TRANSFORMATION DU MONDE GRÉCO-ROMAIN
lution qu*il allait inaugurer. Supprimant donc la circoncision, les sacrifices, presque tout le rituel du temple, il fit de la foi dans la vie éternelle et dans la personne du Giirist le pivot de la religion qu'il allait prêcher aux « Gentils. » En agissant ainsi, suivit-il sa propre inspiration ou avait-il quelque connaissance de la vénération, dont dans Textrôme Orient tous les actes, tous les souvenirs de la vie du Bouddha étaient le constant objet? Toujours est-il que tout en conservant le cycle des fêtes juives il leur substitua des motifs empruntés à la vie de Jésus, exactement comme on substitua le dimanche au sabbat, tout en conservant la semaine sémitique. Il comprit qu'en isolant la figure du Christ, en la dénationalisant et en la grandissant en même temps, il la rapprochait davantage de ces populations païennes qu'il s'agissait de convertir. Celles-ci, habituées qu'elles étaient à diviniser toute force de la nature et toute puissance humaine, même la plus malfaisante, étaient d'autant plus portées à voir l'incarnation de Dieu dans celui qui paraissait en être la vivante et la plus parfaite image. Un simple prophète grec ou païen, un Apollonius de Tyane, par exemple, eût-il été un vrai saint et non un thaumaturge, ne leur aurait pas assez imposé. On l'avait vu de trop près. On comprend ainsi pourquoi dans la lutte engagée entre les partisans d'Arius et d'Athanase, c'étaient ces derniers qui devaient l'emporter. Les hommes de cette époque éloignée ne s'étonnaient nullement du miracle, ils avaient l'esprit tourné vers l'extraordinaire. Plus le prestige était grand qui entourait le fondateur de la religion, plus indestructible était la base sur laquelle on l'établissait. Si la foi dans le Christ avait été moins absolue, beaucoup de grandes choses qu'elle enfanta seraient restées inaccomplies.
La religion nouvelle adopta un certain nombre de fêtes.et de cérémonies des cultes païens en les modifiant, bien entendu, et en leur prêtant un sens différent, (par exemple la Fête- Dieu, les Rogations avec leurs processions, etc.) En même temps elle s'attacha à satisfaire l'esprit subtil des savants et des philosophes grecs. Déjà dans les premiers versets ed
rÉvangile desaînt Jean, il est question du Verbe ou Xc^yoç. En plaçant à côté de Dieu le Père et Dieu le Fils le Saint-Esprit (to âytov Tcveufxa) OU put établir un analogue de la Trinité de Platon et de la Trimurti des Indous. Puis on vit agiter par les sectes nombreuses, qui dans l'absence d'une direction uniforme s'élevèrent de toutes parts, tous les grands problèmes psychologiques, ceux de la chair et de l'esprit, du mérite et du démérite, de la grâce et du libre arbitre, de l'origine du mal, des effets de la foi sur l'état de Tàme, etc. On s'efforça de déterminer la nature du médiateur, divine ou humaine, ou plutôt divine et humaine, et de ses rapports avec les deux autres personnes de la Trinité (ôfjiotoufftoç ou ô[jLoou<jio;.)On inventa, on pratiqua toutes les formes de l'ascèse pour se rapprocher du Christ, pour atteindre à une perfection au moins relative, pour s'assurer la félicité éternelle. C'est ainsi qu'on vit naître les vœux de chasteté, la vie dans la solitude du cloître et même du désert (la Thébaïde), les jeûnes, les abstinences, la flagellation de la discipline, toutes les martyrisations de la chair. Un zèle plus ardent poussait çà et là les adhérents de la nouvelle doctrine à faire la guerre aux faux dieux, à abattre les idoles ; et comme la primitive Église avait permis de remplacer les images et les statues des divinités païennes par celles du Sauveur, des saints et des apôtres, une réaction ultra-spiritualiste se prépara et on vit éclater dans les siècles qui précédèrent le grand schisme la fureur des iconoclastes.
Les Juifs déjà avaient excité contre eux la haine inexpiable des classes dirigeantes de l'empire du moment où elles s'étaient aperçues qu'ils plaçaient leur Dieu bien audessus de la majesté des empereurs, que l'observation stricte de leurs devoirs religieux leur était plus chère que le bonheur d'être citoyens de la ville éternelle et d'être admis à en contempler les splendeurs. Comme les Juifs, les chrétiens furent persécutés pour avoir osé placer leur foi plus haut que leur civisme et proclamer un principe supérieur à celui de l'immense égoïsme romain. Leur nom, prononcé pour la première fois à Antioche en 39, fut déjà sous Néron le signal