ÉVOLUTION DE LA LITTÉRATURE (.RECQUE
il n'y eut qu'un pas à franchir pour descendre de la tragédie à la comédie. Si idéale fût-elle, elle nous rapproche des réalités de la prose. En Grèce cette dernière branche de la poésie brilla pendant tout un siècle, siècle glorieux qui commença avec Aristophane et finit avec Ménandre.
Les exploits des temps héroïques, l'expédition de l'Ârgo, la guerre de Troie, avaient éveillé la muse épique; les lyriques, au milieu des populations déjà moins naïves, s'inspirèrent des intérêts et des passions du moment. Ce fut la lutte mémorable soutenue par quelques cantons de la Grèce contre le puissant empire des Perses qui féconda le drame, en reculant vers le passé les horizons du temps présent, et le fit apparaître comme l'ébauche poétique d'une naissante philo- Sophie de l'histoire. Gela est visible dans la Prométhéïde, dans l'Orestie, dans les Perses surtout. Mais cette lutte, qui mit la grande mission de la Grèce dans tout son jour, ins«pira en même temps le premier historien digne de ce nom : Hérodote, dépassé bientôt par Thucydide dans son récit austère et impartial de la guerre du PéloponèsOi « L'his-^ toire elle-même paraît avoir parlé par sa bouche », tel est le jugement qu'ont porté sur lui les critiques sévères de notre époque. L'œuvre si variée du gracieux Xénophon, celle du pratique et consciencieux Polybe, comme celle de tant d'autres écrivains remarquables, ne se placent qu'à une certaine distance au-dessous de ce sommet que l'historiographie ne dépassa plus.
Le branle étant donné une fois ail génie grec, Il ne s'arrêta plus dans sa magnifique carrière» Il ne se borna pas à chercher l'enchaînement des événements, il voulut connaître celui des êtres et des choses. Il imagina une série de systèmes destinés à expliquer le grand mystère de l'univers; il les abandonna tour à tour, après en avoir découvert l'insuffisance, et il ne se satisfit que dans la grande synthèse du divin Platon. Aristote put embrasser plus de science, porter plus avant sa fine et pénétrante analyse. Mais on ne peut affirmer que son œuvre ait été plus puissante et encore moins plus bienfaisante que celle de son maître. Personne
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surtoot ne viendra prétendre qu'elle en ait égalé la beauté et le charme littéraires.
La grande commotion qui avait accéléré la marche du drame, fait naître les premiers historiens et stimulé le génie spéculatif des philosophes, avait fait éclater à tous les yeux la puissance de la jeune démocratie athénienne. C'était elle après tout qui avait sauvé la Grèce; c'était le peuple d'Athènes qui avait fait preuve d'un courage, d'une abnégation et d'une intelligence au-dessus de tout éloge — c'était lui qui devait recueillir les fruits de la victoire. Pour plaire au nouveau souverain, pour le persuader, pour le gouverner à son tour, les têtes les plus fortes déployèrent toutes les ressources du dernier, du plus difficile des arts : l'éloquence. Maniée avec aisance par les hommes d'État de la grande époque, les Thémistocle, les Aristide, les Gimon et avec une simplicité magistrale par Périclès, elle fut aiguisée et disciplinée par les sophistes dont le scepticisme reconnut dans la parole humaine la seule réalité de la philosophie et le plus puissant moyen de pouvoir. Avec Lysias, Isocrate et Isée, elle parcourut encore des phases diverses, puis elle culmina dans Démosthène, dont les harangues sont restées des modèles inimitables et toujours imités des orateurs qui ont tenté d'affronter et de dominer la houle populaire.
Le grand mouvement littéraire de la Grèce dont les premières origines remontent probablement au xii^ siècle, mais qui date en réalité de la fin du dixième, pour se prolonger jusqu'à la fin du quatrième, n'a pas eu son pareil dans les temps anciens et nouveaux. Homère, Pindare, Sophocle, Thucydide, Platon, Démosthène, sont des noms uniques dans l'histoire de l'esprit humain. Ils représentent un ensemble imposant d'œuvres hors pair, où se marient la forme et le fond d'une manière intime et harmonieuse, où l'intelligence est constamment tenue en haleine, tandis que les oreilles sont charmées et le goût le plus dédaigneux satisfait et entraîné. L'humanité a vu naître d'autres grands siècles littéraires : ceux d'Auguste, de Léon X, de Louis XIV, sans compter le nôtre dont les dernières années du xviii^ éclairé-