LA CHINE -• CONFUCIUS
garde du genre humain. Déjà elle avait essayé de simplifier son culte si compliqué; des éléments sémitiques avaient pénétré dans ses croyances nationales. Mais vaincue par les Assyriens, puis par les Perses, gouvernée plus tard par des rois d'origine presque hellénique, enfin catéchisée par les chrétiens, Tantique Mizraîm vit ses traditions séculaires s^oblitérer, jusqu'à ce que„ entièrement dénationalisée, elle devint une facile proie des khalifes et de Tislamisme.
Mais plus éloignées du théâtre des grands événements historiques, la Chine, Tlnde, la Perse et même la Judée trouvèrent dans les souvenirs d'un glorieux passé les éléments d'une véritable rénovation. Là, comme plus tard en Europe, les esprits se replièrent sur eux-mêmes, cherchèrent l'origine du mal pour trouver le bien, et placèrent en première ligne des préoccupations nationales la question morale et sociale. Un souffle religieux traversa le monde d'orient en occident, inspirale pieux roi Josias à Jérusalem, féconda l'esprit des sages de la Grèce, excita un Pythagore et donna naissance à la secte enthousiaste des orphiques. Les effets de ce courant varièrent suivant le milieu qu'il eut à parcourir, mais l'existence même du courant ne saurait être contestée, et cette circonstance témoigne en faveur d'une certaine solidarité entre les membres de la grande famille humaine à une époque où les rapports de peuple à peuple n'étaient à coup sûr ni très fréquents ni très intimes.
FORMES IMPARFAITES DE l'iDëAL DU BIEN.
A. — La Chine, Confucios.
La Chine, après une longue époque de troubles civils était parvenue à se reconstituer sur de nouvelles bases au xii* siècle avant notre ère. Mais cette reconstitution ne paraît avoir eu qu'un caractère purement politique, et les classes dirigeantes continuèrent à donner l'exemple de tous les
désordres. Les extorsions, le gaspillage, la luxure des chefs de province ne connurent plus de bornes ; le peuple pressuré, opprimé et profondément irrité était prêt à la révolte. C'est alors que deux hommes supérieurs firent entendre des paroles de paix et de sagesse. UnUfLaotseu, philosophe spéculatif, exposa dans un livre obscurément écrit un vaste système de métaphysique et d*ontologie, dont le Tao, c'està-dire la raison universelle est le point de départ^ . Ce système n'ayant pas un caractère pratique n'exerça aucune influence sur les masses et dut le céder bientôt à l'excellent code de morale politique, rédigé par Confucius. En réalité, il ne fit que résumer les traditions de la plus haute antiquité, et les inculquer avec plus d'énergie à ses contemporains. Il enseigna un Dieu Providence, maître souverain du monde, auteur et protecteur des lois auxquelles il faut se soumettre avec une parfaite résignation, en présence duquel il faut toujours se concevoir. Il recommanda l'étude de la raison, dont le but n'est autre que le perfectionnement de soi-même. Il voulut la modération en toutes choses, la prompte réparation des torts qu'on avait pu commettre envers autrui, rimour de l'humanité, l'amour et le respect du pauvre peuple. Personne n'a insisté sur ce dernier point plus vivement que lui auprès des souverains de son pays. Aussi a-t-il conseillé à tous le travail et la méditation, et a-t-il mis la vertu au-dessus de tous les autres biens; il veut que tout soit sacrifié au devoir ^
On ne saurait assurément imaginer des préceptes plus sains, plus vrais et plus élevés. Ajoutons que l'État est considéré par les Chinois comme une grande famille, que c'est par le nom des « cent familles » que ce peuple s'est désigné luimême dans les premiers siècles de son histoire, que dans le Céleste Empire, l'empereur est proprement le père de la patrie, que, semblable au paterfamilias à Rome, il dispose d'une autorité absolue. Ce n'est pas tout : la Chine, à première vue, paraît jouir d'une administration bien ordonnée,