‹ Les lois de l'histoireChapitre 1 sur 144 · LES · texte numérisé non relu

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L'histoire du muuJc ue saurait ûlru i envisagée) sans uu esprit ([ui la dirige.

Nouveauté de f histoire. — Si le moiido est vieux, Thisloiro est jeuae. Eu rcmontaat seulement jusqu'à la centième génération dans le passé, nous ne lui trouvons plus uu caractère suffisant de certitude. Les faits alors cessent de s'enchaîner, les contradictions se multiplient, Tobscurité augmente. A la deux centième génération, tout vestige de tradition a disparu; au delà ce n'est plus l'histoire, c'est V/iistoire îiaturelle de notre race dont les problèmes nous attendent. Et dans ce laps de temps, relativement court, quel chemin n'a pas fait le genre humain, que de changements, que de révolutions, quelles prodigieuses transformations n'a-t-il pas traversés! Depuis six mille ans, le même soleil éclaire notre globe, les mêmes constellations brillent à nos horizons; la configuration des mers et des continents est, à peu de chose près, restée la même ; seul, sur cette scène apparemment immobile, l'homme oflre le

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spectacle de son incessante mobilité. Est-ce cette mobilité de l'histoire, ou est-ce sa relative nouveauté qui est cause qu'on n'en a pas encore trouvé la loi, qu'on n'en a pas su faire une science? Ne serait-ce pas plutôt que la connaissance de soi étant la plus difficile des connaissances, Thomme dont le génie a essayé avec succès de « jauger » les cieux, ne s'est pas encore assez replié sur lui-même pour découvrir « la formule » qui rende compte de sa forCe propre^ intime et du mouvement évolutif qu'elle doit parcourir?

Divisions actuelles. Fhi de r antiquité, — Quoiqu'il en soit, tout le monde, en attendant, a accepté la division de l'histoire en trois grandes périodes, celles de l'antiquité, du moyen âgç et des temps modernes. Personne n'oserait dire qu'elle est fausse. Elle est certainement vraie, vi'aie jusqu'à l'évidence, vraie comme les vérités de M. de la Palicc. C'est comme si l'on disait que la journée se divise en matinée, milieu du jour et soirée, assertion incontestable et qui le restera longtemps sous nos zones teriipérées. Mais dans mille ans, les grandes lignes de démarcation de l'histoire ne seront-elles pas déplacées? et l'époque dans laquelle nous vivons, ne sera-t-elle pas considérée comme appartenant au moyen âge prolongé bien au delà de sa limite actuelle ? La question vaut certainement la peine d'être examinée.

On nous apprend que ce moyen âge commence l'an 476 après Jésus-Christ. Pourquoi avoir choisi cette année? Qu'est-ce qu'elle a de remarquable? Parce que Romulus Augustule, dernier empereur de sang romain, abdique entre les mains d'Odoacre, chef des Hérules et des Rugiens, 1230 ans après la fondation de Rome? En quoi cet événement, qui passa presque inaperçu, changea-t-il la face du monde? Rome alors n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle avait été conquise par Alaric, pillée par Genséric. Rome, à vrai dire, n'était plus à Rome, mais à Ryzanco; l'Occident tout entier était entre les mains des barbares. On peut trouver intéressant de terminer l'histoire de l'ancienne Rome par un Romulus aussi petit qu'on s'était figuré grand celui qui

Tavait fondée; mais cela n'aurait pas du élre un motif pour marquer par un fait pareil une des étapes de Thisloire universelle.

