‹ Les lois de la circulation du sang enseignées par l'anatomie comparée, l'embryologie et l'observation cliniqueChapitre 59 sur 65 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

De la cachexie séreuse dans les maladies organiques du cœur, des œdèmes et des hydropisies.

Mais la nécropsie des anévrismes centraux présente un dernier ordre d'altérations : ce sont les hydropisies. Les maladies organiques du cœur sont, en effet, les causes les plus communes des hydropisies générales. C'est une source de nouvelles contradictions, et d'impossibihtés nouvelles, quand on se place au point de vue de troubles purement hydrostatiques pour concevoir ces maladies.

En mécanique, le mot hydropisie est inconnu parce que l'hydropisie n'est pas un simple dérangement dans l'équihbre de la partie hquide du sang, mais une formation anormale et pathologique d'eau ou de sérosité : r dans les vaisseaux ; 2° dans les tissus et les cavités séreuses de l'économie vivante. C'est bien différent. Les vaisseaux sains et vigoureux font le sang; les vaisseaux faibles et malades le défont.

Dansun cas, il y a génération, dans l'autre, dégénération.

Cela suffit pour que la circulation ne soit pas un fait mécanique, et pour qu'il n'y ait rien de mécanique en elle. La formation du sang est le principe même delà circulation. Le mouvement de ce fluide animé ne peut donc dépendre que de son principe générateur : il lui est soumis, il en suit toutes les lois, il en exprime toutes les vicissitudes. Or, cette force d'hématose vivifie toutes les parties de l'appareil jusqu'à l'infini, et aucune ne lui échappe, il en résulte que rien n'y est inerte, et que rien n'y obéit à une impulsion extérieure ou mécanique. Ce liquide y modifie partout le solide, le solide y modifie partout le liquide, ils sont dans une transformation réciproque continue.

Tel est le principe de mouvement circulatoire, de l'aveu de tous. Or, ce principe exclut radicalement la mécanique. Cette science n'a guère plus à y appliquer ses calculs qu'à la théorie de la génération.

Les collections séreuses sont un fait capital dans la nécropsie des anévrismes centraux. Elles fournissent la preuve, non d'un trouble mécanique de la circulation, mais d'une altération d'hématose, ou d'une dégéuération de l'action circulatoire dont le point de départ ne peut se trouver que dans l'organe central de la fonction. J'en conclus, que cette nouvelle donnée posthume dépose encore contre la théorie mécanique qu'on nous donne des maladies du cœur. Le vitahsme peut donc défier l'École sur le terrain de l'anatomie morbide purement topographique, qu'elle s'est choisie elle-même pour bâtir sa doctrine. Toutes les altérations y accusent non des vices de déplacement mais des vices de génération, non des désordres

de circulation purement hydraulique mais les désordres d'une circulation hiérarchiquement génératrice du sang. Donc, si le cadavre lui-même n'enseigne déjà pas la fonction du cœur, il porte tout au moins à la préjuger et à attribuer à ce viscère une influence éminente ou centrale sur la formation du sang.

On en pourrait douter, si, à côté des tissus infiltrés et des cavités séreuses hydropiques, on trouvait les vaisseaux remphs de sang coagulé. La mécanique triompherait. Le sang distendant des vaisseaux centripètes incapables de se dégorger dans le cœur droit engoué lui-même à cause d'un rétrécissement de l'orifice mitral, le sang immobile dans le système veineux laisserait transsuder à travers ses parois la sérosité, et le caillot resterait dans les vaisseaux.

D'abord, cela supposerait le sang et le vaisseau morts, et ils ne sont que malades. Ils sont dégénérés, mais ils vivent ; et toute séparation des éléments du sang comme dans le vase inerte, et toute transsudation physique sont insensées. Il y a quelque chose de plus concluant encore : C'est l'étude du sang dans ses vaisseaux.

Voici le produit d'une saignée faite, je le suppose, le jour même de la mort. Dans aucune maladie, il ne présente une pauvreté aussi complète, une dégénération séreuse aussi avancée. Ses vaisseaux eux-mêmes sont donc hydropiques. Où et par qui s'est produite cette hydropisie intravasculaire, sinon dans les vaisseaux et par eux?

