‹ Les lois de l'histoireChapitre 125 sur 144 · Leçon publiée dans la Revue littérairey en · texte numérisé non relu

Leçon publiée dans la Revue littérairey en

d'intrépides navigateurs ont abordé à la terre des antipodes : rOcéanie a été révélée à nos regards étonnés. L'humanité, après la constatation des lieux, a pris possession du globe comme de sa maison propre, et elle a rejoint pour la première fois, son point de départ.

Jusque-là, tout va bien, et ce coup d'œil rapide jeté sur les deux hémisphères pourra nous satisfaire peut-être, et même nous charmer. Mais en y regardant de près, nous serons obligés de faire quelques réserves. Nous savons, de source à peu près certaine *, que les premiers colons chi- / nois qui sont allés s'établir dans la vallée du fleuve Jaune, f venaient de l'Ouest, puisqu'ils étaient descendus des degrés inférieurs du Kuen-Loun. Ce fait se serait passé, nous dit-on, antérieurement à l'an 2700 avant Jésus-Christ. Ils sont venus de l'Ouest aussi, c'est-à-dire des bords de l'Indus, pour émigrer à l'Est, ces Aryâs qui ont occupé la presqu'île du Gange, et fondé avec les empires des Kurus et des Pandus la religion de Brahma. Mais bien avant tous ces événements, et avant qu'on vît surgir les centres antiques de Babel et de Ninive, s'était élevé sur les bords du Nil le puissant empire des Pharaons (vers 3900 avant Jésus-Christ). Ses obélisques et ses pyramides, les images de ses souverains, ses inscriptions hiéroglyphiques, nous fournissent les documents d'une civilisation avancée à une époque oti le reste de la terre n'était encore parcouru que par des tribus sauvages. D'oti que soient venus les premiers habitants de la biblique Mizraïm, des montagnes de la Lune, ou même de l'Asie, comme aucuns l'estiment, on ne saurait nier que l'action de leur culture primordiale ne se soit propagée surtout du sud au nord, et ne se soit fait sentir surtout aux Hyksos du désert, aux Phéniciens de la Palestine (Sidon et Tyr datent de 3000 et de 2700 avant Jésus-Christ) et, enfin, jusqu'à Babylone et aux parties nord de l'Asie Mineure.

Si la véritable patrie des Sémites était réellement l'Arabie, comme nous le croyons, si leurs premiers ancêtres

1. Ed. Biot, Constitution politique de la Chine au xii^ sièclet pages 5 et 6.

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avaient été cantonnés sur les sommets du Nedjd, leur mouvement expansif a dû pareillement se diriger du Sud au Nord, avec une inflexion, toutefois, très prononcée vers l'Ouest (on n'a qu'à se souvenir des descendants de Lud, lesLydiens). En effet, nous les voyons s'avancer à travers la Palestine, la Syrie et la Mésopotamie, en colonnes de moins en moins serrées jusqu'au pied du Caucase, où leurs migrations s'arrêtent et commencent à refluer vers le Midi. A l'Est, ils ont été contenus de tout temps par les vastes établissements des Aryâs qu'ils ont pu soumettre quelquefois, mais jamais anéantir.

On peut faire un pas de plus. A une époque antérieure à toute tradition historique, les races méridionales (noires, brunes, jaunes) habitant les trois grandes presqu'îles de l'Asie et l'Afrique tout entière, (laquelle est la partie la plu» vieille de l'ancien continent, étant émergée déjà aux débuts de la vie sur le globe *), ces races, disons-nous, arrêtées qu'elles étaient dans leur expansion par la mer ou de vastes déserts, ont dû refluer en masse vers les régions du Nord et se répandre dans tout le Midi de l'Europe ainsi que dans les parties moyennes de l'Asie. Là elles ont rencontré plus tard les émigrants des zones froides qui devaient les refouler. Les Ibères, les Sicules, les Ligures, les Colques (Pélasges échoués au pied du Caucase?) les Brahvis établis dans les environs de Cashmire, sont apparemment des restes de populations primitives originaires de pays chauds. — Il est vrai, que des tribus au type prognathe paraissent avoir habité dans un temps immémorial, les Gaules et d'autres parties de l'Europe. L'axe de la terre ayant été changé peut-être plus d'une fois, on peut se demander si les populations aux yeux et aux cheveux noirs, qu'on trouve même dans ,des régions polaires, n'auraient pas pris naissance à l'époque oîi, sur une très grande partie du globe, régnait le climat des tropiques.

En somme, le mouvement des peuples semble de temps

1. Le Temps du 28 avril 1881. Communication de M. Pomel au congrès d'Alger.

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en temps suivre aussi la direction du Nord au Sud ; mais, en l'examinant attentivement on verra qu'il est presque toujours accompagné d'une forte oscillation vers l'Ouest, comme, par exemple, dans Tinvasion de l'Italie et des provinces romaines par les Germains, ou dans l'introduction, paroles Sémites, de l'Islamisme au sein des tribus les plus occidentales de l'Afrique.

