CHAPITRE HUITIEME
Après avoir étudié les principales lois de l'imitation, il nous reste à en dég*ag"er le sens g'énéral, à les compléter par quelques observations et à montrer plusieurs conséquences importantes qui en découlent.
La loi suprême de l'imitation paraît être sa tendance à une prog'ression indéfinie. Cette sorte d'ambition immanente et immense (1) qui est l'âme de l'univers, et qui se traduit physiquement par la conquête lumineuse de
(1) Pour dire loul le fond de ma pensée sur la source inconnue et inconnaissable des répétitions universelles, ce n'est peut-être pas seulement une ambition immense et universellement répandue qui suffit à les e.\pliquer. Il est des jours où une autre explication, je l'avoue, me vient à la pensée. Je songe que la complaisance à se répéter indéfiniment sans jamais se lasser est un des signes de l'amour, que le propre de l'amour, dans la vie et dans l'art, est de dire et de redire toujours la même cbose, de peindre et de repeindre toujours les mêmes sujets ; et je me demande alors si cet univers qui semble se complaire en ses monotones répétitions ne révélerait pas, en ses profondeurs, une dépense infinie d'amour caché, encore plus que d'ambition. Je ne puis me défendre de conjecturer que toutes choses, en dépit de leurs luttes entre elles, ont été faites, séparément, con amore, et qu'ainsi seulement s'explique leur beauté, malgré le mal et le malheur. — Mais, d'autres fois, songeant à la mort, je suis porté à justifier le pessimisme. Tout se répète et rieù ne demeure : tels sont les deux caractères de notre univers, et le second dérive du premier. Pourquoi faut-il qu'il soit chimérique de concevoir même un monde parfait, à la fois stable et original, où tout demeure et rien ne se répète'?... — Mais trêve à ces rêves!
l'espace, vital ement par la prétention de chaque espèce, même la plus humble, à remplir le g-lobe entier de ses exemplaires, semble pousser chaque découverte ou chaque invention, même la plus futile, y compris chaque innovation individuelle, même la plus insig-nifiante, à se disséminer dans tout le champ social indéfiniment agrandi. Mais cette tendance, quand elle n'est pas secondée par la rencontre d'inventions log-iquement et téléolog-iquement auxiliaires, ou par la faveur de certains prestiges attachés à des supériorités présumées, est entravée par divers obstacles qu'il s'agit pour elle de franchir ou de tourner successivement. Ces obstacles sont, ou les contradictions logiques et téléologiques qui lui sont opposées par des inventions différentes, ou les barrières que mille causes, principalement des préjugés ' et des orgueils de race, ont établies entre les diverses familles, les diverses tribus, les divers peuples, et, da«« dans chaque peuple ou dans chaque tribu, entre les diverses classes. Il en résulte que, une bonne idée étant éclose dans un de ces groupes, elle s'y propage sans peine, mais se trouve arrêtée par ses frontières. Heureusement, cet arrêt n'est qu'un ralentissement. D'abord, eu ce qui concerne les barrières des classes, il est bien vrai que, lorsqu'une innovation heureuse, née, par hasard, dans une classe inférieure, y a fait, son chemin, elle ne se communique pas, dans les temps d'aristocratie héréditaire et d'inégalité pour ainsi dire physiologique, à moins que l'avantage de l'adopter ne soit évident, aux classes élevées; mais, en revanche, les innovations formées ou accueillies par celles-ci descendent facilement, comme nous l'avons montré plus haut, aux couches d'en bas habituées à subir leur prestige. Et, par suite de cette chute prolongée, il arrive peu à peu que les couches inférieures, en s'élevant tour à tour, grossissent de leur afflux successif les hautes classes. Ainsi, à
force de s'assimiler à leurs modèles, les copies s'ég-alent à eux, c'est-à-dire deviennent capables d'être modèles à leur tour, en revêtant une supériorité non plus héréditaire et attachée à toute la personne, mais individuelle et partielle. La marche de l'imitation de haut en bas n'a pas cessé de s'appliquer ; mais l'inég-alité qu'elle suppose a changé de sens. Au lieu de l'inég-alité aristocratique, org-anique, par nature, on a une inég-alité démocratique, d'orig-ine toute sociale, qu'on peut appeler égalité si l'on veut, mais qui, au fond, est la réciprocité de prestiges toujours impersonnels, alternativement exercés d'individu à individu, de profession à profession. De la sorte, le champ de l'imitation s'est sans cesse élargi et affranchi de l'hérédité. — En second lieu, relativement aux barrières des familles, des tribus ou des peuples, il est bien vrai également que, si les connaissances ou les institutions, les croyances ou les industries, propres à l'un de ces groupes lorsqu'il est victorieux et puissant, pénètrent sans peine chez les groupes voisins, vaincus et humiliés, en revanche, les exemples des vaincus et des faibles, sauf le cas où la supériorité de leur civilisation est manifeste, sont comme n'existant pas pour les vainqueurs et les forts. D'où il suit, entre parenthèses, que la guerre est bien plus civilisatrice pour le vaincu que pour le vainqueur; car celui-ci ne daigne pas se mettre à l'école de celui-là, qui, lui, subissant l'ascendant de la victoire, emprunte à l'ennemi nombre d'idées fécondes et les ajoute à son fonds national. Les Egyptiens n'ont rien pris aux livres des Hébreux captifs^ ils ont eu grand tort; tandis que les Juifs ont beaucoup gagné à s'inspirer des hiéroglyphes de leurs maîtres. Mais, quand un peuple domine les autres par son éclat, les autres, avons-nous dit, l'imitent après n'avoir imité jusque-là que leurs pères. Or, cette propagation extranationale de l'imitation, à laquelle j'ai donné le nom de
mode, n'est, au fond, que l'application aux rapports des Etats, de la loi qui rég-it les rapports des classes. L'imitation, grâce à l'invasion de la mode, descend toujours de l'Etat momentanément supérieur, aux Etats momentanément inférieurs, comme nous avons vu qu'elle descend des plus hauts aux plus bas degrés de l'échelle sociale. Par suite, on ne sera pas surpris de voir le règ-ne de la mode produire des eflfëts semblables à ceux de cette dernière loi. Effectivement, de même que le rayonnement exemplaire des classes élevées a pour conséquence de préparer l'élarg-issement de ces classes, où l'imitation est facile et mutuelle, par l'absorption en elles des classes inférieures, de même le prestig'e contag'ieux des Etats prépondérants a pour résultat de préparer l'extension de ces Etats, primitivement familles, puis tribus, plus tard cités et nations, sans cesse accrus par l'assimilation des voisins qu'ils s'annexent ou par l'annexion des voisins qu'ils s'assimilent. Autre analogie : de même que le jeu de l'imitation de haut en bas, en se prolong-eant, aboutit à ce qu'on appelle l'ég-alité démocratique, c'est-à-dire à la fusion de toutes les classes en une seule où se pratique admirablement l'imitation réciproque par l'acceptation des supériorités respectives, de même l'exercice prolong"é de l'imitationmode finit par mettre les peuples écoliers au niveau du peuple mag-istral, soit en fait d'armements, soit en fait d'arts et de sciences, et crée entre eux une sorte de fédération qui, dans les temps modernes, s'est appelée, par exemple, l'équilibre européen : on entend par là la réciprocité de services et d'emprunts de tous g-enres que ne cessent de se faire les divers grands foyers entre lesquels se partag-e la civilisation de l'Europe. — C'est ainsi que, dans les rapports internationaux eux-mêmes, le domaine libre et non entravé de l'imitation s'est ag-randi presque sans interruption.
