‹ Les lois de l'histoireChapitre 128 sur 144 · Mitkridate, I, page · texte numérisé non relu

Mitkridate, I, page

Osmanlis et avec la rudesse tartare reparut Tancienne barbarie. En somme, on peut dire que les Arabes se sont approprié une. partie de la science des Grecs ; mais si l'étude des écrits de ces derniers augmenta le fonds de leur savoir, elle ne changea rien à la forme de leur poésie tout orientale.

Mais le peuple de TOrient dont le génie avait plus profondément pénétré dans l'esprit des nations européennes, et qui, par contre, devait se teindre de tous les reflets que projetait sur lui la civilisation occidentale, ce furent assurément les Juifs. Éparpillés sur le globe entier, ils reçurent partout l'empreinte du pays qu'ils habitaient, en conservant en même temps, jeune et vivace, leur sève orientale. Revêches aux innovations religieuses et barricadés dans leurs lois et usages antiques contre la marche victorieuse du christianisme, ils n'en suivirent pas moins, à leur façon et quelquefois comme malgré eux, le mouvement ascendant de l'humanité. Stationnaires d'une part et fidèles à la langue de leurs pères, ils la perpétuaient au milieu des idiomes naissants de l'Europe chrétienne, comme la gent savante s'honorait de perpétuer celle de la vieille Rome, comme le Brahmane de l'Inde parlait et écrivait, parle et écrit toujours son sanscrit, la langue sacrée et parfaite, au sein d'une population chez laquelle l'instrument de la pensée s'est déjà plusieurs fois renouvelé. Mais, d'un autre côté, ils s'assimilèrent avec talent et bonheur la langue et la littérature des peuples avec lesquels ils entretenaient d'intimes rapports, témoins, dans les temps anciens, Philon et Flavien Josèphe, dont le style grec, quoique fortement modifié par le génie hébraïque, fait honneur à la souplesse de leur esprit. Plus tard, et aussi souvent que les intervalles des persécutions le permettaient, nous voyons s'élever parmi les Juifs des hommes considérables écrivant en hébreu, en espagnol, en arabe surtout, des ouvrages scientifiques sur la médecine, les mathématiques, la théologie, etc. On vit fleurir toute une littérature posthume chez un peuple qui avait cessé d'en être un, dans les cours lettrées et tolérantes des califes et des rois mahométans de l'Espagne. Lors-

que les péaibles arguties de ]a scolastique remplissaient de leur bruit tout TOccident, les juifs qui vivaient dans la même atmosphère que les chrétiens, opposèrent à ces débuts embrouillés de la science moderne leur science rabbinique et talmudique, tout aussi subtile et souvent tout aussi déraisonnable. Chassés de la péninsule ibérique par les cruautés de la Santa Hermandad et réfugiés dans la libre Hollande, ils prirent une part assez vive au mouvement philosophique qui ébranla le XVII® et le XVIII® siècle *. C'est là, qu'un des leurs, disciple de Descartes, créa, avec une logique inflexible, aidé des seules . données de la raison, ce système redoutable et non réfuté en- / core qui forma la base sur laquelle on vit les philosophes * allemands de nos jours, échafauder les étages multiples de leur hardi et nuageux mysticisme. Mais c'est surtout à la révolution de 1789 que sont dus Ja dernière efflorescence intellectuelle et le dernier réveil de l'imagination de cette race indomptée, que dix-huit siècles de souffrances, de luttes et d'exil n'avaient pu ni décourager ni, même, priver de son originalité. Les arts, les lettres et les sciences s'illustrèrent à la fois de ces noms que depuis longtemps on n'avait plus en- \. tendu prononcer dans les hautes régions de la société, et dont le son accusait hautement l'origine biblique. Journalistes, professeurs, auteurs, artistes dans les rivalités honorables de l'industrie, dans les luttes paisibles de la tribune comme au champ d'honneur, nous les voyons paraître partout où il y a une place laissée à leur activité ou à leur talent, • et couvrir d'une nouvelle gloire et leur propre nation et la nation avec laquelle ils s'étaient identifiés. En Allemagne •* surtout, patrie ingrate, ils s'étaient associés au mouvement qui régénéra la littérature de ce pays (Mendelsohn), alourdie par l'imitation de modèles étrangers; et quand eut passé l'époque classique, ce fut de leurs rangs que sortirent ceux qui, par la tournure particulière de leur esprit mobile, par des images neuves et singulières, par ce mélange de réflexion et de poésie, de tendresse et de raison, d'exaltation et de ^

i. Voyez, sur la discussion d'Orobio et de Limborch, Hallam, voL IV, page 95.

sarcasme si propre aux Orientaux * , retrempèrent une dernière fois cette littérature et en empêchèrent le trop rapide déclin.

Si les considérations que nous venons de présenter et i les exemples cités à l'appui sont justes, il faudra en conclure \ que rien n'est erroné comme cet axiome vulgaire que «Faction } est égale à la réaction et réciproquement. » Il est évident pour tout le monde, et il reste établi par ce que nous savons Jusqu'à présent de l'histoire de l'esprit humain, qu'en général c'est l'action qui l'emporte. Nous l'avons vue constamment, et malgré quelques apparences contraires, poursuivre sa marche ascensionnelle. L'histoire, la littérature, se composent de deux mouvements qui se combattent et qui, néanmoins, combinés, forment la marche régulière de tout or- \^ ganisme. Le premier est le mouvement révolutionnaire (action), dont le propre est de trop précipiter sa marche, de faire fleurir, pour ainsi dire, tous les arbres à la fois. Précocité et impuissance en seraient les conséquences inévitables s'il n'était pas ralenti, enrayé parle mouvement en sens contraire qui tend incessamment à rejoindre le point de // départ. Si les deux mouvements se faisaient exactement f r équilibre, il y aurait stagnation absolue : or la vie organique consiste dans la lutte de deux mouvements et dans la prédominance de l'un d'eux. Lorsque c'est l'action qui a le dessus et que l'organisme poursuit encore sa carrière ascendante, ce mouvement s'appelle progrès. Lorsque le point culminant est passé et que le progrès n'est plus possible, le beau rôle revient souvent à la réaction^ qui a pour mission de conserver intactes, autant que faire se peut y les f grandes traditions des ancêtres, d'empêcher que l'art ne se

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