On le voit, l'axiome que nous avons posé au commencement de notre étude n'a rien d'absolu. La colonne de feu qui précède les races dans leurs marches vers l'Ouest lointain, a ses hésitations et ses caprices. Le mouvement de l'Orient à l'Occident a heurté et croisé un mouvement plus ancien qui cheminait du Sud au Nord. Ne cherchons pas dans les lois qui gouvernent l'histoire des peuples et de ces créations plus immatérielles que nous appelons les littératures, la précision que réclament les théorèmes des géomètres. La vie des nations comme celle des individus, n'est-elle pas tout organique? c'est-à-dire que, supérieure aux mécanismes de l'inteUigence humaine, elle se présente à nous comme le jeu des forées les plus diverses et la combinaison de principes souvent opposés.

Cette marche qui , à la considérer dans son ensemble, parait entraîner notre race vers l'Occident, peut être comparée au flux suivi d'un reflux en sens contraire ; seulement, l'effort de celui-ci ne saurait égaler pendant longtemps la puissance du premier. Ainsi tous les peuples, après avoir imprimé une vive impulsion à ceux qui étaient appelés à leur succéder dans la carrière de la civilisation, après avoir dépensé dans leur politique, leur religion, leurs institutions, dans les arts, les lettres et les sciences j tout ce que la nature et la Providence leur avait donné de vigueur et de génie, reçoivent à leur tour le contre^coup du mouvement qu'ils. ont propagé,

du choc électrique qu'ils ont communiqué à leurs voisins. Nous ne voyons pas qu'une seule des nations qui ont marqué dans les annales du globe ou de l'intelligence humaine ait échappé à cette loi, qui est une des premières que reconnaisse la physique.

Pour ne parler d'abord que de l'histoire, qui ignore que la Chine fut envahie et soumise plus d'une fois par des races moins éclairées, mais plus énergiques que celles qui habitaient son propre sol, et qui s'étaient énervées au sein du luxe et d'une corruption précoce? Combien de fois l'Inde ne futelle pas conquise par les peuples de l'Occident? La Perse, à son tour, a été la proie des conquérants étrangers venus de l'Ouest, d'Alexandre, des califes. L'Asie Mineure a été colonisée d'abord, puis conquise par les Grecs et, plus tard, par les Romains. Faut-il rappeler ces grands soulèvements de peuples qui indiquent une réaction si acharnée de l'Occident tout entier en armes contre l'Orient, et la suprématie que très \ souvent il affectait? La guerre de Troie, à quelques propor- / tions qu'on la réduise ou qu'on l'élève, n'en est que le faible prélude. Mais les guerres des Grecs contre les Perses, continuées jusqu'à l'expédition d'Alexandre, les conquêtes des Romains à l'Est de l'Italie (Philippe III, Persée, Antiochus,Mithridate), puis, surtout, les croisades, les guerres de l'empire, ne peuvent-elles pas être considérées comme autant d'efforts tentés par les peuples pour rendre, sous une forme modifiée ou pour imposer aux nations qui les avaient précédés , les institutions, les lois, les principes, et, souvent, la religion et la langue dont, jadis, elles avaient semé les germes chez eux?

La mêi^e loi de réaction ne^iautmanquerde se manifesh . ter dans leJtravaiUnce^sani de Fesp^ maine d e la religion, des arts et des lettres. Lao-Tseu, dans son livre sur la Raison impersonnelle (Tao), semble déjà inspiré des doctrines contemplatives qui, de tout temps ^ ont prédominé dans l'Hindoustan et, cependant, il était contempo- , rain de Confucius et son aîné ! Ce ne fut que cinq ou six sîè- Jclés plus tard, l'an 56 de notre ère, que la religion de Bouddha fut introduite officiellement dans la Chine et que bon nombre

d'ouvrages bouddhiques furent traduits en chinois *. Quant à rinde elle-même, qui a conservé presque intacte jusqu'à nos jours sa civilisation primitive, elle ne subit pas l'influence dualiste que Zerdusht avait opposée dans l'antique Bactriane au système du brahmanisme ; mais elle se modifia au contact des Grecs, une des premières branches qui se fussent détachées du grand tronc des Aryâs, et avec lesquels durant douze à quinze siècles elle n'avait entretenu aucun rapport. A partir d'Alexandre ces rapports se rétablirent, des royaumes grecs se fondèrent*, renversés seulement 126 ans avant Jésus-Christ, par l'invasion des Yueti ^.

Déjà le roi Tshandraguptas (305 avant Jésus-Christ), avait demandé un sage grec à Antiochus, roi de Syrie. Plus tard, les sciences et notamment, l'astronomie, les arts plastiques et surtout celui de battre monnaie, enfin, la littérature (dans le domaine de la poésie dramatique), ne purent plus se soustraire aux effets produits sur l'immobilité hindoue par la supériorité du génie grec *. Dans les temps modernes, avant les Anglais, ce furent particulièrement, les musulmans qui modifièrent, d'une manière violente, la langue et les lettres des pays conquis par eux. L'arabe, le persan, les poésies et contes écrits dans ces deux langues, se mêlèrent aux langues, aux écrits indigènes, et le résultat de ce mélange furent l'hindoustani et le dakhni, et les poètes et auteurs qui ont illustré ces nouveaux idiomes ^.

Le grand empire des Perses, après avoir mis fin à la prépondérance des puissances sémitiques dans l'Asie, a subi à plusieurs reprises, l'influence des lettres, légendes et religion de ces races vaincues. Quoique l'antique génie de laBactriane

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