‹ Les lois de L'imitation: étude sociologique (volume 3)Chapitre 6 sur 28 · VA · texte numérisé non relu

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gnés, une certaine similitude approximative de son cours, et même par busard, moins souvent pourtant qu'on ne le suppose, le parallélisme d'idées géniales (l) t soit très simples, soit parfois assez compliquées, apparues indépendamment, et équivalentes sinon identiques (2). Mais d'abord, en tant que'^fhomme a été contraint, par l'uniformité de ses besoins organiques, de suivre ce même chemin d'idées, il s'agit là de similitudes d'ordre biologique et non social, et c'est alors ma seconde, non ma troisième formule qui est applicable. C'est ainsi quç k lorsque les conditions toutes pareilles des phénomènes lumineux ou sonores à percevoir en vue de leurs fins contraignent les animaux de divers embranchements à avoir des yeux et des oreilles qui ne sont pas sans quelque rapport, leur ressemblance à cet égard est physique, non vitale, et, comme telle, relève de l'ondulation, conformément à notre première formule. Ensuite, comment et pourquoi le génie humain a-t-il parcouru la carrière en question, si ce n'est en vertu des causes initiales qui l'ont arraché à sa torpeur première, et qui, en le réveillant, ont fait aussi sortir tour h tour de leur sommeil les besoins virtuels et profonds de l'âme hu-

(i ) A plus forte raison, d'idées très simples, et qui n'exigent qu'un faible effort d'imagination. C'est le cas de bien des particularités de mœurs, même des plus singulières. Par exemple, en lisant l'ouvrage de M. Jametel sur la Chine, j'avais été surpris d'y voir relaté l'usage de l'éructation par politesse, chez les convives, à la fin d'un repas. Or, d'après M. Garnier et M. Hugonnet (La Grèce nouvelle, 4889), les Grecs modernes pratiquent la même observance cérémonielle... Evidemment, ici et là> le besoin de fournir la preuve évidente qu'on est rassasié, a suggéré l'idée, ridicule mais naturelle, de cette bizarre coutume.

(2) Par exemple, les mêmes besoins ont donné l'idée, dans l'ancien continent, de domestiquer le bœuf, et, en Amérique, d'apprivoiser le bison et le buffle (Voir Bourdeau, Conquête du monde animal, p. 212.), ou bien, là, d'apprivoiser le chameau, ici, d'apprivoiser le lama.

maine? Et ces causes, quelles sont-elles, si ce n'est quelques inventions et quelques découvertes primordiales, capitales, qui, ayant commencé à se répandre par imitation, ont mis leurs imitateurs en g-oùt de découvrir et d'inventer?^! l'origine, un anthropoïde a imaginé (je conjecturerai plus loin comment': les rudiments d'un langage informe et d'une grossière religion : ce pas difficile qui faisait franchir à l'homme jusque-là bestial le seuil du monde social, a dû être un fait unique, sans lequel ce monde, avec toutes ses richesses ultérieures, fût demeuré plongé dans les limbes des possibles irréalisés. Sans cette étincelle, l'incendie du progrès ne se fût jamais déclare dans la foret primitive pleine de fauves; et c'est elle^c'est sa propagation par imitation qui est la vraie cause, la condition $].*.? ■/':.' ;*■>.?. Cet acte originel d'imagination a eu pour effets non seulement les actes d'imitation directe m eut émanés de lui, mais encore toius les actes d'imagination qu'il a suggérés et qui euxmêmes en ont suggéré de nouveaux, et ainsi de suite indéfiniment. Ainsi/ tout se rattache à lui. toute similitude sociale provient de cette première imitation dont il a été l'objet; et je crois pouvoir le comparer à cet é\énomont non moins exceptionnel qui, bien des milliers de siècles auparavant, s'était produit sur le globe, quand, pour la première fois, une petite masse de protoplasme se forma, on ne sait comment, et se mit à se multiplier par génération seissipare. v De cette première répétition héréditaire procèdent toutes les similitudes qui s'obsor\ent à l'heure actuelle entre tous les êtres vivants. Il ne servirait de rien, d'ailleurs, de conjecturer, tort gratuitement,- que les premiers foyers de création protoplasmique, aussi bien que de création linguistique et mythologique, ont été non uniques, mais multiples : eu nlloU dans l'hypothèse de cette multiplicité, on ne Haurait nier qu'après une concurrence et une lutte plus

