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LES GRANDS ÉTATS ET LES GRANDS ROIS

religieuse finit par triompher. Ce triomphe fut marqué par deux événements contemporains : par la chute des Stuarts et l'exécution de Charles I" en Angleterre, et par le traité de Westphalie qui mit fin à la guerre de Trente ans : triomphe décisif en effet, et dû à Tintervention de deux grandes nations qui, à dater de ce jour, se sont placées à la tète du mouvement des esprits dans notre continent, la France et l'Angleterre. Au moyen âge, lorsque l'Eglise avait entre ses mains la direction des grandes affaires, elles constituaient, avec l'Allemagne et l'Ëspapgne, les quatre grandes nations de la chrétienté. Lorsque la Réforme eut éclaté, et que, par son ardente propagande, elle ébranla et divisa le Nord, l'hégémonie en Europe échut à l'Espagne, appelée à rétablir la grande unité chrétienne de l'Europe occidentale. Lorsque plus tard, épuisée par une lutte qui recommençait incessamment, ellç renonça à ses rêves ambitieux, la France prit sa place, mais, pour des raisons aisées à deviner, elle n'eut garde de subordonner sa politique nationale à celle de la curie de Rome, et à des visées exclusivement uUramontaines. Les adhérents des doctrines nouvelles, tout en se battant courageusement, n'avaient réussi nulle part sur le continent à fonder un état puissant et redoutable. Ils avaient pu se défendre et se maintenir pourtant, sur une foule de points, contre les masses catholiques supérieures en nombre : car celles-ci, grâce aux restes encore subsistants du régime féodal, ne présentaient qu'un vaste éparpillement de forces mal dirigées. La France, l'État déjà le plus centralisé en Europe, ne l'était pas encore beaucoup. Seule, l'Angleterre, séparée du continent, et protégée par la mer, avait pu achever l'œuvre de la Réforme religieuse, sinon sans déchirements sanglants, au moins sans êlre troublée par une intervention étrangère. En sa qualité d'unique grande puissance protestante, elle devint le refuge et l'appui de tous ceux qui souffraient pour les doctrines nouvelles, le boulevard, et comme la citadelle avancée de l'Europe.

A. — L'Angleterre.

Rule Britannia, rule the waves.

Britons never shall be slaves !

Chant national.

L'Angleterre, pendant toute la durée du moyen âge, a été beaucoup plus mêlée aux affaires de la France qu'à celles de TEurope en général. Conquises plusieurs fois, et en dernier lieu par les Normands, ses populations, d'origine, de langues et de mœurs différentes, resserrées dans les limites d'une petite île, ont été forcées de se mêler et de se fondre d'une manière plus intime ; les conflits qui en sont résultés^ ont amené des crises et des solutions plus rapides ; en sorte que le développement politique de la Grande-Bretagne a toujours eu une avance de cent cinquante ans sur celui des autres états de la chrétienté. La grande charte a été accordée dès 1213; cinquante ans plus tard, les députés du tiers-étal paraissent dans le Parlement ; une loi est passée en 1297^ que nul impôt ne sera prélevé sans l'autorisation des villes. Les dépenses exigées par les longues guerres soutenues contre la France,- augmentent l'autorité et les privilèges du Parlement. C'est sous Edouard III qu'on voit se former les deux chambres, celle des Lords, composée de nobles et de prélats, celle des Communes, composée des députés de la bourgeoisie. Ce même roi supprima la redevance payée à la curie de Rome depuis les temps de Jean sans Terre, qui avait reconnu le pape comme suzerain pour sauver sa couronne» — Déjà protégé par l'opinion publique, Wiklef put tonner impunément contre Rome. Lorsque la noblesse féodale fut moissonnée par la lutte séculaire et infructueuse contre la France, puis par la guerre intestine de la Rose rouge et de la Rose blanche, l'autorité royale prit le dessus avec l'avènement des Tudors. C'est alors qu'éclata la Réforme; ses doctrines purent faire leur chemin, même sous un odieux tyran comme Henri VIII. Car, en dépouillant le clergé catho-

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