‹ Les lois de L'imitation: étude sociologique (volume 3)Chapitre 20 sur 28 · RELIGION · texte numérisé non relu

RELIGION

On a souvent divisé les religions en deux grandes classes : celles qui sont prosélytiques et celles qui ne le sont pas. Mais la vérité est, en premier lieu, qu'elles ont toutes commencé, même les plus ouvertes, par être jalousement fermées à l'étranger, si du moins on remonte à leur véritable origine. Le bouddhisme, il est vrai, dès sa naissance, appelle à lui les hommes de toute race, mais il n'est qu'un rameau détaché du brahmanisme, et celuici n'admet pas d'autre propagation, au moins en principe, que sa transmission par le sang (1). Quant au christianisme, jusqu'à saint Paul, il ne s'est point propagé hors de la race juive, et d'ailleurs il sort du mosaïsme qui a toujours repoussé les Gentils. Il n'est qu'une hérésie juive, disait naguère fièrement un enfant d'Israël. L'islamisme est resté longtemps chose exclusivement arabe, avant de subjuguer tant de nations, et le pontificat armé y était héréditaire parmi les descendants de Mahomet. En Grèce, chaque tribu avait ses dieux avant l'apparition d'Apollon, dont le culte propagé rapidement, établit le premier lien fédératif entre les cités helléniques. Les religions closes précèdent toujours les religions ouvertes, par la même raison que les castes précèdent toujours les classes, les monopoles la liberté commerciale, et les privilèges la loi

(1) Il est vrai, comme l'a observé de près Lyall de nos jours, que, moyennant force fictions, les vieux cultes hindous parviennent par voie de conversion à s'assimiler bien des peuplades non aryennes établies dans l'Inde. Mais elles sont réputées s'être aryanisées. Et, d'ailleurs, ces fictions, par lesquelles on élude la rigueur de la règle ancienne, attestent précisément à quel point celle-ci fut rigoureuse jadis.

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gions inférieures qui leur servent d'assises; et ainsi de suite. Au plus bas degré de l'échelle religieuse, nous trouvons partout le culte des ancêtres ou de quelque fétiche, religion toute familiale (1). I) a bien fallu que, même 'aux plus anciennes époques, le prosélytisme fût connu et pratiqué, puisque, par dessus ces cultes domestiques différents d'une famille à l'autre, un culte commun, celui du dieu de la cité, est parvenu à, s'établir et à' étouffer lentement les premiers. Mais il a bien fallu aussi que cette vogue d'un dieu exotique hors de son foyer natal ait partout été suivie d'un arrêt et d'un enracinement sur place, puisque d'exotique il est partout devenu patriotique, et que partout ces dieux des cités se montrent a nous, dans l'histoire du passé, aussi exclusifs, aussi hostiles les uns aux autres que pouvaient l'être, a, un âge antérieur, les dieux des foyers. Ainsi, le rythme historique des religions est un passage alternatif du prosélytisme à l'exclusivisme, et vice versa, indéfiniment. On ne saurait affirmer sans quelque hésitation que l'exclusivisme ait été au premier bout de la chaîne. L'inverse pourrait être soutenu. Dans l'Inde, où l'on surprend chaque jour sur le fait la naissance, dans les bas-fonds de l'hindouisme, de quelque religion très inférieure, Lyall nous apprend que le point de départ est la prédication d'un réformateur exalté, d'un ascète, d'un célibataire sans enfants, qui a rompu tout lien avec sa famille et sa caste. Il recrute des adhérents de tous côtés; après quoi, par l'habitude que contractent les membres de cette petite chapelle de ne manger et de ne se marier qu'entre eux,4&-secte devient caste à son tour et finit par se localiser en unefamill^> Mais ce serait outrer la portée de ce fait contemporain que d'y voir la représentation complète de ce qui a dû se

(1) Sur t'uniïcrsaiilÉ de la famille patriarcale à l'origine, voir la démo nslra lion étendue qu'en a donnée Sumner Maine dans ses Etudes sur l'Histoire du Droit. [Trad. IV. 1889.)