ou moins longues, la meilleure, la plus féconde des ébauches différentes, écloses ainsi spontanément, a seule dû triompher et exterminer ou absorber ses rivales. \A\ ne faut pas perdre de vue, d'une part, que le besoin d'inventer et de découvrir se développe, comme tout autre, en se satisfaisant ; d'autre part, que toute invention se réduit au croisement heureux, dans un cerveau intelligent, d'un courant d'imitation, soit avec un autre courant d'imitation qui le renforce, soit avec une perception extérieure intense, qui fait paraître sous un jour imprévu une idée reçue, ou avec le sentiment vif d'un besoin de la nature qui trouve dans un procédé usuel des ressources inespérées. Mais, si nous décomposons les perceptions et les sentiments dont il 's'agit, nous verrons qu'eux-mêmes se résolvent presque entièrement, et de plus en plus complètement à mesure que la civilisation avance, en éléments psychologiques formés sous l'influence de l'exemple l/Tout phénomène naturel est vu à travers les prismes et les lunettes colorées de la langme maternelle, de la religion nationale, d'une préoccupation dominante, d'une théorie scientifique régnante, dont l'observation la plus libre et la plus froide ne saurait se dépouiller sans" s'anéantir; .— et tout besoin organique est ressenti sous une forme caractéristique, consacrée par l'exemple ambiant, et par laquelle le milieu social, en le précisant, en l'actualisant à vrai dire, se l'approprie. Il n'est pas jusqu'au besoin de s'alimenter, devenu le besoin de manger du pain bis ou du pain blanc et telles ou telles viandes ici, du riz et tels ou tels légumes là; il n'est pas jusqu'au besoin même de rapports sexuels, devenu le besoin de se marier ici ou là, suivant tels ou tels rites sacramentels, qui ne se soient transformés en produits nationaux, pour ainsi parler. A plus forte raison cela est-il vrai du besoin naturel de distraction, devenu le besoin des jeux du cirque, des combats de

maineï Et ces causes, quelles sont-elles, si ce n'est quelques inventions et quelques découvertes primordiales, capitales, qui, ayant commencé à se répandre par imitation, ont mis leurs imitateurs en goût de découvrir et d'inventer?fA l'origine, un authropoïde a imaginé (je conjecturerai plus loin comment) les rudiments d'u langage informe et d'une grossière religion : ce j difficile qui faisait franchir à l'homme jusque-là bes le seuil du monde social, a du être un fait unique, lequel ce monde, avec toutes ses richesses ultério fût demeuré plongé dans les limbes des possibles ii ses. Sans cette étincelle, l'incendie du progrès no jamais déclar&dans la forêt primitive pleine do et c'est elle,pc est sa propagation par imitation ij vraie cause, la condition sine guâ non. Cet acte d'imagination a eu pour effets non seulemon d'imitation directement émanés de lui, m tous les actes d'imagination qu'il a suggéré.mêmes en ont suggéré de nouveaux, et ■■• indéfiniment. Ainsi/ tout se rattache à lui tude sociale provient de cette première il a été l'objet; et je crois pouvoir 1^. r événement non moins exceptionnel qui, .

de siècles auparavant, s'était proil 1 1 quand, pour la première fois, une p<u toplasme se forma, on ne sait eu multiplier par génoi';ili<i!i scissiparj répétition héréditaire proôéilent Q qui s'observent à l'iu'inv actuel vivants. Il ne servimit de rien, >l

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• lie rend impossibles, elle rend >ns qui ne l'étaient seront pas, suivant .1 de son imitation à rées de telles ou telles -, parmi celles qui sem l'on veut, survivront, répondront le mieux aux te invention, comme toute :i un problème. Mais, outre îirs indéterminés comme les 1 action vague, comportent les ■les, la question est de savoir ■ r qui ils se sont posés, à telle , et ensuite pourquoi telle solul'érence ici, telle autre ailleurs (2).

v es individuelles, cela dépend de eurs'et des savants antérieurs, en \ premiers, peut-être les plus grands, toire, ont précipité sur nous Favalan-

