PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION XV
sorte l'action organisatrice de V accouplement logique; ainsi, la non-imitation des modèles extérieurs et hétérogènes permet au groupe harmonieux des modèles intérieurs d'étendre, de prolonger, d'enraciner en coutume l'imitation dont ils sont l'objet; et, par la même raison, la non-imitation des modèles antérieurs, quand le moment est venu d'une révolution civilisatrice, fraie la voie à l'imitation-mode, qui ne trouve plus d'entrave à son action conquérante.
Cette opiniâtreté invincible — momentanément invincible — de non-imitation, a-t-elle pour cause unique ou principale, comme l'école naturaliste était portée à le penser il y a quelques années encore, la différence de race? Pas le moins du monde. D'abord, quand il s'agit de la non-imitation des exemples paternels, aux époques révolutionnaires, il est clair que la cause indiquée ne saurait être mise en avant, puisque la génération nouvelle est de même race que les générations antérieures dont elle rejette les traditions. Puis, s'il s'agit de la non-imitation de l'étranger, l'observation historique montre que cette résistance aux influences du dehors est très loin de se proportionner aux dissemblances des caractères physiques qui séparent les peuples. De toutes les nations conquises par Rome, il n'en était pas de plus rapprochées d'elle par le sang que les populations d'origine grecque; et ce sont précisément les seules qui ont échappé à la propagation de sa langue, à l'assimilation de sa culture et de son génie. Pourquoi? Parce que seules, en dépit de la défaite, elles avaient pu et dû garder leur tenace orgueil, l'indélébile sentiment de leur supériorité. En faveur de l'idée que les races distinctes étaient imperméables pour ainsi dire à des emprunts réciproques, un des plus forts arguments qu'on pouvait citer il y a trente ans encore était la clôture hermétique opposée par les peuples de l'Extrême-Orient,