passer à l'origine des religions. Il est précieux cependant en ce qu'il vient confirmer l'hypothèse d'après laquelle, à notre avis, la famille ne serait pas la source unique des sociétés. La bande, la horde, la coterie, de quelques noms qu'on l'appelle, pêle-mêle des bannis ou des émigrants de la famille, serait le premier terme d'une évolution sociale tout autre, mais bientôt entrelacée avec la précédente et prenant exemple sur elle. Tout nous atteste du reste que les /relig ions ont universellement débuté par l'animisme /^qu e la croyance aux dieux a été d'abord la peur des espritgXet il est très ^r^bable que Tune des premières et des principales manifestations de l'animisme a été la divinisation des ancêtres morts£.£ue les premiers esprits redoutés ont été surtout des âmes parentçi^^Quant aux esprits d'une autre origine, forces de la nature personnifiées par un anthropomorphisme, ou plutôt, d'abord, comme nous allons le voir, par un zoomorphisme spontané, n'a-t-il pas fallu l'autorité du père de famille, du chef, pour les faire adopter unanimement? La religion vraiment primitive n'a donc pu se transmettre que par filiation.

A ce sujet, remarquons ce qu'il y a d'étrange dans cette apothéose ancestrale, et surtout dans son universalité. Car, à ces époques grossières où l'on s'est habitué à croire que l'adoration de la force régnait seule, il paraît bien difficile de comprendre ce culte des morts, ce respect des morts, cette obéissance aux morts. Pour avoir l'intelligence de ce phénomène, je crois qu'il faut le rapprocher d'un autre fait non moins général et non moins primitif : la gérontocratie. Toutes les premières sociétés tant soit peu bien douées et prédestinées au progrès, ont la vénération et le fétichisme des vieillards. Mais cet autre fait lui-même, comment le concilier avec le règne brutal de la force? Comment se fait-il que, dans un monde jeune, parmi des combats perpétuels, les

vieillards ne soient pas relégués au dernier plan? La plus vraisemblable explication, à mon sens, est celle-ci : Dans la famille primitive, très close et très hostile à toute famille même voisine, les exemples du père sur ses enfants, ses femmes et ses esclaves, doivent posséder une puissance irrésistible d'entraînement. Le besoin de direction, en effet, qu'éprouvent ceux-ci dans leur profonde ignorance, et à défaut de stimulants extérieurs, ne peut se satisfaire que par l'imitation d'un homme et de l'homme qu'ils ont l'habitude d'imiter depuis le berceau. Le prestige exemplaire du père, du roi-prêtre de ce petit Etat, est égal à la somme de tous les prestiges multiples que subit de nos jours, le plus souvent à son insu, un Européen civilisé, dont l'activité se disperse par mille canaux de docilités et de crédulités différentes, sous l'influence de professeurs, de camarades, d'amis, d'étrangers quelconques, au lieu de se concentrer en un seul lit de traditions et de coutumes paternelles. Ceci posé, et la magnétisation en quelque sorte des enfants par le père étant d'autant plus complète, à l'origine, que le père est plus âgé, puisqu'elle a eu plus de temps pour agir, on s'explique fort bien ce fait, mis en lumière par Buckle, que les peuples primitifs sont portés à reculer dans un passé d'autant plus lointain les géants, les hercules, les génies surhumains, qu'ils leur attribuent une taille, une force, une intelligence plus prodigieuses. C'est un effet d'optique, une orientation de l'admiration, dont le prestige du père suffit à rendre compte. Le père lui-même tremble devant l'ombre de l'aïeul, comme ses propres enfants le savent bien. L'idole de leur idole doit donc paraître à ces derniers un dieu supérieur.

Mais Buckle aurait pu remarquer aussi que, même aux plus vieux âges, à côté de ce culte de l'ancêtre, se fait jour le culte de l'étranger. Ce qui vient de loin n'est pas moins prestigieux pour les barbares et les sauvages

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de telles croyances dans les sociétés anciennes, puisqu'elles découlaient du principe social sans lequel ces sociétés n'eussent pas été possibles. Aussi, quoique l'athéisme eût été sans contredit un immense soulagement de cœur pour le fidèle, une désoppression de sa terreur constante, l'athéisme ne pouvait se propager à une époque où il eût été un suicide social.

