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68 i^E L'IDÉAL DU BIEN

théose de leur existence nationale. Égyptiens, Chinois, Indous se sont considérés longtemps chacune comnae la première race du globe, comme celle qui réalisait le rêve d'un état modèle, d'une vie parfaite. Le moment devait pourtant venir pour eux de se convaincre que l'efflorescence d'une civilisation brillante, mais ne reposant pas sur le principe éternel du bien, ne pouvait être durable. Une puissante organisation, des armées nombreuses, une science précoce et des œuvres d'art sans nombre ne sauraient conjurer la décadence et la ruine.

Créer des types du beau qui s'élèvent au-dessus des vulgarités et des laideurs de la vie commune, et même audessus des formes si harmonieuses et si riches inventées par la nature, c'est le fait de races à imagination vive, au goût déjà sûr, et aptes à réaliser leur idéal surtout par des œuvres qui frappent les sens. L'infirmité de notre être semble vouloir, d'un autre côté, que l'idéal du bien ne nous préoccupe et ne nous tourmente que lorsque nous nous sentons atteints et comme enveloppés d'une atmosphère de mal et de misère morale. Jusque-là nous nous contentons de vivre insouciants, au jour le jour, pensant que les facteurs puissants qui ont constitué notre propre organisme et celui de la société dont nous faisons partie ne sauraient nous manquer et qu'ils fonctionneront toujours. Pourtant, avant que l'on ne s'y attende, l'axe de notre être s'est déplacé; une profonde révolution s'est opérée en nous, autour de nous. Nos idées, nos croyances ont perdu leur fixité ; nos sentiments , nos actions se ressentent de ce* changement et du trouble qu'il amène. Des signes avant-coureurs d'une dissolution prochaine apparaissent partout. Mais les états ne connaissent pas la mort ; il y a désorganisation, bouleversement, enfin transformation plus ou moins complète.

Six ou sept cents ans avant Fère chrétienne les grands états primitifs semblent tous pencher vers un déclin qui, eu égard à leur ancienneté même, peut à peine être appelé prématuré. Ce déclin fut irrémédiable dans l'Egypte qui, depuis trente siècles avait été pour ainsi dire à l'avant-

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