Mais, en même temps, la Tradition et la Coutume, formes conservatrices de l'imitation, fixaient et perpétuaient ses acquisitions nouvelles, consolidaient ses ag-randissements, aussi bien dans le sein de chaque classe élevée par l'exemple des classes supérieures, que dans le sein de chaque peuple élevé par l'exemple de voisins plus civilisés. En même temps aussi, chaque g"erme d'imitation déposé dans le cerveau d'un imitateur quelconque sous la forme d'une croyance ou d'une aspiration, d'une idée ou d'une faculté nouvelle, s'y développait successivement en manifestations extérieures, en paroles et en actions qui envahissaient le système nerveux et le système musculaire tout entiers, conformément à la loi de la marche du dedans au dehors.
Voilà donc les lois de nos précédents chapitres ramenées à un même point de vue. Par elles se traduit et se satisfait de mieux en mieux la tendance de l'imitation, émancipée de la g-énération, à une prog'ression g-éométrique. Chaque acte d'imitation a donc pour effet de préparer les conditions qui rendront possibles et faciles de nouveaux actes d'imitation de plus en plus libre et rationnelle, et, en même temps, de plus en plus précise et rig-oureuse. Ces conditions sont la suppression graduelle des barrières de castes, de classes, de nationalités, j'ajoute la diminution g-raduelle des distances par la rapidité des moyens de locomotion et aussi par la densité de la population. Cette dernière condition se réalise à mesure que des inventions agricoles ou industrielles fécondes, c'est-à-dire larg-ement imitées, et la découverte non moins féconde de terres neuves, permettent aux races les plus inventives à la fois et les plus imitatives de pulluler sur le g'iobe. Supposez toutes ces conditions réunies et poussées au plus haut deg-ré, la transmission imitative d'une initiative heureuse apparue n'importe où sur toute la masse humaine serait presque instantanée, comme la
propag-ation d'une onde dans un milieu parfaitement élastique. Nous courons à cet étrang-e idéal ; et déjà, envisagée sous certains aspects particuliers, où les plus essentielles des conditions indiquées se rencontrent par hasard, par exemple dans le monde des savants, qui, quoique très épars, se touchent à chaque instant par de multiples communications internationales, ou dans le monde des commerçants qui sont en perpétuel contact par -dessus toutes les frontières, la vie sociale laisse apercevoir la réalité de la tendance que je sig-nale. Dans un discours prononcé en 1882 sur le succès des théories de Darwin, Hœckel disait : « L'influence prodigieuse que la victoire décisive de l'idée unitaire exerce sur toutes les sciences', influence qui, d'année en année, s'accroît en progression géométrique, nous ouvre les plus consolantes perspectives. » Le fait est que ce succès de Darwin et de Spencer a été foudroyant de vitesse. Quant à la rapidité de l'imitation commerciale, dès qu'on cesse de l'entraver, elle a été observée de tout temps^, et non pas seulement dans notre siècle. Qu'on lise dans Ranke le tableau des progrès d'Anvers dans l'intervalle de 1550 à 1566. Le commerce de cette ville avec l'Espagne avait doublé pendant ces seize ans; avec le Portugal, l'Allemagne, la France, plus que triplé; avec l'Angleterre, il était devenu vingt fois plus fort! Par malheur, la guerre vint mettre un terme à cette prospérité. Mais de tels essors intermittents révèlent la force constante qui pousse à ce déploiement indéfini.
A présent, il est bon de mettre en lumière une observation générale, dont nous venons d'indiquer un cas spécial, en signalant le passage de l'imitation unilatérale à l'imitation réciproque. Le simple jeu de l'imitation a
donc eu pour eflfët, non seulement de l'étendre, mais de la mutualiser. Or, cet effet qu'elle produit sur elle-même, elle le produit sur bien d'autres relations de personne à personne. Partout, elle transforme à la long"ue en rapports mutuels les rapports unilatéraux.
Il y a longtemps qu'on ne croit plus au « contrât social » de Rousseau; on sait que le contrat, loin d'avoir été le premier lien des volontés humaines, a été un nœud lent à se former, et qu'il a fallu des siècles de sujétion sous l'empire du décret non consenti, du commandement passivement obéi, pour donner l'idée de cette sorte de décret réciproque, de lien complexe, par lequel deux volontés s'enchaînent l'une à l'autre, se commandent et s'obéissent tour à tour. Mais nombre d'esprits se persuadent encore, erreur cependant toute semblable, que l'échang-e a été le premier début de l'humanité. Il n'en est rien. Avant d'avoir l'idée de l'échang-e, on a eu celle de la donation ou du vol, rapports beaucoup plus simples (1). — Se persuaderait-on aussi, par hasard, que les hommes ont commencé par discuter entre eux, causer, échang-er leurs idées, comme font les berg-ers d'une ég-log-ueV Non, cet échang-e-là n'est pas plus primitif que celui de leurs produits. La discussion suppose qu'on se concède de part et d'autre le droit de s'enseigner réciproquement, et d'abord qu'on a l'idée de la vérité, c'est-à-dire d'une perception ou d'une opinion individuelle qui s'attribue le pouvoir légitime d'être admise par tous les cerveaux en bonne santé. Est-ce que l'idée d'un pouvoir pareil serait possible sans l'expérience préalable de ce pouvoir exercé par un père, un prêtre, un précepteur? N'est-ce
(1) Voir à ce sujet le troisième volume de la sociologie de Spencer, où il est dit comment les présents, volontaires et unilatéraux au début (soit du supérieur à l'inférieur, soit inversement), sont devenus peu à peu habituels, obligatoires et réciproques. Ce que Spencer oublie de dire, c'est le rôle capital de l'imitation en ceci.
pas le dogme qui a seul pu faire concevoir le 'crai f — Pareillement, si quelque lecteur d'idylles se laissait aller à penser que les hommes primitifs, même les sauvag-es les plus doux, connaissaient la politesse et les égards mutuels, il faudrait lui faire voir les preuves qu'en France et partout ailleurs, l'urbanité, née d'hommages et de compliments sans réciprocité faits aux chefs, seigneurs ou rois, est la vulgarisation graduelle, facile à suivre en histoire, de cette flatterie unilatérale, devenue mutuelle en se diffusant. — Hélas! il n'est même pas permis de croire que la guerre, si nous entendons par ce mot une lutte à armes à peu près égales et un échange de coups, a été le premier rapport international des groupes humains. La chasse, c'est-à-dire la destruction ou l'expulsion de quelqu'un qui ne peut se défendre, d'une tribu pacifique par une horde de brigands, a précédé la guerre digne de ce nom (1).