Cependant, aux premiers débuts de l'humanité, l'isolement des familles humaines clairsemées dans un océan d'animalité grondante, a dû être si grand que leurs rencontres et leurs luttes n'ont pu être bien fréquentes. ■ La cause que je viens d'indiquer n'a donc pu avoir toute son importance que plus tard. En revanche, il est alors une autre catégorie de fascinateurs étrangers qui a dû jouer, ce me semble, dans la formation des très antiques mythologies, un rôle prépondérant, méconnu ou insuffisamment apprécié par les mythologues. Ce sont les grands fauves et les serpents venimeux d'abord, puis les animaux domestiques. Et je m'attache à ce côté des mythologies parce qu'ici se montre à nous, dès les âges les plus reculés, l'action de la mode isolément agissante et non confondue avec l'imitation du supérieur, comme dans les progrès dont il vient d'être question.

Aujourd'hui, nous faisons la chasse aux bètes, mais nos premiers ancêtres leur faisaient la guerre. C'est contre les bêtes surtout qu'ils étaient forcés de guerroyer toujours, soit pour s'alimenter, soit pour se défendre. « Aussi souvent gibier que chasseur », l'homme naissant était loin, sans nul doute, d'éprouver pour les lions, les ours des cavernes, les rhinocéros, les mammouths, avec lesquels il livrait des batailles quotidiennes aux * émouvantes péripéties, le mépris que nous inspirent les lièvres et les perdreaux de nos plaines, voire même les loups et les sangliers de nos dernières forêts. La fin de l'époque tertiaire et le début de l'époque quaternaire,

c'est-à-dire de l'âge où l'homme commence à poindre, se caractérisent par une formidable « émission de carnassiers ». Jamais faune si meurtrière ni si intelligente à la fois n'avait apparu sur la terre. Eléphants, rhinocéros, tigres de quatre mètres de long, lions, hyènes, etc., tous appartenaient à des espèces éteintes dont les espèces actuelles ne sont que les pâles images, et faisaient de Thomme leur pâture habituelle. Devant ces belligérants terribles, encore plus que devant les grands hommes de proie des tribus voisines, il frissonnait de cet effroi sacré qui est le commencement de toute dévotion. Aussi, quand, se trouvant ensuite devant un grand phénomène quelconque, tempête, phases de la lune, lever et coucher du soleil, etc., il V anime pour le comprendre, la personnification qu'il en fait spontanément est plutôt animale qu'humaine. personnifier, pour lui, c'est animaliser encore plus qu'humanisej^Si les dieux primitifs, depuis le Panthéon Scandinave jusqu'à l'Olympe aztèque, sont tous altérés de sang et exigent impitoyablement un tribut périodique de vies humaines, dont on leur sert plus tard l'équivalent en vies animales, jusqu'à ce que l'ombre seule et le simple symbole végétal en subsistent dans l'hostie chrétienne ; si toutes ces divinités archaïques sont cannibales, n'estce pas parce que l'homme les a conçues, non pas précisément à l'image de lui-même, mais sur le type de ces grands monstres surhumains, carnassiers ou reptiles, qui si souvent le dévoraient? Cette hypothèse permet de juger l'homme primitif supérieur à ses dieux, puisqu'elle explique la férocité de ceux-ci non par sa méchanceté prétendue, mais par les dures conditions de son existence précaire, anxieuse, exposée à tant de périls. Or, rien ne vient à l'appui de l'hypothèse ordinaire, suivant laquelle l'homme aurait modelé ses dieux sur soi : ils lui ressemblent si peu I Ils sont immortels et invulnérables,