»'st ce qu'on appelle des questions : la question i sociale,' etc. /

:t>lquefois que, presque partout/la solution acceptée

i.jue le problème en comportât d'autres. C'est que

r.i-t-on V était la plus naturelle. Oui, mais n'est-ce pas

«N'ia, peut-être, que, éclose quelque part seulement,

t la fois, elle a Uni par se répandre en tous lieux ? —

.1 demeure des mauvais morts a presque partout été

■ Hz les peuples primitifs, comme souterraine, et celle des

comme céleste. La similitude va souvent fort loin. Les

.isles de l'Orégon, d'après Tylor, disent que les méchants

r après leur mort un lieu couvert de neiges éternelles, « où,

supplice de Tentale, ils voient perpétuellement du gibier

H'iivent pas tuer et de l'eau qu'ils ne peuvent pas boire. »

raison manifeste. Est-il certain, par exemple, que l'idée de construire des habitations lacustres, commune aux anciens habitants de la Suisse et de la Nouvelle-Guinée, leur soit venue sans suggestion imitative? Même question relativement à l'idée de tailler des silex ou de les polir, de coudre avec des arêtes de poisson et des tendons, de frotter deux morceaux de bois pour en faire jaillir du feu. Avant de nier la possibilité de la diffusion de ces idées par une lente et graduelle imitation qui aurait fini par couvrir presque tout le globe, il faut se rappeler d'abord l'immense durée des temps dont dispose la préhistoire, et songer aussi que nous avons la preuve de relations entretenues à de grandes distances non seulement par les peuples de l'âge de bronze, qui devaient parfois faire venir l'étain de très loin, mais encore par les peuples de la pierre polie et peut-être de la pierre éclatée. Les grandes invasions conquérantes qui ont sévi de tout temps ont dû faciliter et universaliser fréquemment, dans la préhistoire même, ou plutôt dans la préhistoire surtout, car les grandes conquêtes sont d'autant plus aisées que les peuples à conquérir sont plus morcelés et plus primitifs, la diffusion des idées civilisatrices. L'irruption des Mongols au xnr siècle est un bon échantillon de ces déluges périodiques ; et nous savons qu'elle a eu pour effet de rompre, en plein moyen-âge, les barrières des peuples les mieux clos, de mettre la Chine et l'Hindoustan en communication entre eux et avec l'Europe.

Mais, à défaut même de ces événements violents, l'échange universel des exemples n'eût pas manqué de s'opérer à la longue. A ce sujet, faisons une remarque générale. La plupart des historiens sont portés à n'admettre l'influence d'une civilisation sur une autre que s'ils parviennent à constater entre elles l'existence de rapports commerciaux ou de luttes militaires. Il leur

semble, implicitement, que toute action d'une nation sur une autre nation éloignée, par exemple, de l'Egypte sur la Mésopotamie ou de la Chine sur l'Empire romain, suppose un transport de troupes, un envoi de vaisseaux ou un voyage de caravanes, de Tune à l'autre. Ils n'admettent pas, par exemple, que le courant de la civilisation babylonienne et le courant de la civilisation égyptienne aient communiqué ensemble antérieurement à la conquête de la Mésopotamie par l'Egypte, vers le xvi c siècle avant notre ère. Ou bien, à l'inverse, mais toujours en vertu du même point de vue, dès que, par la similitude constatée des œuvres d'art, des monuments, des tombes, des débris funéraires, l'action d'une civilisation sur une autre leur paraît démontrée, ils en concluent aussitôt qu'il a dû y avoir entre l'une et l'autre des guerres ou des transactions régulières.

Cette opinion préconçue^ si l'on a égard aux rapports que j'établis entre les'trois formes de la Répétition universelle, n'est pas sans rappeler le préjugé des anciens physiciens, qui, partout où ils constataient une action physique, telle queM'éclairement ou réchauffement, exercée par un corps sur un autre corps éloigné, y voyaient la preuve d'un transport de matière. Newton lui-même ne croyait-il pas que la "propagation de la lumière solaire était produite par une émission de particules projetées du soleil dans l'espace immense? Mon point de vue en cela est aussi éloigné du point de vue ordinaire que la théorie de l'ondulation, en optique, l'est de celle de l'émission. Je ne nie pas, certes, l'action sociale exercée ou plutôt provoquée par les mouvements d'armées ou de vaisseaux marchands, mais je conteste qu'elle soit le mode unique ou même principal par lequel s'opère la contagion rayonnante des civilisations. A partir de leurs frontières, où elles se rencontrent indépendamment de tout choc belliqueux et de tout troc

.commercial, les hommes qui les représentent ont un ^penchant naturel à'se copier; et, sans avoir besoin de se déplacer dans le sens de la propagation de leurs exemples, ils agissent continuellement les uns sur les autres, à des distances indéfinies, comme des molécules d'eau de la mer qui, sans se déplacer dans le sens de. leurs vagues, les envoient fort loin devant elles .yBien avant, donc, qu'une armée pharaonique vînt à Babylonne, nombre de rites ou de secrets industriels avaient passé de la main à la main, en quelque sorte, d'Egypte en Babylonie.

