‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 23 sur 39 · IV · texte numérisé non relu

IV

Qu'est-ce que l'unilé de sanguificalion, et comment s'opère-t-elle?

Le cœur n'est pas un simple rendez-vous du sang. Il agit sur lui, non pas seulement en lui imprimant un mouvement plus fort, mais une plus forte génération, et cette unité d'hématose qu'il représente éminemment aussi bien que l'unité de mouvement. *

Nous savons, en effet, qu'il n'y a pas dans l'économie de mouvement abstrait ou mathématique, et qu'en particulier les lois de l'hydrauHque ne sont point appHcablesau mouvement circulatoire du sang, parce que ce mouvement est vivant et organisé, et que c'est un mouvement générateur et un mouvement qui ne peut pas plus se faire sans hématose que l'hématose ne peut se faire sans lui. Or, au

œur, est le maximum et la plus haute concentration de louvement; donc, le coup suprême et la plus haute conentration d'hématose.

Qu'on n'objecte pas la ressemblance physique et chimiue du sang des \eines pulmonaires comparé à celui des artèes nées de l'aorte, etc., pour en conclure que le cœur injrmédiaire à ces deux points du système n'a exercé aucune ifluence sur le sang à son passage dans ses cavités artéielles.

Aucun moyen connu d'investigation physique ou chinique n'a saisi jusqu'à ce jour de difFérence entre le ang d'un homme ou d'une femme, de tel tempérament lu de tel autre^ même entre le sang de certaines espèces nimales et celui de l'homme. Et pourtant qui doute qu'il l'y en ait de considérables ? Entre un pus innocent et un pus chargé de propriétés délétères et mortelles, nulle diférence si on s'en rapporte à nos analyses artificielles ! \ oi\h deux salives exactement semblables. L'une et l'autre ,ont inoculées : la première inoculation est aussi nulle qu'avec de l'eau distillée ; la seconde donne une hydrophobie Il or telle.

Les explorations hématologiques delà physique et de la shimie ne peuvent nous donner que ce qui est de leur ressort. Elles nous diront si le sang contient plus ou moins de globules, d'albumine, de fibrine, d'eau, de sels ; s'il est plus ou moins alcahn, plus ou moins chaud, plus ou moins dense^ plus ou moins rouge, quelle tension électrique il a, où en est son phosphore, son fer, son urée, etc., etc. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit, car tout cela, le sang le possède quand il est mort, et nul doute qu'il n'y ait une

grande différence eulre le sang mort et le sang vivant Cette différence, la physique et la chimie sont impuissantes à la signaler, car, si elles le pouvaient, elles seraient h physiologie même. Dans le sang comme dans les tissus comme dans les rapports du sang avec les tissus, tout sefai par impression, conception, génération. Le sang se comporte en lui-même comme les tissus organisés en eux mêmes, et comme le sang et les tissus entre eux. L'organisme seul peut manifester les propriétés vitales du saug. Le sang vivant n'a pas d'autre réactif.

Toute opération sur le sang qui se passe hors de Forganisme, ou qui n'est pas organique, doit tuer ce liquide vivant, s'il ne l'est déjà, avant d'agir sur lui et de donner ses résultats propres.

Mais^ dira-t-on, si le système nerveux peut seul et à l'exclusion de toute autre force, manifester les propriétés du sang, il n'est pas moins vrai que sous son influence inimitable, il se produit des modifications que la physique et la chimie sont aptes à retrouver ensuite dans le cadavre du sang. Cela paraît juste, cela doit être, mais certainement cela n'est pas aujourd'hui. Les analyses artificielles^ du sang ne donnent guère que des résultats communs ^ et purement quantitatifs sur les éléments grossiers que nous connaissons. Or, ces éléments restant les mêmes ;ili se passe néanmoins tant et de si considérables change- ments dans la santé et dans les maladies que nos analyses ^ sont inhabiles à soupçonner et qui supposent dans le saug. des changements non moins considérables, que nous de- Yons être modestes sur ce point, et nous en rapporter bien plus aux analyses physiologiques, à ce que Bordeu

appelait l'analyse médicinale du sang, qu'à celles que fournit l'anatomie morte. Puisque c'est la yie que nous cherchons, il est certain que la mort ne peut nous fournir que des données très indirectes, et que les plus importantes même doivent lui échapper.