Or, comment la chasse humaine a-t-elle fait place à la guerre humaine? Comment la flatterie a-t-elle fait place a la politesse, la crédulité au libre examen et le dogmatisme au mutuel enseignement? la docilité au libre consentement et l'absolutisme au Self-governement? le privilège à la loi égale pour tous, la donation ou le vol à l'échange (2)? l'esclavage à la coopération industrielle? au mariage, enfin, tel que nous le connaissons, appropriation du mari par la femme et de la femme par le mari, le
(1) J'entends dans les rapports des hommes entre eux ; mais dans les rapports de l'homme primitif avec les animaux, — rapports qui n'ont rien à voir directement avec la sociologie, — l'inverse semble s'être produit, puisqu'on a bataillé contre les grands fauves avant d'êlre en mesure de les chasser, comme nous l'avons vu plus haut.
(2) Primitivement (v. à ce sujet Paul VioUet, Histoire du Droit franc., p. 38o), l'administration des sacrements par les curés était gratuite; c'était un pur don. Peu à peu les populations répondirent à ces dons par des dons aussi, par des cadeaux spontanés et nullement obligatoires; jusqu'à ce qu'enfin les offrandes soient devenues des
mariag-e primitif, appropriation de la femme par le mari sans nulle réciprocité? Je réponds : par l'effet lent et inévitable de l'imitation sous toutes ses formes. Il sera aisé de le montrer rapidement, ne serait-ce que par l'indication des phases transitoires traversées au cours des transformations dont il s'agit.
Au début, un homme monopolise toujours le pouvoir et le droit d'enseig^ner; nul ne le lui conteste. Tout ce qu'il dit doit être cru de tous ; et lui seul a le droit de rendre des oracles. Mais, à la longue, chez ceux qui boivent avec le plus de crédulité toutes les paroles du maître, naît le désir d'être infaillible comme lui, de lui ressembler encore en cela. De là des efforts de génie chez des philosophes qui finiront un jour par faire reconnaître à chaque individu le droit de propager sa foi particulière et d'évangéliser même ses anciens apôtres. Mais, auparavant, ils doivent se borner à de plus humbles prétentions; et l'imitation des théologiens est si bien l'âme de leur révolte dissimulée qu'ils se sentent heureux si, tout en se soumettant au dogme sans discussion, mais au dogme pour la première fois circonscrit dans une sphère propre qu'on lui trace, ils obtiennent de dogmatiser dans leur petit domaine, imposant aux savants ou aux expérimentateurs spéciaux des idées maîtresses réputées indiscutables, les théories d'Aristote ou de Platon, par exemple, entant que non contraires à la foi religieuse. D'autre part, à la même époque de transition, les savants spéciaux, courbés d'ailleurs sous le joug métaphysique dans une certaine mesure déterminée, entendent bien dogmati-
redevances. — Les sociétés d'assurance contre l'incendie sont des sociétés de secours mutuels ; sous cette forme réciproque, elles datent de 1786; mais elles avaient été précédées par des sociétés de secours non mutuels, par des aumônes organisées en faveur des incendiés. (V. Babeau, La Ville sous Vancien Régime, t. 2, p. 146.) — Le droit au divorce a commencé par êti-e unilatéral, au profit exclusif du mari, avant de devenir réciproque, etc.
ser à leur tour. C'est une série de ricochets dog'inatiques qui rendent palpable le besoin d'imitation d'où procède cette sing^ulière étape de la pensée. Il n'en est pas moins certain que l'affranchissement de la raison humaine est venu de là. En effet, il y a quelque chose de contradictoire et de factice dans l'attitude d'une raison individuelle qui sent déjà sa force, mais qui, se croyant le droit d'imposer ses convictions sans discussion à certaines personnes, se croit néanmoins le devoir d'accepter sans les examiner les convictions d'autres personnes. Une telle timidité jure avec un tel org"ueil. Aussi vient-il un moment où une raison individuelle, plus hardie et plus conséquente, s'avise de vouloir, elle aussi, dog-matiser sans restriction, opposer et imposer ses convictions en haut tout aussi bien qu'en bas. Mais son exemple est aussitôt suivi ; la discussion devient gfénérale, et la librepensée n'est que ce choc mutuel et cette mutuelle limitation d'infaillibilités individuelles qui s'affirment, multiples et contraires.
A l'orig-ine, un homme commande et les autres obéissent. L'autorité est monopolisée comme l'enseig'nement par le père ou le maître ; le reste du g'roupe n'a d'autre fonction que d'obéir. Mais cette autorité autocratique devient un objet d'envie; les ambitieux, parmi les sujets, conçoivent, d'abord, de concilier leur sujétion avec leur soif de pouvoir, et ils imag-inent de limiter d'abord, de circonscrire l'autorité de leurs maîtres sur eux, puis de la déverser, limitée et précisée ég-alement, sur des sujets du second deg-ré. C'est une cascade de commandements limités, mais indiscutables. Le système féodal a été la réalisation de cette idée sur la plus g-rande échelle. Mais, à vrai dire, l'org-anisation militaire de tous les temps en est l'incarnation la plus évidente ; et cet exemple montre que la conception dont il s'agit, de même que la conception analogue ci-dessus, celle de la
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hiérarchie des dog-matismes, répond à un besoin permanent des sociétés, le besoin de la défense patriotique ou de l'éducation des enfants. — Plus tard, cependant, on ose mieux encore, on veut pouvoir commander sous certains rapports à ceux mêmes auxquels on obéit sous d'autres rapports, et réciproquement, ou pouvoir commander un temps à ceux auxquels on a obéi ou on obéira en un autre temps. On obtient cette réciprocité par la libre accession de tous aux emplois publics, aux mag"istratures viag-ères ou temporaires, et par le droit de vote concédé à tous. Le seul fait de voter implique chez l'électeur l'eng-ag-ement de se soumettre à l'élu quel qu'il soit, et donne de la sorte aux décrets de celui-ci le caractère d'un contrat tacite. — Qu'on dise si la souveraineté populaire ainsi formée est autre chose que la multiplication à millions d'exemplaires de la souveraineté monarchique, et si, sans l'exemple de celle-ci, incarnée notamment dans Louis XIV, celle-là eut jamais été conçue?