Vpilà ce qu'il faut admettre en tète de l'histoire. Et remarquons combien cette action-là est continue, puissante, irrésistible. Jusqu'aux limites de la terre, pourvu qu'on lui donne le temps voulu, elle ira infailliblement. Or, c'est par centaines de milliers d'années qu'il faut chiffrer le passé humain. Donc, il y a tout lieu de croire que, dès les époques si rapprochées auxquelles nous prêtons le nom d'antiquité, elle a dû s'étendre à l'univers entier.

En résumé, tout ce qui est social et non vital ou physique, dans les phénomènes des sociétés, aussi bien dans leurs similitudes que dans leurs différences, a l'imitation pour cause. Aussi n'est-ce pa# sans raison qu'on donne généralement l'épithète (Skjdaturel, en tout ordre de faits sociaux, aux ressemblances spontanées, non suggérées, qui s'y produisent entre sociétés différentes. On a le droit, quand on aime à envisager les sociétés par ce côté spontanément similaire, d'appeler cet aspect de leurs lois, de leurs cultes, de leurs gouvernements, de leurs usages, de leurs délits, le droit naturel, la religion naturelle, la politique naturelle, l'industrie naturelle, l'art naturel (je ne dis pas naturaliste), le délit naturel... Or, ces similitudes importent certainement. Mais le malheur est qu'à vouloir les

préciser on perd son temps, et, par ce caractère de vague et d'arbrtraire incurables, elles doivent tinir par rebuter un esprit positif, habitué aux précisions scientifiques.

\ On peut me faire observer que, si l'imitation est chose sociale, ce qui n'est pas social, ce qui est naturel au suprême degré, c'est la paresse instinctive d'où naît le penchant à imiter pour s'éviter la peine d'inventer. Mais ce penchant lui-même, s'il précède nécessairement le premier fait social, l'acte par lequel il se satisfait, est très variable en intensité et en direction, suivant la nature des habitudes d'imitation déjà formées. — On peut me dire encore : cette tendance n'est qu'une des formes d'un besoin jugé par vous inné et profond, et d'où vous faites découler (on le verra plus loin) toutes les lois de la logique sociale, c'est-à-dire le besoin d'un maximum de foi forte et solide. Si ces lois existent, comme leur origine ne peut avoir rien de social, les similitudes qu'elles produisent dans les institutions et les idées des peuples ont une cause non sociale, mais naturelle^ Par exemple, l'explication des maladies par une possession diabolique, par une entrée d'esprits mauvais dans le corps du malade, s'est présentée aux sauvages américains de même qu'aux sauvages africains ou asiatiques, coïncidence déjà assez singulière; puis, cette explication une fois adoptée, on en a fait découler logiquement, dans l'ancien comme dans le nouveau monde, l'idée de guérir par voie d'exorcisme. — Mais je réponds que, si une certaine orientation logique de l'homme pré-social n'est pas niable, le besoin de coordination logique, accru et précisé par les influences du milieu social, y est sujet aux variations les plus étendues, les plus étranges, et s'y fortifie, s'y dirige comme tout autre, dans la mesure et au gré des satisfactions qu'il y reçoit. Nous en verrons ailleurs la preuve.

IL — Ceci m'amène à examiner une autre objection capitale qui peut m'ètre faite. Je n'aurai pas gagné grand'chose, en effet, à prouver que toutes les civilisations, même les plus divergentes, sont des rayons d'un même foyer primitif, s'il y a des raisons de penser que, passé un certain point, leur divergence va diminuant au lieu de s'accroître, et que, quel qu'eût été le point de départ, l'évolution des langues, des mythes, des métiers, des lois, des sciences et des arts, eût été se rapprochant de plus en plus de la voie suivie, en sorte que, inévitablement, le terme devait toujours être le même, prédéterminé, fatal.