Mais leurs parois ne sont pas altérées. Dans tout l'appareil, je ne vois de malade, je ne vois d'organiquement affecté que le cœur et le sang; l'organe central de la circulation paraît donc jouer un rôle capital dans la sauguifi-

cation. J'en demeure plus convaincu encore, quand j'analyse le produit de l'appareil circulatoire, le sang.

Il est altéré organiquement, je l'ai déjà dit, et on sait ce que cela signifie. Mais il l'est plus complètement que dans aucune autre maladie organique, que dans aucune autre cachexie.

Ainsi, dans le scorbut, c'est en fibrine que le sang est pauvre; dans la chlorose, dans le cancer^ il manque surtout de globules ; dans la maladie de Bright, l'albumine subit une plus notable diminution. Dans les maladies organiques du cœur, ce sont tous les principes à la fois qui font défaut dans le sang, et chacun d'eux disparaît à un degré plus considérable que dans aucune des cachexies caractérisées par l'abaissement d'un seul d'entre eux. Que ce fait est remarquable ! Quelle en peut être la cause?

Chaque circonscription de l'appareil circulatoire travaille dans son genre à la formation du sang et fournit un contingent particuHer à son évolution. Le sang n'est complètement développé que quand il les a traversées toutes et que toutes lui ont apporté leur part d'hématose. Il n'est donc pas étonnant que la lésion de chaque appareil et que chaque maladie viennent altérer le sang à leur manière et l'attaquent dans un de ses éléments plus particuHèrement que dans l'autre. Mais que faut-il penser d'une maladie organique parfaitement circonscrite, bien connue dans les altérations qu'elle laisse dans le viscère principalement affecté et qui, au lieu de porter son action altérante sur tel ou tel élément du sang, a pour caractère de produire une dégradation simultanée de tous les principes de ce fluide organisé?

La raison physiologique porte à penser deux choses : d'abord que cet organe rempht une fonction d'hématose; ensuite, que cette fonction d'hématose n''est pas particuhère mais générale. C'est, en effet, à cette conséquence qu'un esprit hbre des préjugés d'École est amené devant le cadavre d'un sujet mort d'affection organique du cœur. Il voit, je le suppose, tous les viscères sains à l'exception du cœur anévrismatique, et le sang dans l'état que j'ai dit, et l'infiltration des tissus, et les hydropisies multiples, etc.. Sa première pensée est que le cœur est un organe d'hématose, le centre même de cette grande fonction. Cette supposition pique sa curiosité. Une s'arrête pas à l'examen des altérations cardiaques qu'on trouve à l'œil nu. Il prend un microscope, et il lui soumet la fibre du cœur elle-même. Invariablement, il constate qu'elle est altérée.

Quand à la simple inspection le cœur n'est pas ^'amolli, pâle, de couleur feuille morte ; quand son tissu n'a pas une visible tendance à subir la transformation graisseuse et que couleur, constance, volume, forme, etc., paraissent à l'état normal, les éléments histologiques de Torgane étudiés au microscope n'en sont pas moins toujours altérés.

On connaît la disposition spéciale des fibres musculaires du cœur ; on sait qu'elles sont striées comme celles des muscles de la vie extérieure, quoique plus petites ; mais qu'au lieu d'être droites, parallèles, continues comme elles, et de former des faisceaux semblables à des écheveaux de soie, elles se divisent, se subdivisent et se réticulent à la manière des vaisseaux capillaires. Nous ignorons sans doute le rapport de cette disposition singulière, unique dans l'économie animale, avec la fonction du cœur ; mais

bien certainement ce rapport existe, il est étroit, parfait; et toute afTection propre du cœur doit être fidèlement traduite par une altération de ce mode intime d'organisation.

