DuQcker, II, p
Benlcew* 3
OU mieux, sans que nous eussions pu en faire une étude approfondie, la marche de Thumanité n'en aurait pas été changée d'une manière très sensible. On pourrait à la rigueur revendiquer pour l'Egypte un rôle particulièrement providentiel, le Nil ayant été, pai* l'action fécondante et la régularité de ses inondations, comme le père nourricier et aussi l'instituteur des nations primitives de ce pays. Cette circonstance extrêmement favorable explique certainement en partie la précocité de sa civilisation. Celle-ci se développe, sans un trop grand effort, sous un ciel clément, le long des grands cours d'eautels que le Tigre, l'Euphrate, l'Indus, le Gange, le fleuve Bleu et le fleuve Jaune. Toutefois c'est la Méditerranée surtout qui a été comme le gymnase de l'humanité, au moins pendant la seconde phase de son histoire. C'est en voguant d'île en lie, de côte en côte, que les marins de ces âges lointains se préparaient par un cabotage séculaire aux grandes navigations sur la haute mer et aux dé-couvertes transatlantiques des temps récents. Si le nord de l'Afrique eût rejoint la côte italienne et la presqu'île du Balkan, en supprimant le grand lac continental et l'Archipel, le mouvement si important du commerce phénicien en était entravé ou changeait de route ; les Pélasges auraient peut-être absorbé les Yavanas, et l'humanité, tout en suivant la même direction générale, aurait difficilement atteint les mêmes sommets. Mais il ne faut pas raisonner ainsi. Si la terre entière était couverte d'un océan de glace ou de vastes déserts, comme ceux qui portent les noms de Gobi et de Sahara, toute culture supérieure aurait été impossible. Mais c'est précisément parce qu'il y a une race humaine faite pour habiter la surface de ce globe et pour faire valoir les forces et les trésors qu'il recèle, que ce globe, avec ses accidents multiples, avec ses îles grandes et petites, avec ses mers et ses cours d'eau, avec ses climats et ses produits si variés, a été disposé pour servir à l'éducation et au développement de cette race privilégiée*
PÉRIODE DE PRÉPARATION, -r L'ORDRE DANS LA FORCE 35
E. — Ph
Ce n'est donc pas en Chine, comme Hegel et Herdei Tavaicnt cru, et encore moins dans l'Inde, qu'éclate d'abord la pleine lumière de Fhistoire. C'est de Memphis et de Thèbes qu'elle commence à rayonner vers Babel et Ninive ; puis elle brille sur les cités opulentes des Phéniciens, et, voyageant à bord de leurs flottes aventureuses, elle se répand sur l'Occident. A côté des vastes états de l'Orient fortement centralisés et de leurs populations relativement immobiles ou au moins stationnaires, les Phéniciens représentent le principe du mouvement. Ils échelonnent leurs colonies le long des côtes méridionales, surtout de la Méditerranée jusqu'aux colonnes d'Hercule, jusqu'aux lies Canaries. On les rencontrait à tous les endroits où se trouvait le coquillage qui fournit la pourpre, où l'ambre se récoltait et où il y avait des mines à exploiter. Ils échangeaient les fabricats de l'Orient extrême contre les produits naturels des pays encore barbares, tels que l'Espagne, la Grande- Bretagne et les côtes occidentales de l'Afrique. Us réveillèrent le génie encore assoupi des Grecs, auxquels ils portèrent les lettres. Ils enseignèrent à Israël, qui y était rebelle, les arts, dont la connaissance lui était indispensable pour rehausser l'éclat et les pompes du culte. Ils pointaient ainsi d'avance les étapes de la civilisation, marchant à grands pas de l'Orient à l'Occident. Refoulés au bord de la mer de Syrie, ces courtiers infatigables, avant-garde du sémitisme, s'assurèrent comme un refuge pour les mauvais jours dans la Ville-Nouvelle (Kapx^Swv), fondée par Élissa. Ils purent ainsi arrêter pendant quelques siècles l'avènement de l'histoire des Aryâs, qui devaient jeter dans la Perse, avec Cyrus et Darius, et plus tard dans la Grèce, un si vif éclat, et régner ensuite sur le monde antique par les fils de Romulus.