Tous les progrès ou chang-ements sociaux qui se sont opérés par la substitution du rapport réciproque au rapport unilatéral, conséquences, selon nous, de l'imitation en exercice, Spencer les attribue au remplacement du « militarisme » par « l'industrialisme »; mais le développement de l'industrie elle-même est assujetti à la loi dont nous parlons. En effet, l'industrie a pour premier g'erme le travail servile non rémunéré ou le travail de la femme, qui est l'esclave-née de l'homme primitif. L'Arabe, par exemple, se fait servir, nourrir, habiller, loger même par ses nombreuses femmes, comme le Romain par ses esclaves; et voilà pourquoi lapolyg-amie lui est aussi nécessaire qu'à nous nos multiples fournisseurs. — Les relations du producteur et du consommateur commencent donc par être abusives comme celles du fils et du père ou de la femme et du mari. Mais, à force
de travailler g"ratis pour autrui, l'esclave aspire à faire travailler quelqu'un g'ratis pour soi-même, et il finit, grâce à la restriction graduelle du pouvoir de ses maîtres qui ne s'étend plus à tous ses actes ni à tout son temps, par se faire un pécule qui le conduit à l'affranchissement, puis à l'achat d'un ou plusieurs esclaves, ses victimes à leur tour. S'il ne rêvait que la liberté, il s'empresserait d'en jouir isolément en se servant tout seul. Mais non, il copie les besoins de ses anciens maîtres; il veut être servi par autrui, comme eux, pour la satisfaction de ces besoins; et, comme cette prétention se généralise, un moment arrive où tous ces anciens esclaves affranchis, qui tous prétendent avoir des esclaves, s'asservissent alternativement ou mutuellement. De là, la division du travail et la coopération industrielle (1). Bien entendu, soit dit une fois pour toutes, le désir
(1) Plus le.s service.s de toutes sortes se mutualisent au cours du progrès industriel et commercial, et plus les besoins ainsi satisfaits prennent un caractère arbitraire et capricieu.x. De plus en plus, le consommateur, qui, d'ailleurs, est producteur en même temps, entend être servi quand bon lui semble et comme bon lui semble, et trouver tout au gré de ses désirs du moment, si fugaces et si extravagants qu'ils soient. Cela s'appelle, en langage noble, l'émancipation de l'individu. — Or, cela s'explique sans peine en vertu des lois de l'imitation. Au début, le caprice est le monopole du maître, pater familias ou roi, qui se fait servir par ses enfants, ses esclaves ou ses sujets, sans réciprocité; et aussi bien du dieu que ses adorateurs servent prosternés sans avoir le droit d'exiger de lui rien d'équivalent aux sacrifices faits à ses pieds. Si donc la réciprocité des services ne s'est produite à la longue que par l'imitation prolongée et répandue du service unilatéral dont bénéficiaient les pères de famille, les rois et leurs copies les nobles, les dieux et les demi-dieux, il est naturel que les consommateurs quelconques, en clierchant à singer les chefs d'autrefois, du moins en tant que consommateurs, aient affecté de donner à leurs besoins un air de caprice en quelque sorte royal et divin. — C'est ainsi que le sans-gêne et le laisser-aller démocratiques, toujours croissants, découlent en droite ligne de l'absolutisme monarchique et théocratique.
d'imitation n'aurait point réussi à opérer les transformations précédentes ni les suivantes, si certaines inventions ou découvertes ne les avaient rendues possibles. L'invention du moulin à eau, par exemple, en allég"eant considérablement le travail des eschives, a préparé leur émancipation future ; et, en g'énéral, sans un nombre suffisant de machines successivement inventées, il y aurait peut-être encore des esclaves parmi nous. Les découvertes scientifiques, astronomiques notamment, ont seules permis à la raison individuelle de lutter avec avantage contre l'autorité des dog"mes. Les découvertes ou inventions juridiques, les formules de droits nouveaux édictées par des publicistes ou des littérateurs, ont seules permis à la souveraineté nationale de remplacer, en la multipliant, la souveraineté royale. — Mais il n'en est pas moins vrai que le besoin d'imiter le supérieur, d'être cru, d'être obéi, d'être servi comme lui, était une force immense, quoique virtuelle, qui poussait aux transformations dont je parle; et elle n'attendait que le nécessaire accident de ces inventions ou de ces découvertes pour se déployer.
Continuons. La chasse humaine, avons-nous dit, est le premier rapport international. Une tribu, une peuplade, grâce à la découverte d'une arme nouvelle ou d'un perfectionnement nouveau dont elle aie secret, extermine ou subjug-ue toutes ses voisines. Telles ont été, sans doute, les rapides conquêtes des anciens Aryens, en possession des métaux, à travers des peuples armés de silex, poli ou éclaté; telles ont été les « colonisations » des Européens en Amérique, parmi de malheureux Indiens sans chevaux ni fusils qui leur servaient de g"ibier. Or, à cette g'uerre unilatérale on quelque sorte, comment s'est substituée la g-uerre vraie, la chasse réciproque;, à l'usag-e des nations civilisées quand elles se battent entre elles? Par la diffusion imitative, chez tous ces peuples,
des armements et des tactiques qui ont fait triompher l'un d'eux. Mais ils rêvent d'imiter autre chose encore de ce vainqueur, ils aspirent à exercer un monopole militaire comme lui, à découvrir quelque arme foudroyante qui les rende invincibles et ramène la g-uerre à n'être qu'une chasse. Par bonheur, ce rêve n'est jamais atteint que dans une faible mesure, quoique les Prussiens à Sadowa, avec leur fusil à aig-uille, aient vraiment traité les Autrichiens comme un piqueur un lièvre. — Comme étape intermédiaire entre les deux termes de cette évolution, je remarque certaines époques de barbarie où un peuple battu à plates coutures et devenu tributaire se console de sa défaite, en écrasant sans motif un de ses voisins plus faible que lui, et lui fait payer tribu à son tour. En Gaule, au temps de César, il y avait des peuples clients d'autres peuples, rég-ime international qui pourrait être défini le système féodal appliqué au rapport des Etats.
J'ai g"ardé pour la fin un exemple qui, quoique le moins important de tous, est le plus propre à illustrer la vérité de notre idée. Dans une société démocratique, qui a toujours été précédée par un régime aristocratique, monarchique ou théocratique, on voit les g-ens dans la rue se saluer les uns les autres, s'aborder pour se faire des politesses qu'ils se rendent toujours et se serrer réciproquement la main. D'où viennent tous ces usag-es? Je laisse à Spencer le soin de démontrer mag-istralement la source royale ou relig'ieuse de tout cela, et comment la prostration de tout le corps devant le chef s'est lentement transformée en une lég'ère inclinaison du buste ou un coup de chapeau. Ajoutons que si le coup de chapeau est le reste bien affaibli du prosternement primitif, il en est la forme mutualisée. J'en dirai autant de l'hommag-e et de la flatterie do cour, dont l'encens gTOSsier, brûlé sur l'autel des g-rands, nous suffoque à la distance
d'un siècle ou deux, quand il nous en arrive une bouffée dans la dédicace d'un vieux livre. Les compliments que se font aujourd'hui les g'ens bien élevés sont bien loin de ces hyperboles, mais ils ont l'avantage d'être réciproques, comme le sont aussi devenues les visites qui, jadis, ayant le caractère d'un hommage, étaient unilatérales. La politesse n'est guère que la réciprocité dans la flatterie. Et nous savons d'ailleurs, à n'en pouvoir douter, que a tout petit prince voulant avoir des ambassadeurs, tout marquis voulant avoir des pages, » tout courtisan voulant avoir sa cour, le besoin généralisé d'être flatté, visité, salué comme un grand, a été le mobile secret qui a rendu peu à peu, en France et ailleurs, tout le monde poli; d'abord la cour, puis la ville, puis les châteaux, puis toutes les classes jusqu'aux dernières. L'état intermédiaire, analog'ue aux phases transitoires précédemment citées, a été l'urbanité propre de l'ancien régime, à partir de Louis XIV. Chacun des innombrables étages entre lesquels se fractionnait la société d'alors se faisait rendre par l'étage inférieur les politesses gratuites, les visites et les saints que l'étage supérieur ne lui rendait pas (1). C'était une cascade d'impertinences, comme l'observe La Bruyère quelque part. Mais, à mesure qu'on avance vers la fin de ce monde disparu, les égards se font mutuels et l'on sent bien que « l'égalité •» approche. Effectivement, de tous les moyens de nivellement inventés au cours de la civilisation, il n'en est peut-être pas de plus puissant ni de plus inaperçu que la politesse des manières et des mœurs. Ce que Cicéron a dit de l'amitié,