C'est aussi ce qui a lieu. Ainsi, dans les maladies qui nous occupent, à quelque degré qu'on anatomise le cœur, la fibre musculaire présente invariablement des dégradations de sa structure. Les stries tendent à s'efTacer et finissent par disparaître. La substance propre de la fibre, les éléments sarceux pâlissent, dégénèrent ; et le parenchyme se réduit à n'être formé que des myolemmes malades, boursouflés, infiltrés de graisse et de tous les produits d'une nutrition rétrograde. De sorte que l'excès de volume du cœur, ce qu'on nomme son hypertrophie, ne sont pas dus à une augmentation des éléments normaux de son tissu mais à leur transformation morbide hypertrophique. Tel est le fond anatomique commun à toute maladie organique du cœur. Voilà ce qu'on a pris pour un accroissement physiologique et providentiel de volume et d'action.

Les altérations qu'on nomme sur le cadavre mécaniques, celles qui ne paraissent consister que dans des quantités ou des grandeurs en plus ou en moins, celles-là prennent leur véritable signification dans les premières. Les unes donnent la valeur des autres ; et quand ou anatomise finement celles-ci, on leur trouve une origine semblable à celles qui frappent la fibre musculaire. Ou pense bien, j'espère, qu'elles ne se forment pas mécaniquement non plus. Ce sont des tissus iuodulaires, des plasmas morbides qui sécrètent des matières cartilagineuses, osseuses, calcaires, athéromateuses, etc., sous l'infiuence d'une plileg-

masie ou même d'emblée. Encore un coup, je ne vois rien là de mécanique. Or, on peut être bien sûr que si tout est organique dans la formation de ces altérations nutritives, il n^y a rien de mécanique non plus dans les désordres circulatoires etliématosiques centraux qui s'y rattachent. Toutes ces choses se lient pathologiquement et non mécaniquement. Si le cœur était sain dans sa constitution, et que les plus et les moins, rétrécissements, insuffisances d'orifices, dilatations et concentrations de cavités, amincissements ou épaississements de parois pussent se produire sans sortir du type sain, il n'y aurait pas de maladies du cœur. L'organisme par ses forces de balancement et de compensation s'arrangerait de tout cela, comme on le voit dans une foule d'autres cas. Mais il n'en est pas ainsi. Du premier coup, la déviation est morbide. Du premier coup, le cœur dégénère, s'altère, devient autre dans tout son être parce que ses forces sont perverties. Au lieu de se nourrir ou de continuer à évoluer physiologiquement, il évolue pathologiquement de son blastème dévié, et la sanguifîcation centrale s'altère, non parce que le cœur est plus ou moins gros, plus ou moins large, bat plus ou moins fort, a des orifices plus ou moins fibres, mais parce qu'il se forme pathologiquement, ou plutôt, parce qu'il se déforme, se dégrade et dans sa structure intime et dans les formes extérieures qui ne sont que le plan sur lequel travaille par intussusception cette vivante structure

L'hypertrophie du cœur, ses vices de quantité ne sont rien. Les dégénérations intimes de sa substance et de ses éléments sont tout.

Que signifie donc l'ontologie anatomique [avec laquelle on bouche l'esprit des élèves? On abstrait du cœur profondément altéré dans ses propriétés les plus vitales certains vices de formes qu'on sépare de leur cause et de leurs rapports naturels. Ainsi abstraits, ils semblent ne constituer en effet que des vices de quantité ou des vices mécaniques. Alors, on les érige en entités morbides. On déracine donc les symptômes de l'affection qui par uue continue génération les produit et se manifeste par eux sans cesse. Détachés de la substance animée d'oii ils évoluent continuellement, ils tombent d'eux-mêmes dans le domaine des explications physiques. Telle est l'inévitable conséquence de l'anatomie normale du fait accomph ou pathologique ; un mécanicisme complété par l'animisme.