Reste à savoir si cette hypothèse est vraie. Elle ne l'est pas. Montrons d'abord la conséquence extrême qu'elle implique. Il s'ensuit que, n'importe par quelle route spéculative, moyennant un temps suffisant, l'esprit scientifique devait aboutir, en mathématiques, au calcul infinitésimal, en astronomie à la loi de Newton, en physique à l'unité des forces, en chimie à l'atomisme, en biologie à la sélection naturelle ou à toute autre forme ultérieure du transformisme, etc. Et comme c'est sur cette science soi-disant une et inévitable que devrait s'appuyer l'imagination industrielle, militaire ou artistique, en quête de réponses à des besoins virtuellement innés, l'invention, par exemple, de la locomotive et du télégraphe électrique, des torpilles et des canons Krupp, de l'opéra Wagnérien et du roman naturaliste, était chose nécessaire, plus nécessaire peut-être que l'art du potier réduit à sa plus simple expression. Or, ou je m'abuse fort, ou autant vaudrait-il dire que, dès ses premiers débuts, à travers toutes ses métamorphoses, la vie tendait à faire éclore certaines formes vivantes, et que, par exemple, l'ornithorynque ou le cactus, le lézard ou l'ophrys, ou même l'homme, ne pouvaient pas ne pas apparaître. Ne semble-t-il pas plus plausible

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» i ..x » i.u nui. au.wj luea vpùietuoi et passé, des sociétés.

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avec ses porcelaines, les mystiques miniatures des manuscrits aux plates peintures des potiches, la vie d'un mandarin occupé de pointilleries littéraires, et,* entre temps, donnant l'exemple de labourer, à la vie d'un évêque de Byzance passionné pour des subtilités de théologie entremêlées de ruses diplomatiques; et ainsi de suite. Tout est contraste entre l'idéal de jardinage raffiné, de famille pullulante, de moralité rabaissée, cher à l'un de ces peuples, et l'idéal de salut chrétien, de célibat monastique, de perfection ascétique, dont l'autre est halluciné. On a peine à ranger sous le même vocable de religion le culte des ancêtres sur lequel l'un d'eux est fondé, et le culte des personnes divines ou des saints qui est l'âme de l'autre. Mais si je remonte aux plus anciens âges de ces Grecs et de ces Romains dont la double culture s'est amalgamée et complétée dans le Bas- Empire, j'y trouve une organisation familiale qu'on dirait calquée sur celle de la Chine. ^[)ans l'antique famille aryenne, en effet, et j'ajoute sémitique, comme dans la famille chinoise, nous trouvons non seulement le culte du feu de l'âtre et de l'âme des aïeux, mais encore les mêmes procédés imaginés pour honorer les morts, c'està-dire les offrandes d'aliments et le chant des hymnes accompagné de génuflexions, et aussi les mêmes fictions, à savoir, l'adoption notamment, pour atteindre, en dépit de la stérilité accidentelle des femmes, le butf capital, qui est de perpétuer avec la famille la petites religion du foyer.

On aura la contre-épreuve de cette vérité, si, au lieu de comparer deux peuples originaux à deux phases successives de leur histoire, on met en parallèle deux classes ou deux couches sociales de chacune d'elles. Le voyageur, il est vrai, qui traverse plusieurs pays d'Europe, même les plus arriérés, observe plus de dissemblance entre les gens du peuple restés fidèles à leurs

60 LES LOIS DE LIACTATTOy.

vieilles coutumes, qu'entre le* personnes «les classes supérieures. Mai* c*e<t . t ue cel.es-oi ont é:é ti uohées les premières ilu rayi-n «le la m- «Le envaLi-sante >ici la similitude est visiblement tille «Le l'imîTatL-. n. Au contraire, quand deux nations sont demeurées hermétiquement fermées Tune à l'autre, [es membres «le leurs noblesses ou «le leurs clergés dirfèrent certainement plus entre eux par leurs idées, leurs groùts et leurs habitudes. que leurs cultivateurs ou leurs manœuvres.

