‹ Les lois de l'histoireChapitre 69 sur 144 · L*ANGLETERRE ET LES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

L*ANGLETERRE ET LES ÉTATS-UNIS

s'étend d'un Océan à Tautre, parait destiné à èlro la patrie nouvelle, non pas de tel ou tel peuple, de telle ou telle race, mais de Thumanité entière. Est-ce que tous les peuples, toutes les races ne s'y mêlent pas et ne s'y confondent pas ? Ne mettent-ils point en commun tout ce que soixante siècles de civilisation ont accumulé de ressources, enfanté de progrès, développé d'aptitudes et d'intelligence? Et cette société nouvelle n'aspire-t-elle pas par son organisation à donner satisfaction à tous les besoins réels, à tous les droits sacrés du genre humain? oui à tous les droits, même au fameux droit au travail. Chose facile, après tout, dans un pays où les bras manquent à la terre qui les appelle, tandis que dans notre vieille Europe, ce droit ne pourrait être que le droit à l'émigration, dirigée par l'État. Les idées les plus hardies que l'Europe conçoit peuvent ici se produire, et, si elles sont réalisables, s'incarner dans des faits. Cabet n'a-t-il pas pu tenter en Amérique de fonder son «Icarie, » nom de mauvais augure et qui semblait indiquer d'avance le sort réservé à l'entreprise? La société des Mormons n'a-t-elle pas pu s'établir, grandir, et fleurir même pendant une longue série d'années? On ne l'a supprimée que le jour où elle semblait mettre en péril l'État lui-même.

Bien entendu, même sur ce sol sacré de la liberté, tous les progrès n'ont pu s'accomplir à la fois. La jeune Républiq\ie, en accueillant fraternellement les flots toujours grossissants de l'émigration européenne, ne voulut faire aucune différence entre les peuples et les religions auxquelles ils appartenaient ; mais en revanche elle établit une ligne de démarcation profonde entre les races qui habitent notre globe : le nègre pour elle n'était qu'un être inférieur condamné à la servitude. Le Chinois, quoique libre et laborieux, aétéetsera longtemps encore, à cause de la concurrence redoutable qu'il fait au travailleur yankee, l'objet non seulement de la jalousie et de la haine de la populace, mais peut-être de mesures injustes de la part des administrations. Heureusement, depuis quelques années déjà, la grande République a, à la suite d'une guerre intestine des plus sanglantes, extirpé

la lèpre de Tesclavage ; et le président actuel s'est opposé, dans une pensée d'équité, à l'expulsion des enfants de l'empire du Milieu de l'État de la Californie. C'est ainsi que les États-Unis sont appelés à réaliser les premiers la grande unité du genre humain : toutes les races viendront se fusionner sur ces vastes territoires encore inoccupés, sous l'empire d'intérêts identiques et sous l'influence tutélaire d'un gouvernement dont on ne sent la direction que par les bienfaits qu'il répand.

Une des « chevilles ouvrières » de cette unité des races dans l'Amérique du Nord est certainement cette langue anglaise, lapins facile de toutes, dépourvue presque de flexions et de ce bagage grammatical qui charge la mémoire, si brève dans sa simplicité, si accommodée à la forme même de l'esprit moderne, et suffisant si pleinement à toutes les exigence de Vintercourse commercial qui met de plus en plus en rapport les quatre points cardinaux du globe. C'est celte langue qui déjà si répandue dans le Nord de l'Europe, portée par les pavillons du léopard et des Stars et Stripes, s'imposera de plus en plus aux masses profondes qui peupleront des espaces de plus en plus vastes dans les nouveaux continents.

D'autres nationalités encore ont pris pied sur le sol de l'Amérique ; les langues qui leur appartiennent y sont parlées sur les terrains immenses qui s'étendent depuis le Mexique jusqu'à la Terre de feu; mais la langue anglaise gardera, on peut le prévoir, sa prééminence dans le monde des afl'aires, comme la langue française la possède depuis longtemps dans le monde de la politique et de la bonne compagnie. Ces langues, aussi bien que la langue anglaise, ont donné naissance à de grandes et belles littératures. L'Europe avec sa société cultivée, ses trésors littéraires et scientifiques, ses musées, ses monuments sans nombre, avec ses traditions et son histoire glorieuses plongeant dans un passé lointain, est pour les hommes du nouveau monde comme une Terre sainte vers laquelle ils se retournent avec amour, comme on se retourne vers le paradis de l'enfance perdu. A

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