Il faut bien un principe de mouvement à une machine inerte par elle-même. Or, comme on a séparé ce principe de la matière ou de la quantité, on le lui ajoute : on le fait agir extérieurement comme un poids, un ressort ou un fluide élastique, etc., et la physiologie est supprimée. Il n'est plus nécessaire de voir ce que fait la nature. Contrefaite dans des expériences grossières, on lui impose les procédés usités dans les arts et l'industrie. Hé bien, le cadavre lui-même proteste contre ces puérihtés scientifiques. Il ne nous montre pas seulement des vices de construction

OU de conformation, mais l'altération intime des éléments histologiques du cœur. Et d'ailleurs, d'oii viendraient ces vices de conformation? Il est bien évident qu'ils ne peuvent venir que d'une nutrition altérée. Car, qui construit, qui forme le cœur? Et, en effet, ces vices de construction ne sont pas inertes et inorganiques; ils sont vivants; vivants parce qu'ils sont constamment engendrés par la force plastique ou le blastème du cœur déviés, c'est-àdire par une nutrition morbide de cet organe. Si le cadavre présente un cœur dégradé, la maladie présentait un cœur se dégradant toujours. Ce qui est fait sur le cadavre n'est que la trace de ce qui se faisait chez le malade. Là, rien n'est fait, tout se fait continûment. Dans le cadavre, le fait est accompli, il n'en reste que les marques. Dans la maladie, le fait s'accomplit incessamment; elle n'est même pas autre chose que cette dégradation animée : vivante dégénération qui irait jusqu'à la disparition de la substance propre du cœur si le sujet pouvait vivre passé un certain degré d'altération.

Animez donc ce cœur de cadavre : le microscope, instrument du vitalisme, vous donne tout arrangés la matière et le canevas de la vie saine et de la vie morbide. Il vous montre, non seulement la circulation centrale altérée dans l'altération de la mécanique vivante du cœur, mais il vous fait voir aussi sa chimie vivante altérée, la circulation propre du viscère, ses vaisseaux à lui, son système capillaire dans le désordre, ne fournissant plus qu'un plasma morbide et des exsudats dégénérés, tendant à remplacer la fibre striée du cœur par un produit dénutrition rétrograde^ la graisse. La dégénération va même quelquefois jusqu'à

faire disparaître tout le contenu du myolemme , gaine celluleuse qui enveloppe ce contenu, en l'engendrant et le produisant sans cesse, ou de laquelle évoluent un certain nombre de fibrilles dont Tensemble forme ce qu'on appelle une fibre musculaire.

Nos physiologistes disent que le myolemme soutient la fibre musculaire. A leurs yeux, il la renferme et la soutient comme le fourreau renferme et soutient l'épée. Nous pensons, vitalistes, qu'il la soutient comme le pain et le vin soutiennent l'estomac, comme la cellule et le sang soutiennent le nerf. Comment les théories mécaniques tiendraientelles devant lajcontemplation de cette spontanéité vitale surprise en flagrant défit? Comment les mouvements du cœur seraient-ils sains et réguliers avec une fibre malade ? Remarquons que ces mouvements, expansion et contraction, sont engendrés ou produits par intussusception comme la fibre du cœur elle-même et avec elle. C'est une conséquence du principe de l'activité de la matière dans des corps organisés. Le premier mouvement du cœur est contemporain des premiers finéaments organiques de son épanouissement au sein du blastème. L'action du cœur évolue donc de son blastème comme la fibre musculaire elle-même. Or, celle-ci étant altérée, comment son action, son produit, si je peux ainsi dire, le sang, ne le seraient-ils pas? De plus, si une profonde et universelle dégénération du sang, la cachexie et les infiltrations séreuses sont un des symptômes les plus graves et les plus constants des maladies organiques du cœur; si le sang est organiquement ou fondamentalement malade dans ces affecfions, comment dou- •ter que cette altération mortelle ne soit due à la dégrada-

tion profonde de la \ie cardiaque, et que le cœur ne soit pas l'organe central de la sauguification ?

Je ne m'occupe pas encore de la question de savoir si le cœur exerce cette fonction en imprimant au sang dans ses cavités elles-mêmes l'unité organique que tout le monde lui accorde, et qu'aucun des autres appareils qui concourent à la sanguification n'est capable de lui imprimer, et si par conséquent, l'altération si profonde du sang dans les maladies du cœur tient à l'affaiblissement incurable de cette action sanguificatrice centrale, ou bien si elle tient à la perte de l'influx coordonnateur par lequel le cœur anime, relie, unit toutes les circulations partielles qui font le sang de chaque organe et dont l'ensemble ainsi coordonné forme la circulation générale. J'examinerai plus tard cette question, et je montrerai que ces deux modes d'action sont inséparables et ne se conçoivent pas l'un sans l'autre.