lui si éphémère! Ils sont le caprice incarné, lui la i

routine même. Ils commandent en maîtres à la nature j

ambiante ; lui se prosterne devant le moindre météore. Au contraire, ma conjecture, on Ta vu, se fonde sur de sérieuses considérations. J'ajoute que l'universalité des dieux sanguinaires s'explique naturellement par l'universalité des bêtes féroces ; et ce point de départ identique pour toutes les races explique à son tour la similitude des phases traversées par l'évolution religieuse : sacrifices humains, sacrifices d'animaux, offrandes végétales, symbolisme spirituel. En outre, si notre point de vue est vrai, il s'ensuit que, dans un âge ultérieur, quand le refoulement commencé de l'animalité et le flot montant de l'humanité ont fait croître l'importance de la guerre entre hommes et diminuer celle de la guerre des hommes contre les bêtes, les dieux à forme humaine ont dû l'emporter décidément sur les dieux à forme bestiale. Précisément, cette humanisation graduelle des divinités est un des faits les mieux démontrés. Les dieux égyptiens à face d'homme sur un corps de bête ou à face de bête sur un corps d'homme, nous présentent la plus antique transition connue entre les dieux zoomorphiques de la préhistoire et les dieux purement anthropomorphiques graduellement élaborés par les Grecs. Transformation profonde, qui ne pouvait s'accomplir sans bouleverser 1,'idée divine.NLçjligu, à l'origine, était éminemment le i /destructeur, tandis qu'il est avant tout, pour nous, le créateyx* Des dieux belliqueux ne sauraient être que des triomphateurs; et, à la guerre, triompher c'est détruire. Incidemment, il me semble que l'anthropophagie habituelle ou rituelle des premiers peuples s'éclaircit par ce qui précède. Quand il arrivait à l'homme d'alors, et c'était fréquent, d'être battu dans ses combats contre les monstres, il était toujours dévoré. Par suite, quand il les terrassait d'aventure, il se faisait un devoir de les

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immoler et de les manger, si coriaces qu'ils pussent être, non seulement pour s'en nourrir, mais pour exercer des représailles, suivant l'éternelle coutume du talion militaire (1). Cela posé, quedevait-il se passer quand deux tribus se battaient l'une contre l'autre? Ce combat accidentel s'intercalait parmi les combats accoutumés contre les grands carnassiers, et y rentrait comme l'espèce dans le genre. Aussi, naturellement, se faisaiton une loi de traiter les captifs ou même les cadavres des vaincus comme on traitait chaque jour les animaux battus ou pris au piège : on les sacrifiait et on les mangeait solennellement dans un festin triomphal. Le premier triomphe a dû être un banquet. Ainsi, le cannibalisme serait né originairement par imitation des usages de la chasse primitive, quoique, postérieurement, il ait pu être entretenu par d'autres motifs d'ordre utilitaire ou mystique.

On voit combien les considérations précédentes sont propres à expliquer un fait qui 'étonné fort les mythologues et a provoqué de leur part les hypothèses les plus contradictoires : c'est le fait que les plus anciens dieux des diverses mythologies, dans toutes les parties du monde, ont été des animaux, des bêtes sauvages, souvent des bêtes féroces, et que si, par le progrès des âges, leur caractère zoomorphique, thériomorphique, s'est recouvert d'un anthropomorphisme graduel, il n'est jamais impossible de retrouver le fauve divin sous le dieu humanisé (2). Le compagnon animal d'un dieu a commencé par être ce dieu lui-même, aussi bien l'oie de Priape, le coucou de Héra, la souris d'Apollon, la chouette de Pallas, que l'oiseau-mouche du dieu aztèque Huitzilo-

(1) C'est ce qui explique sans doute pourquoi, dans les grottes préhistoriques, nous ne trouvons, parmi les instruments de silex, aucun squelette d'animal complet, même d'ours des cavernes.

(2) Je renvoie sur ce point à la Mythologie de M. Andrew Lang.