La raison en est que plus une nation ou une classe se civilise, plus elle échappe aux bords étroits où la servitude des besoins corporels, partout les mêmes, enserrait son développement, et débouche dans le libre espace de la vie esthétique, où la nef de l'art voirue au gré des vents que son propre passé lui souffle. Si la civilisation n'était que le plein épanouissement de la vie organique par le milieu social, il n'en serait pas ainsi ; mais on dirait que la vie, en s'épanouissant de la sorte, cherche, avant tout, a s'émanciper hors d'elle-même, a rompre son propre cercle, et ne tend à fleurir que pour s'essorer; comme si rien ne lui était plus essentiel, comme a toute réalité peut-être, que de s'affranchir de son essence même. Le superflu donc, le luxe, le beau, j'entends le beau spécial que chaque époque et chaque nation se crée, est, en toute société, ce qu'il y a de plus éminemment social, et c'est la raison d'être de tout le reste, de tout le nécessaire et de tout l'utile. Or, nous allons voir que l'origine exclusivement imitative des similitudes devient de plus en plus incontestable à mesure qu'on s'élève du second au premier de ces deux ordres de faits. Les habitudes artistiques de l'œil, nées des anciens caprices individuels de l'art, deviennent des besoins hyper-org , aniques auxquels l'artiste est oblig*é de donner satisfaction, et qui limitent singulièrement le champ de sa fantaisie ; mais cette limitation, qui

n'a rien de vital, est on ne peut plus variable d'après les temps et les lieux. C'est ainsi que l'œil du Grec, à partir d'une certaine époque, avait besoin de voir, en fait de colonnes, une forme ionique et corinthienne, tandis que l'œil égyptien, sous l'ancien Empire, exigeait un pilier carré, et, sous le moyen Empire, une colonne terminée en bouton de lotus. Ici, dans cette sphère de l'art pur ou plutôt presque pur, car l'architecture reste toujours un art industriel, ma formule relative à l'imitation, considérée comme la cause unique des similitudes sociales vraies, s'applique déjà à la lettre.

Elle s'appliquerait plus exactement encore en sculpture, en peinture, en musique, en poésie. Les idées du goût, en effet, et les jugements du goût, auxquels l'art répond, ne lui préexistent pas; ils n'ont rien de fixe ni d'uniforme comme les besoins corporels et les perceptions des sens qui prédéterminent dans une certaine mesure les œuvres de l'industrie et les forcent à se répéter vaguement chez des peuples divers. Quand un ouvrage relève à la fois de l'industrie et de l'art, il faut donc s'attendre à ce que, semblable par ses caractères industriels à d'autres produits de provenance étrangère et indépendante, il en diffère par son côté esthétique. En général, cet élément différentiel paraît de mince importance à l'homme positif; n'est-ce pas seulement par le détail que se différencient les monuments, les vases, les meubles quelconques, les hymnes, les épopées des diverses civilisations? Mais ce détail, cette nuance caractéristique, ce tour de phrase, ce coloris propre, Y/c'est le style et la manière, qui importe à l'artiste pardessus tout. C'est le signalement à la fois le plus visible et le plus profond d'une société, ici l'ogive, là le fronton, ailleurs le plein cintre, la forme maîtresse qui s'impose aux utilités au lieu de les subir, et, en cela, est parfaitement comparable à ces caractères morphologi-

- 7 -- l::- de l'imitation

~- .'*- .** fonctions, par lesquels les Types

-^.—^nt. Voilà pourquoi il (^ jiemiis

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plus ou moins fidèlement et a longtemps retenu la marque de cette contrefaçon; et dans l'un et l'autre pays, ce sont des plantes locales, l'acanthe dans l'un, le lotus ou le palmier dans l'autre, qui ont été reproduites sur les chapiteaux pour les embellir. Sans doute, encore, grec ou égyptien, le pilier massif et indivis au début, a été se subdivisant en trois parties, le chapiteau, le fût et la base. Sans doute, enfin, la décoration du chapiteau en Grèce, et de. la colonne tout entière en Egypte, a été se compliquant, se surchargeant d'ornements nouveaux.