Quoi qu'il en soit, je constate que l'anatomie morbide du cœur faite dans l'esprit du vitalisme ou de l'organo-génésie, fournit une base inattendue à ma critique^ en démontrant que tous les vices de construction qui semblent prêter un appui aux théories hydrauliciennes de la circulation et des maladies de son organe central, sont l'effet de vices de la nutrition ou d'une organo-génésie pathologique, et que c'est dans ces altérations animées que consiste essentiellement la maladie. Il est certain dès lors, que les vices de quantité et grandeur dont il s'agit et sur lesquels on a fondé la théorie mécanique des maladies du cœur, tels que rétrécissement ou insuffisance d'orifice, dilatation de cavités, épaississement de parois, etc., prennent une tout autre signification. Ce sont des rétrécissements et des insuffi-

sances animés, des dilatations et des épaississements toujours naissants, se formant toujours sous l'influence d'une irritation qui pénètre à l'infini et intimement chacune des cellules, chacune des fibrilles musculaires et nerveuses dont se compose le tissu si vivant du cœur; qui altère, transforme, détruit ces éléments et tend à les remplacer par des éléments morbides incapables de cette énergie vive et saine nécessaire au cœur pour consommer l'unité de sanguification.

11 en résulte, que partant de l'altération du blastème cardiaque pour concevoir ces lésions, on est conduit à ne pas trouver plus mécaniques les troubles morbides de la circulation centrale, qu'on ne peut concevoir mécaniquement l'embryologie du cœur. Cette analyse nous ramène donc encore à notre double base physiologique et médicale : 1° expliquer par un même principe la formation des organes et leurs fonctions une fois qu'ils sont formés; 2" expliquer par un même principe la formation des maladies et leurs symptômes une fois qu'elles sont formées.

On peut voir maintenant sur quelles erreurs on a vécu depuis soixante ans relativement à l'hypertrophie du cœur et aux congestions sanguines et séreuses qui en sont les effets. Est-elle une maladie? Non, car d'après l'École, elle serait même un remède. La maladie, c'est le rétrécissement, l'hypertrophie, je le répète d'après l'École, c'est le remède. Remarquons en passant, qu'un rétrécissement n'est pas plus une maladie qu'une hypertrophie un remède. S'il n'y avait que rétrécissement, il n'y aurait pas maladie, et alors l'hypertrophie physiologique pourrait être un remède à ce vice de conformation. Dans ce cas,

l'hypertrophie ne serait pas morbide, mais saine, et le rétrécissement ne serait qu'un manque de proportion ou un défaut de quantité, ce qui peut être une infirmité, un Yice, mais ce qui n'est pas une maladie. Ou trouve un exemple de ce genre dans certaines hypertrophies saines congénitales qui correspondent à de certains rétrécissements également sains et congénitaux. Et encore, il ne faut pas s'y trop confier ; ces déviations embryonnaires de la force plastique qui font les vices de conformation sont elles-mêmes des maladies de l'âge fœtal ; elles laissent dans ies viscères anormalement conformés quelque chose de la faiblesse morbide originelle en vertu de laquelle ils existent. Les fonctions s'en trouvent toujours grevées d'un état qui est comme intermédiaire entre la santé et la maladie. Il en résulte une imminence morbide qui peut se réaliser de nouveau ou repasser à la maladie sous l'influence des causes excitantes les plus diverses.

L'anatomie pathologique a des ressources infinies. C'est en elle qu'on trouve tous les faits nécessaires pour renverser le système si médiocre qu'on a fondé sur elle.

On rencontre à l'autopsie des vieillards morts des maladies les plus diverses et sans que pendant leur vie on ait pu les soupçonner affectés de maladie du cœur, d'énormes lésions dont l'organisme s'est parfaitement accommodé et qui ne se sont révélées par aucun symptôme. Ainsi, des rétrécissements d'orifices produits par des ostéides séniles, sans hypertrophie, sans anévrisme, sans dyspnée, sans palpitations, sans la moindre cachexie séreuse. Tout au plus, et non toujours encore, quelques irrégularités du pouls.

