VlndCf ibid., page
5. Vlnde, ibid., page 180. Comparez aussi la Littérature indoustane de Garain de Tassy.
ait triomphé finalement de toutes les révolutions et de toutes les conquêtes, quoique ses traditions primitives vivent encore dans le Shahnameh de Ferdusi, quoique la grammaire persane montre encore aujourd'hui dans ses traits principaux, une physionomie toute indo-européenne , on peut affirmer /cependant que, dans aucun autre pays du globe, ne s'est opérée une fusion plus complète entre les deux grandes civilisations si profondément distinctes fondées par les Araméens et les Japhétides.
Les effets de la doctrine chrétienne et de l'esprit hébraïque qui animait ses ardents apôtres, ne furent pas les seuls que les lettres grecques eussent ressentis : Le langage et les livres des Romains, maîtres maintenant de la Grèce entière, réagirent aussi, d'assez bonne heure, sur elles et troublèrent la pureté proverbiale de cette source de toute poésie classique. Nous ne parlons pas seulement des auteurs grecs qui, écrivant l'histoire de Rome, se coloraient naturellement de quelques reflets de l'esprit romain. Mais il faut se rappeler qu'à Byzance, seconde capitale du vaste empire, les Grecs s'enorgueillissaient eux-mêmes du nom de Romains. Les Romains véritables, après avoir imposé par la force et la ruse leur langue et leurs lois à une si grande partie du globe, virent à leur tour, leur langue, dégénérée de son antique simplicité, se diversifier à l'infini par l'intervention toujours plus fréquente, dans les affaires de l'état, des Barbares, qui pouvaient bien apprendre la langue des vainqueurs, mais non sans y introduire les tournures fantasques et la rouille grossière de leurs idiomes naturels. Les Africains et les Gaulois sont, peut-être, ceux qui ont le plus contribué à cette décadence précoce du latin; on prétend aussi reconnaître dans les œuvres d'écrivains célèbres nés en Espagne et même dans le nord de Tltalie, les traces de leur origine étrangère.
Les lettres italiennes, dont la brillante aurore avait réveillé l'esprit des nations européennes de sa léthargie, éprouvèrent, après avoir touché au zénith, le contre-coup do l'impulsion qu'elles avaient imprimée à celle des peuples
voisins. Toutes les nations s'efforcèrent, chacune à son tour, de rendre à Tltalie ce qu'elle leur avait prêté de sève et de force, et de retarder ainsi sa décadence imminente. Ce fut d'abord le drame espagnol qui s'implanta sur les théâtres du pays ; puis l'école française du xvn* siècle commença à régner dans les académies et dans la haute société. Mème^ les œuvres des Allemands et des Anglais des derniers temps, ne laissèrent pas de ranimer d'un dernier soufQe de vie le génie presque expirant de l'Italie.
L'Espagne, quand eut passé l'âge d'or de sa poésie dramatique, subit le joug de la critique et de la littérature françaises, qu'elle avait puissamment contribué à développer et à enrichir; et il n'y a qu'un petit nombre d'années que des tendances plus nationales semblent vouloir prédominer de nouveau.
Lorsque le mouvement littéraire qui avait jeté tant d'éclat sous Louis XIV se fut ralenti, la France tenta de renouveler sa sève intellectuelle par l'étude et, quelquefois par l'imitation des grands modèles anglais. Les chefs-d'œuvre de la Muse allemande vinrent ensuite retremper une imagination dont le goût affadi ne se plaisait plus que dans la reproduction des mêmes images, des scènes et des situations d'un autre temps, et donnèrent naissance à l'école romantique. L'Angleterre subit pendant tout un siècle le joug de l'esprit français, et ne le secoua que grâce au souffle nouveau, qui changea tout à coup la face des lettres allemandes, et des livres et de l'opinion publique transformée, passa, quelques années plus tard, dans les lois et les institutions. L'Allemagne venue la dernière dans la glorieuse carrière des arts et des lettres, vit son époque classique se terminer bien rapidement: car, malgré la flexibilité de sa langue et l'espèce d'irritation nerveuse avec laquelle elle s'appropria toutes les productions de l'étranger, aucune tendance venue de dehors n'a réussi jusqu'à présent, au milieu de la stérilité dont notre époque semble frappée, à subjuguer l'esprit de rares auteurs qui s'élèvent encore de temps en temps ; à moins qu'on ne vienne nous citer l'influftlce des poésies de Byron
et de la jeune France, écho d'un écho du romantisme allemand, retournant à sa source avec les traits chargés et grimaçants que l'imitation prête à ses modèles.
La plupart des littératures du moyen âge peuvent être considérées comme des restes encore animés d'une civilisation qui a survécu à elle-même ou comme de vagues ébauches d'une civilisation à venir. Les lettres arabes ne paraissent pas être susceptibles de se régénérer par une réaction salutaire des productions de l'Europe. D'ailleurs, la poésie fastueuse et ampoulée de ce peuple s'accommoderait difficilement de Ja marche compassée et presque modeste de celle des nations chrétiennes, qui paraît, à l'imagination ardente des Orientaux, décolorée et incapable de planer dans les régions supérieures. Seulement à la fin du premier siècle de l'hégire, lorsque la langue arabe s'était déjà répandue dans bien des pays, le cinquième calife, Ali, fils d'Abu Taleb, ordonna à Abul Eswi il Duli *, pour empêcher une décadence précoce, de fixer les règles de la grammaire arabe en les ramenant à des principes certains. Abul Eswi n'acheva pas son œuvre; il eut plusieurs successeurs dont Saibuyah (mort en 796) fut le plus célèbre. Malheureusement, ces hommes prirent pour modèles les grammairiens grecs, et imposèrent à l'arabe les règles d'une langue étrangère et d'un génie tout à fait différent. Us introduisirent entre autres des signes de cas grecs et fondèrent ainsi la langue appelée langue du Coran ou des chantres, que les Arabes n'apprennent eux-mêmes à l'école qu'après de longues études. Cet idiome est l'arabe savant. Il va sans dire qu'il ne put empêcher une foule de dialectes de naître et de se développer. Avec la chute du califat, les lettres arabes déclinèrent rapidement, et sous l'empire des