H Et d'ailleurs, que cherchons-nous en ce moment ? Les preuves de l'unité du sang? Comment les trouverions-nous par des méthodes qui ne peuvent atteindre qu'aux parties constitutives de cette unité, et lorsque cette unité n'existe plus? L'unité et la vie sont une seule et même chose. Ce u'est pas que l'unité puisse se passer de parties constituantes, et qu'elle n'en soit pas l'ensemble ; mais cet ensemble n'est pas, comme je l'ai déjà dit bien souvent, un total numérique, c'est le rapport hiérarchique de toutes les parties. Or, le sang, comme l'organisme qu'il représente à son point de vue, n'est pas un mélange, c'est une association de parties hiérarchisées. On dit partout que

Ie sang est une unité et que l'anatomie ne fait que la briser ans jamais la pouvoir reformer; et tout cela est juste, olus juste qu'on ne pense, car ce qu'on décore du nom l'analyse n'est, en effet, qu'une rupture physique et artificielle.

Les vaisseaux capillaires seuls analysent naturellement le sang. Quant à sa synthèse ou à son unité, elle ne peut s'opérer qu'au centre du système : c'est le cœur qui est l'organe de cette fonction. Tout le monde le voit, personne ûe le sait. Qu'est-ce donc que cette unité anatomique que chacun touche du doigt et proclame, si elle ne représente pas l'unité physiologique? Une machine qui s'est faite spontanément n'est pas machine au sens mécanique.

Elle ne peut fonctionner qu'en vertu du principe de sa génération. Si le cœur ne donne que l'unité de mouvement c'est que le sang n'est qu'un liquide dont il n'y a à s'occuper qu'au point de vue de sa mobilité ou de la propriété qu'il a de se mouvoir dans des cavités communicantes. Or, souvenons-nous qu'on n'a jamais vu en hydraulique — oii la physiologie prend ses lois de la circulatioii résoudre le problème du mouvement d'un liquide dans des cavités closes de toutes parts et qui n'ont jamais été ouvertes à aucun moment de leur existence. Cette seule remarque destitue la mécanique de toutes ses prétentions en physiologie et en particuher dans l'explication des mouvements animés que j'étudie.

Unité de circulation suppose donc unité de formatiot du liquide circulant, car puisque ce liquide n'était pas fait avant de circuler et n'existe pas, comme en mécanique, indépendamment de ses cavités circulatoires, puisqu'i ne saurait exister sans les mouvements qu'il excite dans ces cavités et qu'elles excitent en lui^ il faut de toute nécessité que la sanguification et le mouvement soient uns el inséparables, et que l'unité d'hématose soit là où es'l'unité de mouvement.

L'hématose est une fonction progressive et graduée. Lé sang n'est pas du premier coup tout ce qu'il sera. Il y < dans l'appareil circulatoire une hiérarchie comme dans 1( système nerveux, il y a donc une hiérarchie d'hématos(^ dont l'organe central est au cœur. On m'accordera bien c( processus de l'hématose : il est visible des chylifères au cœur gauche à travers toutes les fihères vasculaires e tous les ganghons ou centres de renforcement hématosi-

que que le sang parcourt d'un de ces points du système à l'autre. Mais ce qu'on ne considère pas, c'est que ce progrès de l'hématose qu'on voit se faire sous ses yeux n'est pas une simple addition, une superposition d'éléments nouveaux et de propriétés nouvelles, c'est une évolution dans laquelle le dernier terme renferme et représente tous les termes inférieurs en les concentrant. Un globule sanguin suspendu dans son latex représente tout un organisme. Le mot circulation a trompé et trompe encore tout le monde. 11 semble que, quand le sang s'est mû en cercle, il a tout fait. Cette grande découverte a rompu le fil de la tradition, pour qui le cours du sang était une véritable progression d'hématose.

