esprit est contraint de former, pour classer dans la pensée, et séparer dans le langage, les objets variés de sa connaissance- Qu'es^t-ce maintenant qu'attribuer un prédicat à un sujet? C'est penser ce sujet, objet individuel ou notion, sous ou dans une notion donnée. Dire par exemple : L'hommeettun animal, c'est placer la notion homme sous la notion animal.
Cela étant, quand nous plaçons ainsi un objet sous une notion, c'est-à-dire quand nous affirmons qu'il appartient à telle ou telle classe, nous devons savoir qu'il y occupe une certaine place ; autrement, nous ne serions pas autorisés à l'y faire entrer. Si, par exemple, nous ignorons que le concept homme occupe une certaine place dans le concept animal, nous ne sommes pas en droit d'affirmer le second du premier, c'est-àdire d'introduire le premier dans le second. Il y a plus : non-seulement, pour penser un concept sous un autre, ou un objet sous une notion, nous devons savoir que l'un est partie de l'autre, mais nous devons encore déterminer exactement la portion qu'il en occupe. Toute notion est en effet une unité factice dans la I ensée ; l'étendue en est égale à la somme des objets dont elle exprime les éléments communs ; d'autre part.
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penser un objet, c'est le faire entrer dans une notion ; il en résulte que, en le pensant, nous délimitons rigoureusement l'étendue occupée par lui dans la classe à ■ liiquelle il est rapporté '.
Le prédicat est donc toujours et nécessairement pensé avec une quantité déterminée, égale îi la quan • tité du sujet. Aussi, en vertu du postulat de la logique, devons-nous toujours énoncer explicitement cette quantité implicitement pensée. Si. d'ordinaire, le langage ne le fait pas, c'est qu'il vise & exprimer ce qui est pensé, et non pas, si ce neat accidentellement, la manière dont nous le pensons ; c'est qu'il a affaire à la matière et non à la forme de la connaissance; de là vient qu'il élimine de l'expression tout ce qui n'est pas strictement nécessaire à l'intelligence claire de ce qui est pensé. Mais la logique doit, sous peine de faillir k sa tâche, suivre une procédure plus rigoureuse et énoncer, en toutes lettres, tout ce qui est implicitement contenu dans la pensée, el par suite assigner aut prédicats de toutes les propositions une quantité déterminée.
La quantification du prédicat est le principe essentiel de la nouvelle analytique; elle seule permet de donner de la science logique une complète analyse ; c'est pour l'avoir ignorée ou méconnue que les anciens n'ont développé la logique que par un c&tè et lont embarrassée de règles nombreuses, inutiles et discordantes.
Vil. La première conséquence de ce principe est une réforme importante dans la théorie des propositions. L'ancienne analytique admet quatre espèces de propo-