Fin du moyen âge. — 11 ne serait pas plus raisonnable de y fixer le commencement d'une ère nouvelle à la chute d^ Constantinople. Ce no sont assurément pas les Turcs qui ont contribué au progrès des lumières, à moins qu'on ne leur fasse un titre de gloire d'avoir mis fin à la longue agonie de l'empire byzantin. Les lettrés grec§ qui, mis en fuite par des hordes tatares, répandirent partout, dans les pays de l'Occident, le goût de leur langue et des chefsd'œuvre qui y sont composés, ont hâté, en vérité, ce réveil des peuples européens, connu sous le nom bien significatif delà Renaissance. Mais les deux événements qui l'ont déterminé et rendu pour ainsi dire complet, ce sont la Réforme et la découverte de l'Amérique. On se rappelle le beau passage de l'Anabase où les Grecs, parvenus à la terre des Colques, du haut d'une colline découvrent la mer et la saluent de leurs cris joyeux comme l'élément ami où ils savaient s'orienter. C'est ainsi que commencèrent à s'orienter les peuples de l'Europe, lorsque, arrivés au sommet intellectuel du xvi" siècle, ils purent embrasser d'un même coup d'œil et les horizons de leur passé reculant dans les ténèbres et les clartés qui semblaient les appeler h un avenir glorieux et sans limite. Le moment de la pleine lumière n'était pourtant pas encore venu, on en apercevait à peine les premiers rayons. La société était encore barbare; la foule continuait à croupir dans l'ignorance. A l'oppression que les hautes classes faisaient peser sur la plèbe s'ajoutaient de longues guerres religiçuses. Partout régnaient l'intolérance, les haines, les persécutions sanguinaires. La Saint-Barthélémy, les ruines fumantes de Magdebourg, les autodafés de l'Inquisition, les procès faits aux sorciers et aux sorcières (jusqu'à la fin du xvm* siècle) sont autant de preuves que si l'ère de la vraie humanité est annoncée, elle n'est pas encore une réalité. On voit bien que le moyen âge va finir,, mais les jours d*une

huinaiiilé plus heureuse et plus humaine se font toujours attendre. Donc, si la date 476 est sans valeur pour désigner le commencement du moyen âge, celle de 1492 ou de 1500 est insuffisante pour en marquer la fin.

Où commence V histoire ancienne? Dates bibliques, — Que dire enfin du point de départ de l'histoire ancienne? Nous trouvons dans les tableaux chronologiques de Kohlrausch qui, il y a trente ans, étaient en usage dans tous les gymnases de l'AUemagne :

3484 avant Jésus-Christ. Création du monde;

2328. Déluge deNoé;

1636. Les fils de Noé : Sem, Cham, Japhet;

2200. Tour de Babel.

Il n'est que juste de tenir compte de la différence qui existe entre le texte hébreu des livres sacrés, le texte samaritain et la version des Septante. La plupart des partisans du texte samaritain fixent la naissance de Jésus-Christ à Tan du monde 4305. Les copies ordinaires des Septante reculent l'origine du monde jusqu'à Tan 5270, et le père Peyron trouve moyen, en amplifiant le calcul des Septante, de remonter jusqu'à Tan 5873 avant Jésus-Christ.

En adoptant ce dernier chifi*re, qui est le plus élevé, nous arrivons à une durée de sept mille sept cent cinquante-trois ans pour notre terre, et le monde, quand d'après les résultats de la science moderne, il convient d'évaluer cette durée à des milliers et peut-être à des centaines de milliers de siècles. Les chiffres indiqués par les Septante atteignent et même dépassent ceux auxquels s'arrêtent les traditions du peuple qui possède les plus anciennes, le peuple d'Egypte. D'aprèsBœckh, l'histoire de Mizraïm remonterait à 5700 avant notre ère; d'après M. Lcpsius, la première année du règne de Menés, premier roi d'Egypte, ne pourrait être placée plus bas que 3892 avant Jésus-Christ. Dans ce cas, il faudrait admettre que les débuts , non pas de notre race , mais de l'histoire et de la civilisation égyptienne sont à peu près de Irois cents ans au moins plus anciens. Il faudrait donc en-

