LES RACES EUROPÉENNES
deux moitiés de TËurope, et faire converger vers le même but le Nord avec sa force, le Sud avec sa grâce et sa lumière.
Si la France a reçu dans son sein bien des éléments teatoniques qu'elle a su transformer et s^assimiler, TAllemagne est attirée vers nous par les principes de notre grande Révolution qu'elle embrasse tous les jours davantage. Puis les passions politiques des hommes d'outre-Rhin ne sont nullement partagées par leurs frères anglo-saxons de la Grande- Bretagne et des Etats-Unis, dans les veines desquels coule beaucoup de sang latin. Enfin, dans ce moment même les Allemands proprement dits, semblent se retourner contre leurs voisins les Russes, quoique la Prusse ait absorbé et tende à absorber de plus en plus des flots de populations slaves.
Mais, après tout, aucune incompatibilité réelle, aucune répugnance innée, aucune haine inexpiable ne sépare les trois grands groupes. Ils se croisent nécessairement et se mêlent par le sang, par les intérêts, par la politique. Ici encore un petit et noble pays, la Suisse, nous présente un bel exemple à suivre. Sur un territoire étroit, vivent serrés les uns contre les autres et sans se confondre, dans une concorde profonde et unis par tous les liens patriotiques, des hommes appartenant aux nationalités allemande, française et italienne. Les grands peuples qui assistent à ce spectacle instructif et consolant, n'entreront-ils jamais dans la même voie? II paraît établi pourtant que plus les races sont nombreuses, qui se sont mêlées et fondues ensemble sur le même sol, plus le peuple né de ce mélange réunit de qualités variées et souvent opposées, et plus il est apte à promouvoir la cause du progrès et de la civilisation. C'est à la multiplicité des éléments qui constituent leur nationalité qu'il faut attribuer en grande partie le rôle proéminent et réellement brillant que jouent depuis deux siècles Français, Anglais et Américains. Si l'Allemagne malgré sa science, ses auteurs célèbres et les succès récents de ses armes n'a pas encore accaparé, pour me servir de l'exprès-
sion d'un illustre écrivain* « l'audience du monde », c'est que ses populations n'ont peut-être pas été assez modifiées encore par le contact avec les races policées et raffinées du Midi et de l'Ouest.
D. — Des races étrangères et de leur avenir.
Des réflexions sérieuses doivent se présenter à l'esprit de tous ceux qui songent à ce que peut nous réserver un avenir vraisemblablement peu éloigné. En moins de cent cinquante ans des lignes de chemins de fer innombrables sillonneront en tout sens non plus seulement l'Europe et l'Amérique, mais aussi l'Afrique et l'Asie. Le fil télégraphique mettra en relation perpétuelle et instantanée mieux que les centres, les plus petits endroits, les plus humbles individus des cinq continents. Alors on verra déboucher sur toutes nos routes, affluer à tous nos marchés les foules à face noire, jaune et cuivrée : les 50 millions du Japon, les 225 millions de l'Inde anglaise, les 500 millions de la Chine, sans compter les Mahométans de l'Asie Mineure, de la Perse, du Turkestan, enfin les 200 millions de l'intérieur de l'Afrique. Nous ne pourrons pas toujours refouler ces races étrangères comme la législation de la Californie vient d'essayer de faire pour les immigrants chinois. Ces races ne sont nullement mépri- S£d)les, et lorsqu'après s'être approprié nos mœurs, elles auront étudié nos institutions et nos lois, lorsqu'elles sauront se servir de nos armes et qu'elles connaîtront notre art de faire la guerre, sorties de leur torpeur vingt fois séculaire, elles pourront devenir redoutables à leur tour. On n'ignore pas le fiévreux empressement avec lequel les Japonais s'assimilent aujourd'hui tous les résultats de la science et de la civilisation européennes. A leur tour, généraux et hommes d'Etat de la Chine, commencent à comprendre la valeur de nos investigations et de nos découvertes. Pour réduire les rebelles Musulmans du Khotan ils nous ont pris nos armes