L'ANGLETERRE ET LES ÉTATS-UNIS
elle regrette ses excès et elle a la grâce du repentir. Elle a trop aimé rhumanité pour jamais s'endurcir dans des œuvres iniques. »
E. — L'Angleterre et les États-Unis.
Golombia gem of the Océan, Thon land of the brave and the free.
National Song.
Malgré tous les éloges que M. Pyne prodigue à la France il semble revendiquer pour sa propre patrie un plus haut rang dans rhistoire. Il fait voir qu'à partir du moment où la noblesse épuisée par les guerres de la Rose rouge et de la Rose blanche eut perdu sa puissance, l'Angleterre a constamment travaillé à améliorer ses institutions, et qu'elle n'a pas cessé de défendre la cause de la liberté civile et religieuse. C'est avec un légitime orgueil qu'il s'écrie (p. 209) : « A l'intérieur nos lois, au dehors nos flottes et nos armées ont servi, non pas à conquérir et à subjuguer, mais à affranchir les nations, et ce n'est pas non plus dans une pensée d'ambition que l'Angleterre a jeté les fondements d'un empire dans l'Amérique du Nord. »
On peut accorder à M. Pyne que ce n'est pas le désir d'un vain agrandissement [hist of conquest) qui a poussé ses compatriotes, à l'instar des Certes et des Pizarro, vers les parages d'un continent inconnu ; qu'ils ont porté dans leurs nouveaux établissements avec les noms de leur première patrie (New- York, New-Plymouth, New-England, Virginia, Providence, etc.), les antiques vertus de la race : la piété, le patriotisme et l'attachement au trône [loyalty); qu'ils ont «uîvi, en agissant ainsi, une lumière qui leur était propre afin de fonder un royaume pour Dieu (51c), et que leurs efforts ont été récompensés par un succès qui a dépassé toute attente*. Il convient toutefois de rappeler que les troubles
1. Celle qui émigré est généralement une popolation d'élite décidée à sa- <irifier une yie calme et aisée au sein de la patrie au maintien de ses principes on du moins assez énergique pour chercher une existence plus large et plus commode sous des cieux lointains (Voyez l'observation judicieuse de Vin- <îenzo Oorsa : Gli Albanesi, p. 67).
politiques et religieux auxquels TAngleterre a été en proie pendant le xvii* siècle, ont été pour beaucoup dans les émigrations « en masse » des Quakers et des Presbytériens. Unis au rudes Hollandais de New- York, ces derniers ont formé le précieux « stock » des premières colonies. Ils ont fait reculer lentement vers l'Ouest la forêt vierge et avec elle rindien sauvage ; ils ont défriché les terres, ils ont ouvert des voies et des canaux, ils ont fait naître le commerce et mille industries, là oii n'avait régné jusqu'alors que la barbarie inféconde. Ils avaient apporté de la mère-patrie la liberté de parole et de pensée, la liberté de la presse, la liberléreligieuse * ; ils lui laissèrent ses institutions féodales, ses préjugés de rang et de caste. Entourés d'ennemis, se serrant les uns contre les autres en vue de besoins et de dangers communs, ils connurent les premiers sur notre globe l'égalité et la fraternité. Lorsque enfin la métropole méconnut les droits de ces esprits fiers et indépendants, lorsqu'elle prétendit exploiter les colonies au profit de ses finances et de sa politique propres, leur imposer des taxes et gêner leur commerce, la lutte s'engagea, le dernier lien qui rattachait l'Amérique à l'ancien monde fut brisé, la République fut proclamée.
Les Etats-Unis sont devenus le pays modèle de la politique de l'avenir, qu'on admire cette politique ou qu'on la déteste. Ils se présentent à nous comme Tasile des persécutés, le refuge des déclassés, l'Eldorado du pauvre, la terre promise de tous ceux qui soufirent des injustices ou des exigences de la vieille civilisation. Ceux qui sont forts de leur force physique et morale, de leur santé, de leur talent,, en un mot de leur valeur personnelle, s'ils aiment le travail et l'épargne, sont sûrs de s'y créer une existence honorable et d'y faire leur chemin.
Le vaste territoire qui, au nord du golfe du Mexique,
1. Il y a ici une réserve à faire : Ils ne se soucièrent pas d^abord de tolérer à côté d'eux leurs anciens persécuteurs, les papistes; mais, déjà avant le grand soulèvement, les sentiments de justice et de tolérance Tavaienl importé dans l'esprit des puritains de l'Amérique.