(1) Ou bien, si le supérieur rendait le salut, la visite, le compliment, c'était toujours l'inférieur qui commençait à saluer, à aller voir, à complimenter. 11 y avait alors un salut obligatoire de classe à classe, comme lie grade à grade; on ne connaît plus guère aujourd'bui que le salut d'iiomme à bomme, et l'on fait en sorte que ce ne soit pas toujours le même qui salue le premier. -' '■ ■ »' ;.<.- J-
amicitia pares aut/acii aiU invenit, s'applique parfaitement à l'urbanité, et spécialement à la vie de salon. Le salon n'admet que des ég'aux ou égalise ceux qu'il admet. Par ce second caractère, il tend constamment à diminuer, même en dehors de lui, les inég-alités sociales qui, en lui, s'efifacent momentanément. Quand des fonctionnaires d'un rang" hiérarchique très inég-al se sont souvent fréquentés dans le monde, leurs relations s'en ressentent dans l'intervalle même de leurs rencontres mondaines; ils se sont nivelés. Mieux que les chemins de fer, les manières polies suppriment les distances, non seulement celles des fonctionnaires, des mag-istrats et des officiers, mais celles des classes qui, à la long'ue, se rapprochent à force de coups de chapeaux et de poignées de main. Chaque jour, dans notre société en voie de transformation, des milliers de gens se sentent tout flattés de s'entendre appeler monsieur et madame. En cela, comme à tant d'autres égards, comme par son concours prêté au règne de la mode, comme par son engouement pour les idées philosophiques du xviii" siècle, la noblesse d'ancien régime a contribué à saper ses propres fondements et « s'est ensevelie dans son triomphe. »
Les considérations précédentes sur le passage de l'unilatéral au réciproque nous conduisent assez naturellement à traiter une question d'un intérêt majeur, qui efit mérité d'être abordée par les sociologues, je veux dire la question de savoir ce qu'il y a de réversible et &' irréversible en histoire (1). Tout le monde sent qu'àcer-
(1) J'entends les mots réversible et irréversible non dans le sens que leur donnent la langue juridique et le dictionnaire, mais dans Taccep-
tains ég^ards une société peut traverser en un sens précisément inverse certaines phases déjà parcourues par elle, mais qu'à d'autres ég^ards cette rég-ression lui est interdite. Nous avons vu plus haut qu'après avoir passé de la coutume à la mode prépondérante les peuples peuvent repasser de la mode à la coutume, élarg-ie il est vrai, jamais rétrécie ; mais peuvent-ils, après avoir substitué aux relations unilatérales des relations réciproques, rétrog'rader de celles-ci à celles-là? Non, et nous en avons dit implicitement la raison. « Les monopoles, dit très bien Cournot, les g'randes compag'nies marchandes et g-uerrières, la traite, l'esclavag'e des noirs, et toutes les institutions coloniales qui s'y rattachent, sont des choses dont le monde ne veut plus, qui ont disparu ou vont disparaître, sans qu'on puisse croire qu'elles renaîtront jamais, pas plus que l'esclavag-e ou le forum antiques, ou la féodalité du Moyen âg*e. » C'est vrai ; mais sur quoi se fonde cette conviction? Il faut le dire; et Cournot ne le dit pas. Nous savons maintenant que ce passage, nécessaire et irréversible, du monopole à la liberté du commerce, de l'esclavag-e à la mutualité des services, etc., est un corollaire des lois de l'imitation. Or, ces lois peuvent cesser, partiellement ou totalement, d'ag-ir; et, dans ce cas, une société meurt d'une mort partielle ou totale ; mais elles ne peuvent pas se renverser.
— Est-il concevable aussi qu'un grand empire, tel que l'Empire romain de Marc-Aurèle, retourne en arrière, redevienne une république italienne hellénisée par quelque Scipion, puis une république inculte et fanatique dirigée par un Caton l'ancien, puis une petite bourg-ade barbare org-anisée par un Numa? Ou conçoit-on même qu'après avoir passé de la criminalité violente à la criminalité
lion qui leur ost prêtée par los physiciens, notamment en thermodynamique, où l'on appelle réversible une machine dont le jeu peut s'opérer indilïéremment en deux sens inversos.
astucieuse et voluptueuse, comme il arrive toujours, et échang'é ses crimes contre des vices, une société cesse d'être vicieuse pour redevenir austèrement sang-uinaire? On concevrait aussi bien un org-anisme adulte rétrogradant de la maturité à la jeunesse, de la jeunesse à l'enfance, et finissant par rentrer dans l'ovule d'où il est sorti; ou un astre calciné, tel que la lune, se remettant à parcourir au rebours la série épuisée de ses anciennes périodes g'éolog'iques, de ses faunes et de ses flores disparues. La dissolution, quoique Spencer ait semblé le croire, n'est jamais le pendant symétrique de l'évolution. Est-ce que cela sig-nifie que le monde a vraiment un sens et un but; ou bien que, toujours mécontente de ses destinées, et préférant l'inconnu, le néant même, à son passé, toute réalité se refuse, avant tout, à revivre sa même vie, à rebrousser chemin?
Je me hâte d'ajouter que, par un côté important, la réversibilité ou l'irréversibilité historique n'est point explicable par les seules lois de l'imitation. Les inventions et les découvertes qui apparaissent successivement et dont l'imitation se saisit pour les divulg"uer, ne se suivent pas au hasard ; un lien rationnel, sur lequel nous n'avons pas à insister ici, mais qui a été clairement indiqué par Aug-uste Comte, dans ses aperçus sur le développement des sciences, et nettement tracé par Cournot dans son mag-istral traité sur L'enchaînement des idées fondamentales, les rattache les unes aux autres; et, dans une larg-e mesure, on ne saurait admettre que leur ordre, par exemple l'ordre des découvertes mathématiques depuis Pythag^ore jusqu'à nous, eût pu être interverti. Ici l'irréversibilité se fonde sur les lois de la log-ique inventive, et non sur celles de l'imitation.
— Arrêtons-nous un instant pour justifier, en passant, la distinction que je viens d'établir. L'ordre des inventions successives et l'ordre des imitations successives font
deux, bien que imitation sig-nifie invention imitée. Les lois, en etfet, qui régissent la première de ces deux séries, ne sauraient se confondre avec les lois, même logiques, qui rég'issent la seconde. Il n'est pas nécessaire que les inventions imitées parcourent tous les termes de la série irréversible que les inventions imitées ou non imitées doivent nécessairement parcourir un à un, A la rig-ueur, on peut concevoir que toute la suite des inventions log-iquement antérieures à la dernière, constituant le perfectionnement final, se déroule dans un seul et même cerveau de g^énie; et, en fait, il est rare qu'un inventeur n'enjambe pas plusieurs deg-rés obscurs de cette échelle avant d'atteindre l'échelon lumineux. Les lois de l'invention appartiennent essentiellement à la log'ique individuelle; les lois de l'imitation en partie à la log-ique sociale. — D'ailleurs, de même que l'imitation ne relève pas exclusivement de la log"ique sociale,mais dépend aussi d'influences extra - logiques, n'est - il pas visible que l'invention elle-même se produit, cérébralement, en vertu de conditions qui ne sont pas seulement l'apparition cérébrale des prémisses dont elle est la conclusion log'ique, mais encore certaines autres associations d'idées qualifiées inspiration, intuition, g"énie?