pochtli. 11 est prouvé qu'antérieurement à l'invasion des Pasteurs, « les dieux (égyptiens), toutes les fois qu'ils apparaissent sur un monument, sont représentés par des animaux. » — Cette déification universelle de la faune ambiante (parfois de la flore), l'expliquerons-nous, avec Lang, comme la suite du totémisme, de l'usage universel chez les sauvages et les peuples primitifs de reconnaître pour premier ancêtre de la tribu un animal? Rattacherons-nous par suite le culte des animaux au culte des ancêtres? Non, je crois qu'ici on prend l'effet pour la cause; ce n'est point le totémisme qui explique la déification des animaux, c'est celle-ci qui peut seule expliquer raisonnablement le totémisme (1). L'animal n'a été réputé un ancêtre qu'après avoir été déifié. Or, pourquoi a-t-il été déifié? Parce qu'on a été frappé de terreur ou d'admiration en le regardant, ou tout simplement parce qu'il a causé un jour une vive surprise due sans doute à quelque observation mal faite à travers quelque vision d'ignorant. Le premier animal, le premier être naturel, qu'un sauvage a été curieux d'étudier, lui a ouvert un nouveau monde, le monde extra-familial, ou plutôt lui a fait une trouée nouvelle dans ce monde que le grondement continuel des fauves ne lui avait jamais permis d'ignorer complètement. Vu à travers ses rêves ou ses terreurs, l'animal, vulgaire ou terrible, lui a révélé hors de lui autre chose digne d'intérêt que lui et les siens. Cet animal, donc, cet étranger dont il a senti et subi le prestige, l'a arraché au prestige exclusif

(1) Ce que j'admets sans peine, en revanche, c'est que l'interdiction, si fréquente dans les anciennes religions, de manger la chair de certains animaux, s'explique par le totémisme, et nullement par des considérations d'hygiène ; considérations trouvées après coup, comme celles que trouve toujours la somnambule prête à agir par suggestion, pour se justifier à ses propres yeux l'acte d'obéissance inconsciente qu'elle va commettre.

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V o< : les mythes reùxtrtV aux dieux animaux et reia:::s aux u eux ou héros civilisateurs.

&:ru re lius mcemprehensiiùe qu'une juxtaposition si K..a?re. à ^lor.is d admettre uotre point de vue qui ne vci; iaris rvs deux ;ate:rones mythiques que des variétés d un même /retire. Les unes comme les autres attestent, des ios temps les plus anciens, l'action des prestiges ex- erreurs et contemporains, sources de la mode, en con:ra>ïe ;^ec les presti^res paternels, sources de la coutume.

Continuons. Je n ai pas îr.ù d enumérer les principales sources où ont puise les religions primordiales. Pour acheter cette rov kerche conjecturale, qui est quelque peu une m.,rros>:om je dirai qu'après les bêtes féroces les animaux domestiques ont etê et ont dû être divinisés. Les deux Nuis ont pris place de la sorte auprès des dieux man\a;s, et ainsi se place une phrase transitoire, bonne à remarquer» entre le thèriomorphisme et l'antiii\ qvmcrpmsme divins, sans compter les transitions déjà ind\iuvs plus haut. Songeons, en effet, à l'immense eî tucnùr.samo transformation qui s'est produite le jour

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où, au milieu de la petite colonie humaine sans industrie, sans agriculture, sans autre moyen d existence que la chasse à Tare et la pêche au harpon, un sauvage de génie a imaginé d'apprivoiser un chien, un mouton, un renne, une vache, un âne, un cheval (1). Qu'est-ce que l'ensemble de toutes nos inventions modernes auprès de cette invention capitale, la domestication? C'était la première victoire décisive sur l'animalité; or, en fait d'accidents historiques, le plus grand et le plus surprenant sans contredit est celui qui a seul rendu l'histoire possible, à savoir le triomphe de l'homme sur la faune ambiante. Aussi, plus on remonte haut dans le passé, plus on voit grandir la valeur du bétail, qui a été le plus précieux des butins, le plus désiré des trésors et la première des monnaies. De là, la divinisation des taureaux, des bœufs, des vaches dans l'ancien monde, des lamas en Amérique. C'était un grand progrès sur l'apothéose des carnassiers; et l'Egypte en témoigne par la prééminence accordée à son Apis sur les dieux à moitié tigres, lions ou chats, de sa plus antique mythologie. La Grèce a donné un grand développement, dans sa période archaïque, à cette forme déjà civilisée de l'adoration des bêtes. On en a la preuve, entre autres faits, par le mythe des centaures, buste d'hommes sur un corps de cheval, qui expriment sans doute l'humanisation graduelle du cheval primitivement adoré, et correspondent ainsi dans cette nouvelle phase de l'idée divine