Il est évident par là que les vices de forme et de quan-

CLINIQUE DES MALADIES DU CŒUR. 3l3

tité, les défauts de proportions entre les organes ou entre les .parties d'un môme organe ne sont pas des maladies. Et pourtant, si l'École s'entendait elle-même, les maladies ne devraient pas être autre chose.

Dans ces disproportions purement mécaniques, l'instinct organique suffit pour développer des compensations réparatrices et maintenir les actions dans l'ordre physiologique. On ne voit jamais se manifester alors cette vitalité malfaisante où finit la santé, oii commence la maladie, et qui semble greffée sur la vie saine et la dévorer; ces évolutions malsaines et douloureuses, ce parasitisme funeste qui donne les cachexies, quand c'est l'élément nutritif des organes qui est spécialement et primitivement affecté ; les névroses, quand c'est le système nerveux; les hémorrhagies, les congestions, les fièvres, quand c'est le système circulatoire, car telles sont les trois grandes classes de maladies dont la combinaison dans des proportions infiniment variées forme la nosologie.

Qu'est-ce qui fait donc qu'une disproportion entre les parties du cœur, soit entre l'épaisseur des parois de ses cavités, soit entre la capacité de celles-ci ; qu'est-ce qui fait qu'un rétrécissement d'orifice, une insuffisance de valvules, etc., constituent une maladie de l'organe? C'est l'altération de la force plastique du cœur par laquelle sont constamment engendrés ces vices prétendument mécaniques. Or, existe-t-il au monde quelque chose de plus antimécanique que ce qui est engendré à tous les instants et produit par une évolution spontanément continue? L'École appelle donc lésion mécanique une affection du cœur qui repose essentiellement sur un vice d'évolution enra-

ciné dans le blas de cet organe, et qui constitue, par conséquent, une maladie au premier chef, altération de l'instinct formateur, laquelle préside toujours aux symptômes et les engendre continûment comme dans l'état sain, la force vitale saine engendre et évolue incessamment les actions circulatoires et hématosiques saines de ce viscère Cela est si vrai^ que si au milieu d'une maladie organique du cœur qui aurait déjà produit ce qu'on appelle des lésions mécaniques, l'altération vivante du blas cardiaque s'arrêtait, on verrait les troubles désormais extérieurs produits par le vice mécanique accompli êtfe peu à peu compensés au moyen des efforts sains de l'instinct organique ; et la maladie du cœur serait guérie.

J'en conclus que les symptômes des maladies organiques du cœur ne sont pas plus mécaniques que la formation de ces maladies ou que ces maladies elles-mêmes ; et que les actions saines de ce viscère et de la circulation n'ont également rien de plus mécanique que son embryologie. De même en effet, que si l'évolution continue du cœur ou de sa nutrition s'arrêtait chez un adulte sain, les contractions saines et toutes les fonctions de l'organe s'arrêteraient aussi ; de même, si l'évolution morbide du cœur qui constitue les anévrismes de cet organe s'arrêtait, les symptômes locaux et généraux de cette maladie seraient aussi bientôt suspendus et peu à peu remplacés par des actions normales, quelque pussent être les vices de conformation accomplis et désormais purement mécaniques du viscère lésé.

Je montrerai bientôt que les bruits sains et morbides du cœur sont évolués, produits par génération aussi bien que ses mouvements, et que, loin d'être des signes physi-

ques physiquement produits ils sont, par conséquent, des symptômes au même titre que les contractions morbides ou les spasmes.

Ce qui me reste à faire comprendre maintenant, c'est que les altérations cadavériques éloignées qu'on rencontre dans les maladies du cœur, ne sont pas produites d'une manière plus mécanique que les désordres immédiats et locaux. Je ferai plus tard pour les lésions animées ou les symptômes, ce que je fais actuellement pour leurs traces posthumes.

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