LA RENAISSANCE. — LA RÉFORME
précieux volume que possédassent les adhérents de la foi nouvelle, tout affamés du pain de Tesprit. Du latin il fut traduit dans les langues nationales des peuples dont la Réforme avait gagné les sympathies. L'imprimerie ne se lassa pas d'en multiplier incessamment les exemplaires. Encore aujourd'hui, la Bible est le livre des populations qui n'en ont nul autre, et qu'elle initie aux bienfaits de notre civilisation européenne. Grâce à elle, la barbarie recule lentement^ et certaines sciences telles que la linguistique, la philosophie du langage, et l'histoire tirent des avantages inappréciables de la propagande faite par les missionnaires des confessions chrétiennes.
Ne passons pas non plus sous silence une institution fort modeste dans ses commencements, qui, avant la vapeur et la télégraphie, a puissamment contribué à diminuer les distances et à rapprocher les hommes. Nous voulons parler de la poste à cheval, introduite en France sous Louis XI en 1464, et du système postal des princes de Turn et Taxis, adopté en Allemagne sous l'empereur Maximilien P'. Ce furent les souverains qui profitèrent les premiers des informations multipliées de cette organisation nouvelle. Mais en permettant à leurs sujets d'en user à leur tour, ils se créèrent une source importante de revenus, tout en rendant un immense service au progrès de la civilisation.
Les découvertes géographiques avaient dévoilé des horizons nouveaux devant les regards des hommes ; de vastes espaces inconnus jusqu'alors s'étaient ouverts. La Renaissance des lettres antiques avait fait faire aux peuples un retour en arrière dans le temps ; l'étude des poètes, des philosophes grecs etlatins, tout en polissant les langues modernes, hâita l'avènement de la liberté de penser. Quoique cette étude ait été favorisée à l'origine par la papauté, elle contribua à avancer la cause de la Réforme qui devait rester limitée surtout au Nord de l'Europe ; mais elle exerça une influence bienfaisante, même sur les populations du Midi. Tout en restant catholiques elles pouvaient dire : « le joug que Von choisit est encore la liberté, » Dans la Suède, dans la
Norvège, dans le Danemark et plus encore dans T Angleterre et r Allemagne du Nord, les princes se hâtèrent de profiter de la révolution religieuse qui s'accomplit sous leurs yeux; ils confisquèrent les biens du haut clergé, ils abolirent les couvents et se mirent à nommer eux-mêmes les pasteurs et les hauts dignitaires de l'Église nouvelle, devenus ainsi simples fonctionnaires d'État. Mais comme les nouvelles croyances échauffaient en même temps les esprits ou trop prompts ou peu éclairés, qu'elles provoquaient ainsi des bouleversements politiques et des désordres de tout genre, il n'y a pas lieu de s'étonner que les rois de France, que les empereurs allemands eux-mêmes, si longtemps adversaires acharnés de la papauté, aient fini par faire cause commune avec elle. En effet la Réforme montra tout d'abord des tendances républicaines, pour ne pas parler des soulèvements socialistes des paysans de la Thuringe et de la populace de Munster. Après avoir trouvé un terrain propice en Suisse, elle réussit à fonder l'état libre de la Hollande ; en Angleterre elle aboutit un moment au protectorat de CromwelL En France elle fut chaudement embrassée par une partie de la haute noblesse très désireuse de limiter le pouvoir royal. Mais déjà, grâce à l'habile politique de Louis XI, la royauté avait acquis une telle prépondérance que les protestants ne purent parvenir à fonder, ce qu'ils paraissent avoir voulu faire, un véritable État dans l'État ; même à la longue ils furent forcés de se soumettre à discrétion, et à se confondre avec la masse des citoyens. Il n'en fut pas de même en Allemagne où les grands feudataires de l'empire avaient su se créer depuis longtemps une véritable indépendance, une souveraineté héréditaire. C'est grâce à cette circonstance qu'ils purent, en accédant aux vœux nouveaux de leurs sujets^ braver à la fois la colère de la cour de Vienne et les foudres du Vatican. Mais quelle que fût la situation politique des différents pays, on sentit comme un sang nouveau couler dans les veines de la vieille Europe. La source de vie, nous l'avons assez dit, jaillissait au Nord, où la civilisation avait pénétré plus tard avec le christianisme, mais où les atteintes portées à.
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Tauguste sainteté de la religion, avaient élé aussi plus profon* démefit ressenties. Il s*agissait pour ces ])opulations naïves d'adorer le Christ et d'être chrétien seloji la vérité, et non d'après les décisions de l'Église de Rome. Celait là le nouvel idéal que les protestants de l'Allemagne, les réformés de la Suisse, les huguenots de la France et les télés rondes de l'Angleterre croyaient entrevoir. « Le fils d'un mineur de la Thuringe était descendu dans les gangues de la religion de ses pères, il en avait retiré le pur métal, l'argent et l'or du christianisme ^ » Il s*agissait de prendre soi-même connaissance des traditions de la primitive Eglise, d'avoir l'iniliative^ et la responsabilité de ses actes, d'instituer une vie nullement mystique, mais simple, sobre et austère, d'où les jouissances naturelles, honnêtes, ne fussent point exclues, enfin de fonder ou plutôt de rétablir le royaume de Dieu sur terre. On commença à rechercher le vrai christianisme et on finit par rechercher le vrai, qui ne paraissait pas en être distinct sous toutes ses formes et sous tous ses aspects. La découverte de chaque monde nouveau, de chaque loi nouvelle ne devait-elle pas ajouter à l'admiration qu'inspirent la puissance de Dieu et la magnificence de ses œuvres? La plupart des grands esprits qui ont illustré la science, étaient animés d'uû véritable enthousiasme religieux. Colomb croyait aller à la recherche du paradis terrestre; Keppler, après avoir trouvé ses fameuses lois, remercie Dieu d'avoir retiré pour lui un coin du voile qui cachait au vulgaire le mystère de la création. Newton ne prononçait jamais le nom de la Divinité sans se découvrir. Servet ne séparait pas ses belles découvertes physiologiques qui paraissent avoir fait de lui le prédécesseur immédiat de Harvey, de la régénération de la foi chrétienne*. Il était d'ailleurs périlleux d'être novateur