N'oublions pas, cependant, que toute, invention, toute découverte, consiste en une rencontre mentale de connaissances déjà anciennes et le plus souvent transmises par autrui. En quoi a consisté la thèse de Darwin sur la sélection naturelle? A avoir proclamé la conciorrence mtale? Non, mais (v. Rev. scientif., 1" déc. 1888, article de Giard) à avoir, pour la première fois, combiné cette idée avec celles de variaUUté et ^'hérédité. La première, proclamée déjà par Aristote, était demeurée stérile tant qu'elle ne s'était pas associée avec les deux autres. — Partant de là, on peut dire que le terme g-énérique, dont l'invention n'est qu'une espèce, c'est l'interférence
416 LES LOIS DE L'iiMITATION.
féconde des répétitions. S'il eu est ainsi, il me sera peutêtre permis d'émettre, sans y insister, une hypothèse qui me vient à ce sujet. Quelque nombreuses que soient les diverses variétés de choses qui se répètent, si l'on suppose que les foyers de ces rayonnements répétiteurs, autrement dit les inventions ou leurs analog^ues biologiques et physiques, soient rég-ulièrement disposés, leurs rencontres pourront être prévues; et ces rencontres ellesmêmes, nouveaux foyers, présenteront autant de rég-uiarité dans leur disposition que les foyers primitifs. Tout serait donc rég-ulier dans un univers pareil, si compliqué qu'il pût être ; rien n'y serait, rien n'y paraîtrait accidentel. Si, au contraire, on admet que les foyers primitifs sont irrég-ulièrement dispersés, les foyers secondaires affecteront aussi une dispersion sans ordre, et leur irrégularité sera d'autant plus grande que celle des foyers primitifs l'aura été. Ainsi, il n'y aura jamais dans le monde qu'une même quantité d'irrégularité, pour ainsi dire, seulement apparue sous les formes les plus changeantes. Ajoutons que ces formes successives, malgré tout, doivent avoir une certaine similitude mal aisée à définir. L'irrégularité originelle se reflète dans les irrégularités dérivées, ses images agrandies. D'où je conclus que, si l'idée de Répétition domine tout l'univers, elle ne le constitue pas. Car le fond, c'est, je crois, une certaine somme de diversité innée, éternelle, indestructible, sans laquelle le monde serait d'une platitude égale à son immensité. Stuart Mill avait été conduit, par ses réflexions, à quelque postulat du même g'enre.
— Quoi qu'il en soit de la conjecture que je viens de hasarder, il me paraît certain qu'il faudrait combiner les deux sortes de lois distinguées ci-dessus, pour expliquer entièrement le caractère irréversible des transformations sociales, même des plus simples. Par exemple, envisageons les changements du costume en France depuis
trois siècles, et supposons qu'ils se soient accomplis en sens contraire. A priori, l'hypothèse paraît acceptable, ou du moins ne pas plus impliquer contradiction que l'idée de jouer une mélodie à l'envers, en commençant par la dernière note et finissant par la première. Chose étrang-e, entre parenthèses, on produit de la sorte une mélodie toute nouvelle qui, sans avoir rien de commun avec l'autre, est parfois satisfaisante pour l'oreille. Mais qu'on se représente les courtisans de Louis XIV habillés en veston ou en habit noir, en pantalon et chapeau de soie, suivant nos modes d'à présent, puis, graduellement, le pantalon remplacé par la culotte courte, les cheveux courts par la perruque, le veston par l'habit brodé, doré, multicolore, avec l'épée au côté, et nos contemporains démocrates vêtus comme les familiers du Roi-Soleil; ce serait grotesque, et il y aurait là une telle dissonance entre les dehors de l'homme et ses idées, entre la succession des toilettes et celle des événements, des opinions et des mœurs, qu'il est inutile d'insister sur l'impossibilité de la chose. Cela est impossible, parce que les événements, les opinions et les mœurs, dont les toilettes doivent être la traduction jusqu'à un certain point, se sont enchaînés depuis Louis XIV avec une certaine logique dont les lois s'opposent, aussi bien que les lois de l'imitation, à ce que leur mélodie, pour ainsi dire, fût retournée. Cela est si vrai que le contre-sens impliqué dans l'hypothèse en question serait infiniment moins absurde, s'il s'agissait des toilettes féminines. On peut, à la rigueur, sans rien changer d'ailleurs à l'histoire moderne, imaginer que les dames de la Cour, au xvii" siècle, ont porté les robes et même les chapeaux de nos élégantes du XIX^ que plus tard sont venues la crinoline, puis les hauts corsages grecs de M'"" Récamier et de M'"^ Tallien, et que ces métamorphoses ont conduit nos contemporaines à s'habiller comme M'"" de Maintenon ou à se coiffer comme M"* de
Fontang-e. Ce serait un peu étrange, mais non insensé. Pourquoi, cependant, le courant des modes féminines peut-il être supposé remonté, sans qu'il soit nécessaire de supposer remonté lui-même le courant des mœurs et des idées, tandis que celui des modes masculines ne saurait l'être? Cela s'explique sans nul doute par la participation infiniment moindre des femmes aux travaux de la politique et de la pensée, par leur préoccupation dominante, en tous temps et en tous lieux, de plaire physiquement, et, malgré leur amour du changement, par l'immutabilité fondamentale de leur nature, rebelle à l'usure de la civilisation.
Mais, remarquons-le, pour les femmes comme pour les hommes, il n'est pas possible de concevoir que la succession des inventions relatives au tissage et auxquelles nous devons des étoffes de plus en plus variées et compliquées, se soit déroulée, en sens contraire, de la complication extrême à la primitive simplicité. Les lois de la logique le défendent. Elles défendent de même de concevoir que la série des armes, depuis le Moyen âge, ait pu être retournée, et qu'on ait pu passer des fusils à aiguille aux fusils à pierre, aux arquebuses, aux arbalètes et aux arcs, ou des canons Krupp aux couleuvrines et aux balistes. — En outre, les lois de l'imitation montrent l'impossibilité d'admettre que, soit féminines, soit masculines, les toilettes, après avoir été sous Louis XIV, par hypothèse, à peu près pareilles comme coupes et comme tissus pour toutes les classes de la nation et pour toutes les provinces de la France, ainsi qu'elles le sont . de nos jours, aient pu se différencier par degrés et devenir dans notre siècle distinctes d'une classe à l'autre, d'un clocher à l'autre, comme elles l'étaient autrefois. Cela est inadmissible (1), même en admettant en même
(i) Que devient ici la fameuse loi de différenciation progressive, considérée comme une nécessité de l'évolution universelle?
temps que, après avoir existé sous Louis XIV, tous nos télég-raphes et tous nos chemins de fer ont été détruits, emportant avec eux les besoins intenses de relations et d'assimilations qu'ils ont fait naître. Car cette mort violente de notre civilisation frapperait d'inaction toutes ses fonctions imitatives, mais ne les ferait point rétroag-ir. — Nous lisons dans une chronique (voir Babeau, La fille sous V ancien régime) que Louis XIII, en entrant à Marseille, admira fort les soldats de la milice et fut surtout satisfait de voir « qu'il y en avait d'habillés en sauvag-es, en Amèriquains, en Indiens, en Turcs et en Maures. » C'est seulement, en effet, sous Louis XV, que l'uniforme se g-énéralisa. Se fig-ure-t-on l'effet que produirait de nos jours le retour à cette ancienne big-arrure des vêtements militaires, s'il pouvait avoir lieu? On ne supporterait cette diversité de costumes, c'est-à-dire elle ne semblerait naturelle, normale, que si la mode s'en était répandue ; et, dans ce cas, cette multiformité même ne serait qu'une sorte d'uniforme, une similitude consistant à copier la variété d'autrui.