(1) L'importance des inventions relatives à la domestication a été si grande, — comme plus tard celle des inventions relatives à la conquête des minéraux, — qu'elle a paru suffire à caractériser les civilisations différentes. De même qu'on a distingué l'âge de la pierre éclatée, de la pierre polie, du bronze, du fer, — on a distingué ou on peut distinguer les peuples à bœufs ou à vaches (Aryas primitifs], les peuples à cheval (Touraniens, Arabes), les peuples ûniers (Egyptiens), les peuples à chameaux (Nomades des déserts), les .peuples à renne (Lapons), etc.

aux dieux titres à face humaine de l'Egypte. Dans ses fouilles en Argolide, Sehliemann a trouvé des milliers d'idoles très antiques où une métamorphose analogue de déesse-vache en déesse-femme, notamment < v l), était surprise aux diverses périodes de son accomplissement, jusqu'à ce qu'enfin de la nature primitivement bovine de la divinité il subsistât seulement, comme dernier indice, deux petites cornes à peine visibles, d'où l'épithète de Boôpis, si peu comprise par la plupart des lecteurs d'Homère. Inutile de rappeler le culte indien de la vache.

Mais ce n'est pas seulement par cette adoration des divers genres de bétail que l'homme a célébré la merveille de la domestication; c'est encore par la nature du culte rendu par lui aux dieux de n'importe quelle provenance. Après avoir apprivoisé des bètes et avoir apprécié les immenses avantages de cette exploitation, l'homme a dû se demander s'il ne pourrait pas aussi domestiquer quelques-uns de ces dieux, de ces grands esprits déjà conçus par lui comme les ressorts cachés des vastes machines naturelles, soleil et lune, tempête et pluie, et figurés sous des traits d'animaux ou d'hommes. Une fois ces conceptions admises et développées en une innombrable faune divine, la domestication des divinités a dû être la grande préoccupation des hommes supérieurs. Il s'agissait d'avoir, des esprits à soi, attachés à son logis, comme ses moutons, ses chiens ou ses rennes. Tels étaient les dieux lares, qui n'étaient pas toujours, effectivement, les âmes des aïeux. Mais comment dompter ces dieux sauvages et les humaniser? Par des moyens étrangement analogues h ceux qui avaient permis d assujettir les diverses espèces de bètes privées, c'està-dire par des caresses et des flatteries, et en leur

(1) Elles étaient « soit en forme de femmes ayant des cornes des deux côtés de la poitrine, soit en forme de vaches. »

offrant l'avantage, si rare en ces temps-là, d'une nourriture régulière, abondante et assurée, qui les dispense de tout effort pour en chercher une incertaine et intermittente. Voilà l'origine des sacrifices. — Ce point de vue cessera de paraître bizarre, si Ton tâche de se représenter ce que la domestication a dû être à l'origine. Pour nous, le cheval dompté et docile au frein est une simple force musculaire à notre disposition. Mais, pour le sauvage des âges éteints, il était sans nul doute une puissance cachée, qu'on ne maniait pas sans un certain effroi ou respect superstitieux du mystère impliqué en elle ; et il reste encore chez l'Arabe quelque chose de ce sentiment. Il est donc moins étonnant que le culte ait été un essai de domestication, si vraiment la domestication a été une espèce de culte.

A l'appui de ces considérations, j'en ajoute une autre qui les complète et qui me paraît aussi vraisemblable. L'idée de réduire l'homme en esclavage, au lieu de le tuer et de le manger, a dû naître après l'idée d'apprivoiser les animaux au lieu de s'en servir comme aliment, par la même raison que la guerre contre les fauves a dû précéder la guerre contre les autres tribus .^Quand l'homme a asservi, domestiqué sojar semblable,^ a songé à avoir un bétail humain ernon plus seulement un gibier humain^

— Mais ce qui précède sur la formation probable des premières religions est, à vrai dire, une digression que le lecteur voudra bien excuser. Revenons à notre sujet spécial, et, comme plus haut pour le langage, demandons-nous quelles sont les^conséquepces qu'entraîne le passage de la coutume à la mode eile retour inverse en matière religieuse, ^c'est-à-dire le déploiement d'un culte suivi de son établissement dans son domaine agraodu^ en second lieu, ,4uels sont les caractères internes que suppose l'expansïoiTa*un culte etVqui lui permettent de

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