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ÉVOLUTION DE LA LITTÉRATURE GRECQUE

supériorité de l'œuvre grecque n'éclate pas seulement dans le plan et dans la composition; elle se signale au plus inexpérimenté par la forme elle rhythme, par ce beau langage si sonore et si gracieux, par Thannonie si simple et si variée à la fois de Thexamëtre, le vers héroïque par excellence. Le sanscrit, le latin, même l'ancien allemand sont des langues belles de leur propre beauté; mais qu'ils sont lourds les plus anciens mètres, dans lesquels ces langues racontent les hauts, faits de leurs dieux et de leurs héros légendaires! Est-il besoin de nommer le slôka traînant et uniforme, le saturnien ^o^siQx{horridussatumius)j et la strophe des Niebelungen, déjà plus travaillée et presque élégante^ mais rappelant les cadences monotones des deux autres mètres. Avec Homère, nous avons atteint au premier sommet de l'idéal du beau ; son élévation nous cache les échelons successifs par lesquels les aèdes ont pu y parvenir, comme il dépasse les cimes les plus rapprochées de nous, auxquelles s'est élancé le génie épique des Latins et des nations modernes. Cette supériorité d'Homère a été reconnue universellement, et elle s'imposera d'autant plus aux générations futures qu'elles s'éloigneront davantage de la naïveté des premiers âges de notre race. Est-il besoin d'ajouter que la poésie des Hellènes s'est maintenue à cette étonnante hauteur pendant le laps de temps qui sépare Homère de Ménandre, c'est-à-dire pendant six siècles? De l'épopée, dont la fécondité commençait à s'épuiser vers les premières Olympiades, nous voyons sortir par des transitions heureuses et insensibles les différentes espèces delà poésie lyrique. L'élégie d'abord dont chaque gracieuse pensée est renfermée dans un distique, c'està-dire dans un hexamètre suivi régulièrement d'un pentamètre ; le poème iambique qui n'était d'abord qu'une parodie de l'ancien chant héroïque ; la poésie éolienne, si passionnée, des Sappho, des Alcée, des Anacréon qui affectionnent ces petites strophes rapides comme le sentiment qui les inspira; enfin la poésie chorique si grandiose des Doriens. Le Romain Horace qui s'est essayé presque dans tous ces genres, qui a rivalisé avec les plus illustres de ses pré-

décesseurs grecs, désespère d'atteindre ou seulement d'imiter Pindare, dont Tart représente un nouveau sommet du génie hellénique, et Horace a raison. La verve d'aucun lyrique ancien ou moderne ne saurait être comparée à celle du « cygne de Thèbes. » En France nous n'avons pas encore réussi à faire goûter ou seulement à faire comprendre son œuvre. Il faudrait pour la populariser, tenter la représentation d'une de ces nobles odes où il célèbre les vainqueurs aux jeux d'Olympie, de Delphes, deNémée et de l'isthme de Corinthe. Nous disons « la représentation», car pour faire renaître l'impression qu'elles produisaient jadis, il faudrait qu'elles fussent chantées et dansées, comme elles l'étaient dans ces fêtes admirables qui succédaient aux joutes publiques : courses de tout genre, saut, lutte, jet du disque, etc. C'est alors que l'on comprendrait quel abîme sépare cette poésie noblement populaire de celle de nos poètes « de cabinet » qui n'écrivent que pour des lecteurs. On saisirait mieux alors le passage si naturel qui conduisit les Athéniens de l'ode dorienne et de son exagération, le dithyrambe, à ces drames si étonnants encore de simplicité à la fois et de grandeur d'Eschyle, vrais oratorios, où le dialogue semble introduit moins pour développer le caractère des personnages d'ailleurs peu nombreux que pour expliquer les réflexions morales et religieuses du chœur « ce spectateur idéalisé. »

Le drame, qui, comme tout le monde sait, fut Fœuvre exclusive d'Athènes, y arriva bientôt à son tour à son point culminant. Eschyle finit par comprendre l'immense portée du nouveau genre poétique qui se perfectionnait entre ses mains; c'est à la fin de sa carrière qu'il écrivit ses meilleures compositions. Il ne fallut après lui que deux ou trois générations pour porter la tragédie à son apogée. Sophocle, par ses créations réellement idéales, et Euripide par ses pièces plus passionnées, indiquent les limites de l'art nouveau. Leurs successeurs en essayant de les imiter ou de les continuer devaient outrer la forme de la tragédie ou la rendre banale ; c'est là ce qui en fit naître la parodie. De même que, d'après un mot célèbre, il n'y a qu'un pas du sublime au ridicule,

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