On devrait se souvenir que le mouvement en cercle n'est pas essentiel à la fonction, et que ce mouvement ne consiste d'abord qu'en une simple oscillation. La circulation, c'est-à-dire le mouvement artérioso-veineux centrahsé du sang, n'appartient qu'à des types déjà élevés de la série animale. On a souvent comparé à une véritable circulation l'action nerveuse chez les animaux dont le système nerveux est centrahsé ; mais, ici encore, on n'a vu qu'un mouvement circulaire, et cette juste comparaison n'a fait qu'éloigner un peu plus les esprits de la notion exacte du système nerveux. Je m'étonne qu'on n'ait pas songé à comparer sous ce rapport l'appareil circulatoire artériosoveineux, à la circulation nerveuse dans laquelle la centralisation hiérarchique de l'appareil et des fonctions est si manifeste. Il est toutefois bien certain que les deux mouvements inverses du sang et de l'hématose, l'un centrifuge et l'autre centripète, sont l'analogue des deux courants

inverses de rinnervalion, et constituent une circulation qu'on devrait nommer réflexe ou réfléchie, par opposition à la circulation simple ou à l'oscillation du sang chez les espèces inférieures. Cette oscillation représente, en effet, l'action nerveuse immédiate de ces mêmes espèces. Le besoin de l'unité dans des animaux où le travail physiologique est très subdivisé rendait nécessaire l'existence de ces organes centraux ou organes de réflexion dans lesquels l'unité d'innervation et d'hématose se reforme après s'être déployée dans les expansions nerveuses et vasculaires en une infinie variété d'actions sensitives et hématosiques particuhères. La circulation réflexe suppose donc un cœur, organe central de la réflexion hématosique et dans lequel se consomme l'unité d'hématose. Voilà la véritable idée de circulation. C'est un mouvement réfléchi du sang qui a pour but, non seulement son imprégnation respiratoire, mais la reconstitution de son unité dans le cœur. Le cœur est donc l'organe central de la réflexion du sang. Ce hquide ne circule que pour reformer au cœur sa concentration et son unité. Recevoir l'unité, c'est, pour le sang, être élevé à sa plus haute puissance et acquérir un ordre de propriétés qui représente ou concentre éminemment toutes celles qu'il possédait déjà. On* me demandera la preuve de cette faculté qu'a le cœur d'imprimer au sang ses propriétés suprêmes. Je la trouve péremptoire dans un fait d'embryologie que j'ai déjà signalé.

Le cœur est la première partie qui apparaisse du sys-« tème circulatoire. De plus, il ne communique alors avec aucune des autres parties de l'appareil qui existent simul-

(anément sous la forme de petits îlots Yasculaires. Enfiu, clans cet état d'indépendance et de primogénilure, il renferme un sang- plus riche, plus élevé en propriétés de son ordre, que le sang formé primitivement aussi dans les parties subordonnées de l'appareil circulatoire qui doivent communiquer plus tard avec lui.

Mais, dira-t-on, lorsque ces vaisseaux formés chacun de leur côté communiqueront avec le cœur, le sang que renfermera cet organe ne sera plus que le sang de toutes les parties, et on ne pourra plus lui reconnaître cette hématose centrale propre et supérieure qu'il était impossible de lui contester lorsqu'il ne recevait rien que de luimême. Pourtant le cœur ne peut pas se dépouiller des propriétés qu'il a eues. Les nerfs aussi se sont formés indépendamment de l'encéphale ; mais plus tard, lorsqu'ils se sont réunis et ont communiqué, le cerveau, les parties centrales du système n'ont pas perdu pour cela leurs propriétés éminentes et leur puissance d'unité.

Preuves tirées de la syncope.

Il ne suffit pas que, pour animer les organes, le sang lit reçu dans les poumons l'imprégnation de l'oxygène. Haut de plus qu'il reçoive, et tous les organes par lui et ivec lui, la pulsation vitale dont le foyer est au cœur. La .yncope prouve assez la nécessité de cette secousse intermittente et réguHèrement continue. On croit à tort que c'est le défaut suffisant du sang dans les tissus qui est

cause de cette suspension subite des actions vitales qui caractérise la syncope. On y ajoute bien, je le sais, l'utilité de la secousse imprimée aux parties par la diastole des vaisseaux, mais on ne conçoit guère cette secousse que comme un ébranlement mécanique tel que pourrait le produire toute impulsion externe. Voilà précisément l'erreur.