— Attachons-nous à cette espèce d'irréversibilité historique dont les lois de l'imitation suffisent à rendre compte, comme les lois de la g'énération et de l'ondulation suffisent à expliquer certaines espèces, mais non toutes les espèces, d'irréversibilité naturelle. Un g-rand idiome national, né d'un petit dialecte local, ne saurait revenir à sa source; non pas qu'il ne puisse, par quelque catastrophe politique, se morceler en fragments qui deviendront des dialectes; mais, dans ce cas, la diverg-ence dialectale sera due à l'emprisonnement forcé, dans chaque province, d'innovations ling'uistiques nées sur place et qui, auparavant, auraient rayonné jusqu'au fond du territoire. D'ailleurs, chacun des dialectes ainsi créés ne ressemblera en rien au dialecte primitif et tendra, non à reproduire celui-ci, mais à se répandre sur ses voisins et
à rétablir à son profit l'unité de la lang-ue sur une vaste étendue. Ce que je dis de la lang-ue s'applique aussi bien à la relig-ion. — Mais jetons un coup d'oeil sur l'ensemble de la vie sociale.
On a souvent remarqué que la civilisation a pour effet d'élever le niveau moyen des masses au point de vue intellectuel et moral, esthétique et économique, plutôt que de surélever sous ces divers rapports les cîmes supérieures de la société. Mais cette vague formule, sans contours définis, a pu être niée, non sans raison, parce qu'on a omis d'indiquer la cause du fait qu'on avait en vue. Cette cause, nous la connaissons. Puisque toute invention, une fois lancée, non repoussée par la masse des inventions déjà installées dans un milieu social, doit y rayonner et s'y établir à son tour, g^ag-nant successivement toutes les classes jusqu'aux dernières, il s'ensuit que le résultat final où tend la continuation indéfinie de toutes ces irradiations dont les foyers apparaissent de loin en loin sur les hauteurs, doit être une illumination g-énérale uniformément répartie. C'est ainsi qu'en vertu de la loi du rayonnement ondulatoire, les sources de chaleur apparues l'une après l'autre tendent à produire, suivant une conséquence fameuse déduite par les physiciens, un g-rand équilibre universel de température, supérieure à la température actuelle des espaces interstellaires, mais inférieure à celle des soleils. C'est ainsi, pareillement, que la dissémination des espèces, suivant la loi de leur prog-ression g-éométrique, ou, en d'autres termes, de leur rayonnement prolifique, tend à remplir la terre entière, encore très inég-alement peuplée, d'une couche uniforme de vivants, plus dense uniformément que ne l'est en moyenne sa population actuelle. — Les termes de nos comparaisons, on le voit, se correspondent exactement : la surface terrestre est le domaine ouvert au rayonnement de la vie, comme l'espace est le domaine
ouvert au rayonnement de la chaleur et de la lumière, comme l'espèce humaine, en tant qu'espèce vivante, est le domaine ouvert au rayonnement du génie inventif. — Or, cela dit, on comprend que la tendance à une assimilation cosmopolite et démocratique soit une pente inévitable de l'histoire, par la même raison que le peuplement uniforme et complet du g-lobe et la calorification uniforme et complète de l'espace sont dans les vœux de l'Univers vivant et de l'Univers physique. Cela est nécessaire, car des deux forces capitales, l'invention et l'imitation, qui nous servent à interpréter toute l'histoire, la première, source de privilèg-es, de monopoles, d'inég*alités aristocratiques, est intermittente, rare en somme, éruptive à certaines époques éloig-nées, tandis que la seconde, si démocratique et si niveleuse, est continue et incessante, comme l'action sédimentaire de l'Euphrateou du Nil. Mais, on le comprend aussi, il se peut fort bien, aux époques où les créations- du g-énie se pressent et se stimulent, dans les âg-es bouillonnants et inventifs comme le nôtre, que le progrès de la civilisation s'accompag-ne d'un accroissement momentané d'inég-alité en tout g^enre, ou, si la fièvre Imaginative s'est spécialisée, en un certain genre. De nos jours, où l'esprit créateur s'est surtout porté vers les sciences, l'écart entre l'éhte de nos grands savants et la He de nos illettrés les plus grossiers est bien plus grand, au point de vue de la somme et du poids des connaissances, qu'au Moyen âge ou dans l'antiquité. Toute la question est de savoir, dans les périodes novatrices dont je parle, si l'éruption précipitée des inventions a marché plus vite que la coulée de leur lave, c'est-à-dire de leur exemple, au pied de leurs auteurs. Or, c'est là une question de fait, que la statistique seule peut résoudre.
Persuadé que le passag-e du régime aristocratique au régime égalitaire est irréversible, Tocqueville repousse
l'idée que, dans un milieu ég-alisé, une aristocratie quelconque puisse se former. Mais il faut s'entendre (1). Si, par suite de la cause qui nous est connue, les sociétés courent à une assimilation croissante et à une accumulation incessante de similitudes, il n'en résulte pas qu'elles marchent aussi vers une ég'alisation de plus en plusg-rande. Car l'assimilation imitative n'est que l'étoffe dont les sociétés se font; cette étoflPe est découpée et mise en œuvre par la log^ique sociale qui tend à l'unificacation la plus solide par la spécialisation des aptitudes et leur mutuel secours, par la spécialisation des intellig-ences et leur mutuelle confirmation. Il est donc fort possible et même probable qu'une hiérarchie très forte soit le terme fatal d'une civilisation quelconque (2), quoique toute civilisation consommée, parvenue à sa floraison terminale, se reconnaisse à la diffusion des mêmes besoins et des mêmes idées, sinon des mêmes pouvoirs et des mêmes richesses, dans toute la masse des citoyens. Seulement, ce qu'on peut concéder à Tocqueville, c'est que jamais, après avoir été détruite dans un pays, une aristocratie fondée sur le prestig-e héréditaire du sangn'y renaîtra. Nous savons, en effet, que la forme sociale de la Répétition, l'imitation, tend à s'affranchir de plus en plus de la forme vivante, l'hérédité.
(1) Remarquons que, par une série régulière et ininterrompue de transformations, l'organisation ecclésiastique de l'Europe chrétienne a passé de la démocratie évangélique, égalilaire, à l'aristocratie des premiers évêques, puis à la monarchie tempérée de l'évêque de Rome, contenu par des Conciles, enfin à l'absolulisme du pape infaillible ; ce qui est précisément l'inverse de l'évolution accomplie par la société civile. Mais, en revanche, ici comme là, on a évolué de la multiformité à l'uniformité, du morcellement à la centralisation.
