LA LOGIQUE INDUCTIVE EN ANGLETERRE
I, La logique inductiva et la logique formelle. -- II> La logique inductive : Herschel. — III. Whewell. — IV. Stuart Mil).
I. Les logiciens anglais contemporains se distribuent en deux écoles principales : l'école de la logique matérielle ou inductive, et l'école de la logique formelle. Pour les un?, ta logique est uniquement la théorie de l'induction et de la preuve expérimentale ; pour les autres, elle est, comme l'a voulu Kani, la science des lois de la pensée en tant que pensée. Mais, malgré cet antagonisme fondamental, tous s'accordent \ condamner la logique d'Aristote et prétendent y substituer un système nouveau et plus vrai. Seulement, tandis que les uns, ramenant toute inférence à l'inférence iq.ductive, ne voient dans le syllogisme qu'une induction déguisée et nient ainsi la légitimité de la logique for-
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ii LES LOGICIENS ANGUIS CONtEUPOHAIHS -
melle, les autres, admett^t {fi validité de la déduction, se proposent de remplacer les méthodes fragmentaires et pariiculi^res de l'apalytique ancienija par ufie m^tbode complète et générale de déduction.
L'école inductive est connue en France, au moins dans ses représentants les plue illuetres et les [)ius récents ' ; aussi suffira-t-il d'en donner une rapide esquisse, oii les ttiéories de préparation et de transition seront marquées de traits un peu plus forts.
n. Tous les théoriciens de la logique expérimentale relèvent de Bacon, non pas que Bacon ait indiqué des procédés de méthode précis, complets et infaillibles ; mais, en faisant fortement sentir aux esprits de son temps l'importance et la dignité de l'étude positive des faits, en insistant aur c^te vérité que la connaissance âes lois sort uniquement de l'investigation patiente et méthodique de la nature, en distinguant ce genr^ d'ipduction auquel iion nom est resté attaché du genre imparfait seul connu des anciens, il a été le premier maître de cette logique nouvelle, qui, aux mains de K^rsqhsl, de Whewfdl et 4e Stuart Mill, 4&vMt lepevoir, daopsQn pays et dans notre piècle, d#s accrowse. ments si considérables.
Herschel est un savant *. Verni à une époque oii les sciences de la nature étaient déjà riches en grandes
1, Y. f, Stuart Mill, Syatè»ne de logique inductive et éédttelive, irftd. par i-am Peiase, Paris, 1866, g vol. iB-&". ^ Alejflii(li'^ Uain , Logique déductive et induclioe, trad. par Gabriel Coml>a;rÉ, Parie, tSItl, 3 toI. Id-S. — B. Taine, le PoeUiviîiite an- ■;!ais, Pari», 1S61, 1 vol, i)iilS, rr- J. I«cbali«r, du Poo^^mat •U l'induction, Pftrja, i869, i yol. ln-8', — Th. Ribot, la Fiycholugie anglaise contemporaine, &* Éd., Paria, 1878, 1 vol. in-B'.
S- V. 4 fîivAni'fffrjr pifoourn «n tJw Stu4y «/n^Au-nf Pkilolophy, oew ç^-. l^ndon, 1851. -■- Tradi# en fttiflsMa P« B*^* Paci:^, lS3i, i voU ia-lS.
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découvertes, et lui-ménie éminent inventeur, il a formulé, dans son Discaur» sur l'élude de la philosophie naturelle, leB règles de méthode que ses devanciers et lui-même avùent appliquées d'instinct. La conception générale qu'il se fait de la science est voisine de celle de Bacon, avec un degré supérieur de précision qui ne pouvait être ntteint avant les découvertes de Newton et de eee successeurs. La connaissance que nous pouvons avoir de la nature nous vient de la seule expérience; niais ceUe-ci ne noue découvre pas les causes intimes et profondes que la nature met en œuvre pour produire les phénomènes. Nous ne connaissons que les &its et les relations variées qui les unissent. Toutefois nous appelons causes les circonstances qui précèdent ou accompagnent d'une façon constante et invariable la venue des phénomènes. Le premier stade de la découverte doit donc élre l'observation des fjûta. De là l'esprit, faisant rentrer les rapports découverts dans des rapports de plus ea phis vastes, passe à des théories de plus en plus générales. Mais rimportant e^ de démêler dans la masse des faite observés les circonstances essentielles des circonstances aocideolelles, celles qui sont invariables et uni&rmes de celles qui îont passagères et mobiles; pour cela., il faut savoir discerner les vraies causes des causes apparentes, et ce discernement requiert une connaissance exacte du rapport de cause & effet
Une cause et un effet se reconnaisâent aux signes suivante : la cause et l'efTet sont invariablement uni^, la cause précédant l'effet, l'efTet suivant la cause. TouteËais, en certains cas, ce signe n'est pas manifeste. Ainsi souvent l'eSet se produit graduellement, grâ^ h un «:croissemeDt progressif de l'intensité de la cause ; d'eutres fois, le passage de la cause à l'eftet
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est si brusque, si instantané, que linlervalle qui lea sépare est insensible. — Quand la cause est absente, l'effet l'est aussi, à moins que n'intervienne une autre cause capable de le produire. '— Dans les cas oii l'intensité de la cause est variable, quand elle croit ou diminue, l'effet croit ou diminue. — L'effet est proportionnel à la cause, dans tous les cas où celle-ci agit directement, sans entraves. — L'effet est supprimé quand la cause est supprimée.