Rien ne peut remplacer la pulsation vitale. Elle ne se fait pas de dehors en dedans ou par juxtaposition, mais de dedans en dehors, par intussusception. C'est donc aussi un mouvement organisé, engendré et évolué, par conséquent, et qui pour cela même ne peut être remplacé par rien d'artificiel. Mais ce n'est un mouvement vivant et organisé, que parce que c'est un mouvement hématosique, l'explosion animée de la sanguification à son terme, le dernier mouvement de la circulation, de cet acte qui consomme la respiration et la A^ie.

Ce n'est pas une quantité suffisante de sang qui manque aux organes syncopés, c'est le coup suprême de la sanguification, c'est d'être animés par ce dernier actehématosique qui résume et représente tous les actes hématosiques antérieurs, et sans lequel ils sont tous insuftisants.

Au moment de la syncope, les organes ne manquent pas de sang pourvu de toutes les propriétés que le processus de l'hématose lui a successivement imprimées jusqu'à l'action hématosique centrale ou cardiaque exclusivement ; mais ils manquent de cette dernière action, et c'est pour eux comme si toutes les autres n'existaient pas. Celles-ci ne se développent et n'agissent qu'à la condition d'être

stimulées, animées par l'action hématosique centrale que consomme la pulsation vivifiante du cœur transmise par les artères, sorte de cœur étendu à tous les organes et ramifié en eux.

La syncope n'est donc que l'anéantissement de l'influence circulatoire générale produit par la suspension de l'action hématosique centrale ; à défaut de cette action suprême ou de l'unité de sanguifîcation opérée au cœur par les mouvements de cet organe, toutes les propriétés acquises par le sang dans le processus hématosique antérieur sont comme si elles n'étaient pas, et la vie est suspendue par cela même dans les organes. Au contraire, dès que l'action hématosique centrale ou Tunité de sanguification renaissent avec les mouvements du cœur, toutes les propriétés du sang qui lui sont subordonnées renaissent aussi sous l'influence de cette action suprême, et avec elles les fonctions de l'organe syncopé. Ainsi, les propriétés des nerfs et des surfaces sensitives, quelque inhérentes qu'elles soient à ces organes, sont abohes par la suppression de l'influence nerveuse centrale, et réapparaissent dès que se réveillent les organes de l'unité en qui sont représentées d'une manière éminente les propriétés subordonnées des nerfs et de leurs expansions pé^ riphériques.

Si on veut se faire une idée de l'influence de l'action cardiaque sur le sang, on n'a qu'à étudier les rapports des passions avec le cœur. Tout le monde sait le rôle que joue cet organe dans la colère et le courage, dans le sang-froid et la peur.

§ VI

Preuves tirées des passions. — De la colère.

Dans la colère et Fenlhousiasme, le sang est en harmonie avec l'exaltation de tout le système, il est plus animé. D'oii lui vient cette surexcitation ? de tous les vaisseaux et principalement du cœur. Non pas seulement qu'alors le cœur lance l'ondée sanguine avec plus d'énergie et de rapidité, mais c'est qu'il lance une ondée sanguine pénétrée du même sentiment que lui. Si on n'admet pas que dans ce cas le sang est en colère au même titre que le cœur, le cerveau, les yeux, la moelle épinière, les muscles, tout le système, l'activité de la matière n'est qu'un mot, et la physiologie n'est pas une science, c'est un mélange arbitraire et sans base propre, de physique et de psychologie. Je lui fais plus d'honneur ; et de même que dans une maladie générale, je crois que le sang est altéré, et non pas d'une manière quelconque, mais d'une manière toute spéciale pour chaque maladie, que le sang est varioleux, morbilleux, scarlatineux, morveux, etc., je crois que dans chaque passion, qui est aussi une affection générale de l'organisme plus particuHèrement centrahsée dans tel ou tel appareil, le sang est modifié passionnellement et se met dans une parfaite harmonie avec l'état du système nerveux auquel les anciens auraient dit qu'il fournit alors des explosions d'esprits animaux très irrités.