(2) Empire byzantin, terme de la civilisation gréco-romaine ; empire chinois, terme de la civilisation chinoise; em|)ire mogol, terme de la civilisation hindoue ; pharaonisme, terme de la civilisation égyptienne, etc.
On est en droit d'affirmer aussi que les ag'g'lomérations nationales iront s'agrandissant de plus en plus, et, par suite, se raréfiant, et que jamais, sans catastrophe, le contraire ne se verra. C'est un .effet (indiqué par M. Gide dans son opuscule sur les colonies) (1) de l'assimilation universelle, surtout en faits d'armements. En effet, « le jour où nous serons tous coulés dans le même moule, le jour où tout homme vaudra un autre homme, il est clair que la puissance de chaque peuple sera mathématiquement proportionnelle au chiffre de sa population,» et que, par suite, la lutte d'un petit Etat contre' un g-rand deviendra impossible ou désastreuse pour le premier. Nouvel arg*ument à joindre aux raisons si nombreuses que nous avons de prévoir dans l'avenir quelque Empire colossal. A toute époque, jusqu'à la nôtre, on a vu les Etats les plus grands s'étendre aussi loin, ou plus loin que les moyens de communication alors en usag-e le leur permettaient pratiquement. Mais, de nos jours, il est manifeste que les grandes inventions de notre siècle rendraient possibles et durables des ag-g-lomérations bien supérieures en étendue à toutes celles qui existent. C'est donc là une anomalie historique sans exemple dans le passé, et nous devons croire qu'elle est destinée à disparaître. Le monde est plus mûr maintenant pour la concentration de toute l'Europe, du nord de l'Afrique et de la moitié de l'Asie en un seul Etat, qu'il ne l'a jamais été pour la conquête romaine, pour la conquête arabe ou l'empire de Charles-Quint. — Est-ce à dire que nous devions nous attendre à voir un Empire unique, étendu au g"lobe entier? Non. De la loi développée plus haut sur l'alter-
(i) M. Gide se réfère expressément aux « lois de l'imitation », car il a été des premiers à accepter ce point de vue, et dans ses Principes d'économie politique, il fait assez bon accueil à notre lliéorie de la valeur, application de ce point de vue général, telle qu'elle a été il y a longtemps exposée dans plusieurs articles de la Revue philosophique.
nance de la mode et de la coutume, sur le retour final, inévitable, au protectionnisme coutumier après un temps plus ou moins long" de libre-échang-e des exemples, il résulte que ragfraudissement naturel, je ne dis pas factice, d'un Etat quelconque, ne saurait jamais dépasser certaines limites. Par suite, il n'y a pas lieu de concevoir l'espérance qu'un seul Etat règ'ne durablement sur toute la terre et que la possibilité de la g-uerre y soit supprimée. Bien mieux, à mesure que l'unification ou du moins la fédération des nations civilisées devient plus désirable et plus ardemment souhaitée, les obstacles qui s'opposent à sa réalisation, orgueils et ressentiments patriotiques, préjug-és nationaux, intérêts collectifs mal compris ou étroitement conçus, souvenirs historiques accumulés, ne cessent de g-randir. On dirait que cette aspiration g-randissante, arrêtée par cette croissante difficulté, est le supplice infernal auquel la civilisation condamne l'homme. Toujours plus brillant, mais toujours plus reculé, luit à nos yeux, ce semble, le mirag-e de la paix perpétuelle et universelle.
— Dans un sens relatif et limité, cependant, il est à croire que cet idéal se réalisera temporairement, g-râce aux conquêtes futures d'un peuple, — nous ne savons lequel, — destiné à ce g-lorieux rôle. Mais alors, quand cet Empire se sera assis et aura déroulé sur une g-rande partie du monde une sécurité comparable à la majesté de la paix romaine décuplée en étendue et en profondeur, il se pourra qu'un phénomène social tout nouveau, ni conforme, ni contraire aux principes exposés plus haut, apparaisse à nos petits-neveux. On peut se demander, en effet, si la similitude universelle, sous toutes ses formes actuelles ou futures, relativement au costume, à l'alphabet, à la lang-ue peut-être, aux connaissances, au droit, etc., est le fruit dernier de la civilisation, ou si elle n'a pas plutôt pour unique raison d'être et pour
conséquence finale l'éclosion de divergences individuelles plus vraies, plus intimes, plus radicales et plus délicates à la fois que les dissemblances détruites. Certes, après une inondation cosmopolite qui aura laissé une alluvion épaisse de mœurs et d'idées sur toute l'humanité, jamais les nationalités démantelées ne se refermeront, jamais les hommes ne retourneront au culte chinois des ancêtres, au mépris des us étrangers, et ne préféreront à l'accélération de leur grand changement d'ensemble, auquel tous participent, l'accentuation de leur originalité extérieure, fixée et consolidée. Mais il se peut parfaitement que la civilisation s'arrête un jour pour se recueillir et enfanter, que le flux de l'imitation ait ses rivages, et que, par l'efl'et même de son déploiement excessif, le besoin de sociabilité diminue, ou plutôt s'altère et se transforme en une sorte de misanthropie générale, très compatible d'ailleurs avec une circulation commerciale modérée et une certaine activité d'échanges industriels réduits au strict nécessaire, mais surtout très propre à renforcer en chacun de nous les traits distinctifs de notre individualité intérieure. Alors éclora la plus haute fleur de la vie sociale, la vie esthétique, qui, exception si rare encore et si incomplète parmi nous, se généralisera en se consommant; et la vie sociale, avec son appareil compliqué de fonctions assujettissantes, de redites monotones, apparaîtra enfin ce qu'elle est, comme la vie organique dont elle est la suite et le complément : à savoir, un long passage, obscur et tortueux, de la diversité élémentaire à la physionomie personnelle, un alambic mystérieux, aux spirales sans nombre, où celle-là se sublime en cehe-ci, où lentement s'extrait, d'une infinité d'éléments plies, broyés, dépouillés de leurs caractères difi'érentiels, ce principe essentiel si volatil, la singularité profonde et fugitive des personnes, leur manière d'être, dépenser, de sentir, qui n'est qu'une fois et n'est qu'un instant.
Pages.
Avant-propos v-viii
I. — Régularité inaperçue des faits sociaux à un certain point de vue. Leurs analogies avec les faits naturels. Les trois formes de la Répétition universelle : ondulation, génération, imitation. Science sociale et philosophie sociale. 1-14
IL — Trois lois analogues en physique, en biologie, en sociologie. Pourquoi tout est nombre et mesure 14-17
IIL — Analogies entre les trois formes de la Répétition. Elles impliquent une tendance commune à une progression géométrique. — Réfractions linguistiques, mythologiques, etc. — Interférences heureuses ou malheureuses d'imitation. Interférences-luttes et interférences- combinaisons (inventions). Esquisse de logique sociale 17-37
IV. — Différences entre les trois formes de la Répétition. Génération, ondulation libre. Imitation, génération à distance. Abréviation des phases embryonnaires 37-40