BOILEAU
iNe pourrait-on pas craindre que l'humanité européenne n'eût perdu l'idéal et jusqu'à la notion du beau? Cet idéal a reparu ^pourtant avec des formes nouvelles et sinon. aussi parfaites que celles de l'antiquité classique, du moins aussi éclatantes et aussi grandioses. Il s'était imprégné des senti-
menls d'ardente religiosité qui avaient présidé à son réveil; il s'était fait byzantin, mauresque, gothique, c'est-à-dire mahométan et chrétien, et, par une longue courbe seulement, il était arrivé à la Renaissance.
Quelles formes revêt-il et revêtira-t-il de plus en plus, dans un monde renouvelé par la science et la liberté, où les intérêts matériels se sont fait une si large place, et que le souci du beau ne préoccupe que très secondairement? « Qu'on s'en félicite ou qu'on s'en afflige, s'écrie avec l'accent de la conviction un jeune maître, dont nous nous empressons de confirmer le jugement, tart est de plus en plus envahi par la vérité. Il tend à devenir une science entre les autres, la science de- ce qui ne peut se compter, se peser ni se mesurer *. » 11 y a ici une réserve à faire : dans les arts les plus anciens, et qui, dans la haute antiquité, ont jeté le plus vif éclat, dans l'architecture et dans la sculpture, la science a toujours eu son rôle. Dans Tune et dans l'autre, la masse et la matière comptent pour beaucoup ; et le nombre, le poids, la mesure s'appliquent à la matière. Toutefois la partie ailée de l'œuvre, dans les deux arts, est due à l'inspiration, et tout d'abord à l'inspiration religieuse.
Architecture. La première maison qui dépassa les limites du besoin était un temple, et le temple c'est l'habitation d'un dieu ; la première statue était la représentation de sa personnalité auguste. Dans la conception du plan, comme dans l'érection de l'un et de l'autre, l'imagination pouvait se donner une libre carrière. L^idée que nous nous faisons de la divinité est infiniment plus abstraite que celle où pouvaient s'élever les hommes de la Grèce, de Rome et ceux du moyen âge. Même nous ne réussissons pas à lui trouver une forme réellement adéquate. Voilà pourquoi les temples que nous bâtissons n'oiïrent aucune véritable originalité et ne sont que des reproductions plus ou moins variées d'anciens modèles. La sculpture, lorsqu'elle veut rester dans ces hautes régions, est réduite ou à se renfermer dans le domaine de
1. Revue littéraire et politique du 11 octobre 1879, p. 342. G. Flaubert, f>u Jules LemaKre.