‹ Les lois de l'imitation, étude sociologique (volume 2)Chapitre 14 sur 98 · XX PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION · texte numérisé non relu

XX PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION

en plus nécessairement, leur fait sentir avec une force croissante, et irrésistible à la fin, l'injustice des privilèges.

Entendons-nous bien cependant sur cette similitude progressive des individus. Loin d'étouffer leur originalité propre, elle la favorise et l'alimente. Ce qui est contraire à l'accentuation personnelle, c'est l'imitation d'un seul homme, sur lequel on se modèle en tout; mais quand, au lieu de se régler sur quelqu'un ou sur quelques-uns, on emprunte à cent, à mille, à dix mille personnes considérées chacune sous un aspect particulier, des éléments d'idée ou d'action que l'on combine ensuite, la nature même et le choix de ces copies élémentaires, ainsi que leur combinaison, expriment et accentuent notre personnalité originale. Et tel est peut-être le bénéfice le plus net du fonctionnement prolongé de l'imitation. On pourrait se demander jusqu'à quel point la société, ce long rêve collectif, ce cauchemar collectif si souvent, vaut ce qu'elle coûte de sang et de larmes, si cette discipline douloureuse, ce prestige illusoire et despotique, ne servait précisément à affranchir l'individu en suscitant peu à peu du pljis profond de son cœur son élan le plus libre, son regard le plus hardi jeté sur la nature extérieure et sur lui-même, et en faisant éclore partout, non plus les couleurs d'âme voyantes et brutales d'autrefois, les individualités sauvages, mais des nuances d'âme profondes et fondues, aussi caractérisées que civilisées, floraison à la fois de l'individualisme le plus pur, le plus puissant, et de la sociabilité consommée.

Mai 1895.

AVÀNT-PROPOS

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