Mais, de ces trois analogies, la première nfe fait qu'attester une fois de plus notre principe premier^'imitativité instinctive de l'homme social, et la troisième nous déduit une conséquence forcée de ce principe, l'accumulation graduelle des inventions qui ne se contredisent pas, grâce à la conservation et à la diffusion de chacune d'elles par l'imitation rayonnante dont elle est le foyer. Quant à la seconde, elle est une de ces analogies fonctionnelles dont j'ai parlé plus haut : Cette division tripartite de la colonne, en effet, était à peu près commandée par la nature des matériaux employés et la loi de la pesanteur, dès que le besoin d'abri en arrivait à exiger des demeures d'une certaine élévation. — Si l'on veut faire aux pseudo-lois du développement religieux, politique ou autre, que je viens de critiquer en passant, leur part de vérité, on verra qu'elle se résout en similitudes qui rentrent dans les trois catégories

' précédentes. S'il en est qu'on ne puisse y faire rentrer, c'est que l'imitation est intervenue. Par exemple, les

n\ points de similitude entre le christianisme et le bouddhisme, mais surtout entre le christianisme et le culte de Krishna, sont si multipliés qu'ils ont paru suffisants à divers savants des plus autorisés, notamment Weber, pour affirmer une filiation historique de ces religions

similaires. La /conjecture a d'autant moins lieu d'étonner qu'il s'agit deyreligions prosély tiques. V.VvVr">7c i

D'ailleurs, — et ici les divergences significatives vont éclater, — chez les Grecs « les proportions des supports se sont modifiées toujours dans le même sens; c'est par un chiffre de plus en plus élevé que s'est exprimé le rapport qui représente la hauteur du fût comparé à son diamètre. Le dorique du Parthénon est plus élancé que celui du vieux temple de Corinthe; il l'est moins que le dorique romain... Il n'en fut pas de même en Egypte; les formes ne tendirent point à s'y effiler à mesure que les siècles s'écoulaient. La colonne à seize pans et la colonise fasciculée de Béni-Hassen n'ont pas de proportions plus ramassées que les colonnes des monuments très postérieurs. » Le contraire même se rencontre, précisément l'inverse de l'évolution hellénique. « Il y a donc, conclut l'auteur cité, dans la marche de l'art égyptien, des oscillations capricieuses. Cette marche est moins régulière que celle de l'art classique, elle ne semble pas gouvernée >^ar une logique interne aussi sévère. »

Je dirai plutôt \|I1 suit de là que l'art ne veut pas se laisser enfermer dans une formule, puisque cette formule, si formule il y a, tantôt paraît s'appliquer, tantôt, manifestement, ne s'applique en aucune manière, et précisément en ce qui concerne les caractères les plus importants aux yeux du connaisseur, les plus expressifs, les plus profonds. Quand il s'agit de la colonne envisagée du point de vue utilitaire, les conditions extérieures circonscrivent étroitement le champ de l'invention architecturale et lui imposent certaines idées fondamentales, comme des thèmes à varier. Mais, une fois ce détroit franchi, le long duquel toutes les écoles devaient suivre un cours presque parallèle, elles ont vogué chacune à part, diversement orientées, non pas plus libres du reste, mais chacune d'elles n'obéissant qu'aux

inspirations de ses propres génies. Dès lors, /les coïncidences ne se produisent plus, et les dissemblances se creusent (1). (Alors devient prépondérante, souveraine, l'influence individuelle des Maîtres, soit passés, soit actuels, sur les transformations de leur art. Ainsi peuvent s'expliquer les a capricieuses oscillations » de l'architecture égyptienne; et, si le développement de l'architecture grecque paraît plus rectiligne, n'est-ce pas une illusion? Si l'on ne se borne pas à considérer deux ou trois siècles remarquables de ce développement, si l'on embrasse l'entier déroulement de l'art grec depuis ses débuts mal connus jusqu'à ses dernières transformations byzantines, ne verra-t-on pas le besoin d'élancement croissant signalé par M. Perrot, diminuer à partir d'une certaine époque? C'est une suite d'élégants et gracieux artistes qui ont fait naître et croître ce besoin visuel, comme ce sont des générations de solides constructeurs qui ont rendu général et permanent sur les bords du Nil le besoin de solidité massive, non pourtant sans des accès de goût différent, quand se faisait jour un architecte d'un tempérament original, moins porté à se conformer au génie national qu'à le réformer. — Mais combien ces considérations gagneraient à être illustrées par des exemples empruntés aux arts supérieurs, à la peinture, à la poésie, à la musique !

(i) Trouve- t-on rien ^'analogue à l'obélisque ailleurs qu'en Egypte? C'est que l'obélisque répondait non à un besoin principalement naturel, comme les portes, les fenêtres, les colonnes en tant que supports, mais à un besoin presque entièrement social.

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