De ces caractères de la relation de cause à effet se déduisent des préceptes généraux de mélhode, où il est aisé de reconnaître en germe les méthodes d'expérience plus tard décrites par Sluart Mill.
Il s'agit de déterminer la cause d'un groupe donné de phénomènes.
i' Si, dans le groupe de faite considéré, il en est un qui ne présente pas une circonstance déterminée, ou qui en présente une diamétralement opposée, cette circonstance n'est pas la cause cherchée.
2' Une circonstance présente k tous les faits sans exception peut être la cause cherchée, ou du moins un effet collatéral de cette cause. Si cette circonstance est la seule qui soit commune à tous les faits, il est certain alors qu'elle est la cause ; mais si ces faits présentent tous plusieurs circonstances communes, 09 peuvent être là autant de causes concourantes.
3° Quand la façon dont une cause produit son effet demeure invisible, et même quand son existence dans les circonstances données est difficile & concevoir, on ne peut cependant pas la nier, si elle a pour elle le témoignage unanime de fortes analogies. Dans ces cas, on ne saurait se prononcer o priori contre la réalité de la cause supposée. Ainsi nous voyons que le soleil est lumineux, et par analogie nous concluons qu'il est
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une source d'intense chaleur; cependant nous ignorons comment la chaleur produit la lumière et comment s'entretient la chaleur du soleil.
4° Les faits contraires ou opposés sonlaussi instructifs ponr la découverie des causes que les faits favorables.
5° Onrend très-souvent les causes sensibles en disposant les fails suivant l'ordre d'intensité danp lequel certaine qualité particulière ee manifeste; cependant les résultats de ce procédé ne sont pas nécessairement exacts, parce qu'avec la cause supposée peuvent agir des causes qui en contrarient ou en modifient l'effet.
6" Ces causeb contrariantes peuvent demeurer inaperçues et annuler les effets de la cause cherchée dans des cas qui, sans cela, seraient comptés au nombre des cas favorables. On peut donc souvent éliminer des exceptions, en écartant les causes contrariantes, ou en en tenant compte. Celte remarque est de la plus haute importance pour les cas, d'ail* leurs nombreux, où une exception saillante, mais unique, surgit au milieu d'une masse de faits qui déposent unanimement en faveur d'une cause.
7° Si nous pouvons rencontrer dans la nature ou produire nous-mêmes deux faits qui coïncident dans toutes les circonstances moins une, l'influence de cette circonstance sur la production du phénomène doit être par là même rendue sensible. Si cette particularité se renconti e dans un fait et est absente dans l'autre, la production du phénomène prouvera si elle est ou non la gfule cause. Si au contraire la présence ou l'absence de celte particularité n'exerce d'influence que sur le degré ou l'intensité du phénomène, on peut seulement conclure qu'elle agit comme cause concourante, ou comme condition liée à quelque autre condition qu'il faut cher-
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cher ailleurs. Si dans la nature il est rare de trouver des faits qui ne difFërent que par une circonstance, quand nous appelons l'eapérience à notre aide, il est aisé d'en produire.
8° Quand on ne peut faire oomplétement disparaître la circonstance dont on vetf déterminer l'inQuetice, il faut chercher des cas ob elle présente des dilî^ rences considérables de degré. Si l'on n'en trouve pas, il faut essayer d'affaiblir on d'aecroltrâ son action, en introduisant quelque circonïtaoce nouvelle, qui, considérée en elle-même, sembla capable de produire l'effet considéré. Mais it faut se souvenir que la preuve ainsi obtenue est indirecte, car U nouvelle circonstance itttroduite peut avoir une influence directe sor la cause réelle ou sur qaelque autre circonstance.
9' Les pbénomèneà compteaed, dans lesjuelj des causes concourantes, opposées ou complétemeat indépendantes, agissent sioiultanémeat , de façon & produire uD effet composé, peuvent être simplifiés, en défalquant l'eCTtit de toutes les causes connues, soil par un raisonnement déductif, soit par un appel k lexpérience, et en réduisant ainsi le phénomène complexe à. un résidu plus simple. C'est par ce procédé qjjie la science, à l'état d'a^vancement où elle est parvenue, peut faire de nouveaux progrès. I^s pliéno^ mènes de la nature sont en etfet trèâ-compliqués, et, quQnd les elTcis de toutes les causes- cooaues sont estimés avec exactitude et soustraits, le résidu estiHi ' phénomène complètement nouveau.