visager Taa 4500 comme étant la date la plus rapprocliéo de Tépoque où une partie du genre humain sortit de la vie inconsciente ôtpour ainsi dire végétative que semblent avoir menée pendant des milliers et des milliers d'années les générations primitives de notre globe. Les plus anciens souvenirs de l'histoire des Babyloniens, des Assyriens et des Elamiles sont plus récents de quinze siècles que ceux de rÉgypte. Abraham paraît avoir vécu vers 2000, et Moïse, selon toute apparence, n'a conduit son peuple au pied du Sinaï que vers la fin du xiv* siècle. Quant aux Grecs, ils sont venus les derniers de tous. Les prêtres de Sais le savaient bien, et ils exprimèrent leur opinion devant le célèbre voyageur : « Vous autres, Hellènes, vous restez toujours des enfants. Vous n'avez en vous aucune notion de l-anliquilé, vous ne possédez aucune vieille croyance, aucune science que le temps ait blanchie. »

Observations sur les plus anciennes dates de C histoire. — Assurément la Bible, envisagée comme livre, est d'une date assez récente elle-même, et Ton ne saurait reprocher aux auteurs des écrits qui la composent des erreurs qui ont été rectifiées seulement par la science moderne et qui n'affectent point d'ailleurs les doctrines qui y sont enseignées. D'un autre côté, il faut se garder de trouver absolument ridicules les données chronologiques des prêtres de TÉgypte, de la Babylonie et de la Chine, assignant trente mille et même quarante-huit mille ans à l'histoire de leurs pays respectifs — les bramines parlent même des millions d'années que le monde aurait duré. — Sans doute, lorsque ne sachant comment remplir les vides de ces longues périodes, ils y placent les règnes des dieux et des demi-dieux, nous nous surprenons à sourire de pitié. Mais il faut reconnaître qu'au fond de toutes ces extravagances, il y a une idée philosophique, d'une justesse contestable à coup sûr, celle de l'éternité du monde visible. Ils avaient des notions d'astronomie plus on moins exactes, et ils étaient frappés, comme nous le sommes, de Tordre établi dans l'univers, de la succession des saisons.

de la marche régulière du soleil, des évolutious toujours les mêmes des astres ; croyant à la durée indéfinie d'un monde qui ne semblait changer jamais, ils aimaient à asseoir l'histoire de règnes éphémères et jusqu'aux incertitudes du présent sur la fiction d'un long passé immobile et glorieux. Aussi ont-ils négligé — et la chose est extrêmement regrettable, — d'adapter aux événements les données chronologiques que la contemplation des cieux leur avait fournies. Voilà pourquoi on n'a pas encore pu reconstituer la liste des pharaons ni fixer la durée du premier empire de Memphis. Les prêtres égyptiens connaissaient pourtant l'année solaire; elle commençait pour eux avec le lever du Sirius, qui annonçait au pays le bienfait de l'inondation . Mais comme ils ne comptaient d'abord que 365 jours au lieu de 36S et un quart, il en résulta bientôt un écart considérable entre l'apparition de l'astre et la date astronomique, et il fallait un laps de temps de mille quatre cent soixante et un ans pour rétablir la coïncidence. Celle-ci fut constatée en 1322 avant notre ère, sous le règne du roi Menephlhah. On est donc sûr que les Égyptiens ont compté régulièrement les années au moins à partir de l'an 2783.

On prétend que les observations astronomiques des Chaldéens envoyées par Callisthène à Aristote auraient embrassé un espace de mille neuf cent sept ans. Et, en effet, M. Duncker croit pouvoir démontrer* que le premier roi de la troisième dynastie babylonienne, d'après Bérose, aurait commencé à régner en 24S8. Les inscriptions cunéiformes nous apprennent, d'accord en cela avec les traditions de la Bible, que le pays d'Élam a été de 2300 à 2100 sous la domination de la puissante dynastie des Kudurides 2, auxquels la Babylonie elle-même aurait été obligée de payer tribut. Peut-être que de nouvelles découvertes nous feront retrouver la liste complète des rois d'Élam, de Babel et de Ninive.

Nous sommes plus heureux en ce qui concerne la Chine.

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