Je ne sais pas au juste ce qu'il lui fournit, mais bien

certainement il alimente d'une manière quelconque la dépense excessive d'action que fait ce système. Or, les actions nerveuses, musculaires, sécrétoires étant une véritable évolution, une génération dont le sang est la semence, celte semence ne pourrait pas donner des produits spéciaux, si elle n'en contenait pas les éléments. Le sang est donc affecté par les passions comme le système nerveux, et surtout comme le cœur et les vaisseaux si violemment affectés par ces états extraordinaires de l'animal.

Qui donc pourrait imprimer au sang cette impétuosité ( vitale, si ce n'est le cœur, organe principal des passions \\ dont il s'agit ? On hésite peut-être à attribuer au cœur une B action sur le sang à cause de la rapidité avec laquelle ce il liquide le traverse. On imagine que dans ce contact ins- ;i tantaué il n'aura pas le temps de le modifier ; et d'ailleurs, \i on ne voit dans ses cavités qu'une membrane séreuse et Il un muscle, aucune glande, pas le plus petit follicule capable de sécréter une humeur, un ferment pour agir sur ' le sang et développer des qualités nouvelles. On croit comprendre que dans les vaisseaux capillaires oii il chemine plus lentement et très divisé, traversant des parenchymes glanduleux, pouvant absorber ou exhaler, acquérir ou perdre, etc., on croit comprendre comment le sang sort de ces organes autre qu'il n'y est entré. Cela est juste s'il s'agit des quahtés que revêt le sang à travers les centres d'hématose oii sont successivement engendrés tous les éléments nutritifs et respiratoires qui le doivent constituer. Mais cela est précisément une erreur, quand il ne s'agit plus pour le sang d'acquérir des parties nou-

^ï'* CIRCULATION DU SANG.

velles, mais de constituer l'unité de toutes ses parties.

Au cœur, le sang complet dans ses éléments formateurs n'a plus besoin que de les unir; il ne lui manque que la force de centralisation ou d'unité. Ce que nos yeux voient faire au cœur sur le sang, cette concentration anatomique, ce choc fulminant, celle brusque collision des particules liquides, leur compression subite, leur pénétration mutuelle, le mélange intime que ces mouvements sont si propres à opérer, tout cela n'est que l'image de l'unité vitale subitement imprimée à l'organisme liquide par la pulsation centrale qui mesure la vie. Croire que tout est dans ce mélange extérieur et purement mécanique que nous pourrions imiter, serait nier la vie du sang et celle du cœur.

Donc ici, nul besoin d'éléments nouveaux, mais nécessité de nouveaux rapports entre des éléments acquis. C'est l'affaire du mouvement sanguificateur. Or, en aucun point de l'appareil circulatoire, il n'est énergique et concentré comme au cœur.

C'est un fait admis : le mouvement vasculaire est indispensable à la fluidité et à la vie du sang. Son mouvement et sa vie sont mesurés l'un par l'autre. Or, sa vie c'est son unité ou le rapport de ses parties, comme leur dissolution est sa mort. Étant le centre des mouvements du sang, le cœur l'est donc de son unité et de sa vie.

La fluidité et la vie du sang sont aussi regardées comme inséparables. Or, cette fluidité, c'est le mouvement, et le mouvement vasculaire, non un autre, qui l'entretient. Dès que le sang s'arrête dans ses vaisseaux, et à plus forte raison, dès qu'il est extravasé et immobfle, ses parties se sé-

parent, il perd son unité du même coup que sa fluidité. Sa fluidité est donc la condition et le signe de son unité. Or, c'est le mouvement vasculaire qui produit et entretient la jftuidité, donc l'unité du sang. Et comme c'est au cœur qu'est le maximum et le centre du mouvement, c'est au cœur qu'est le centre de la fluidité et par conséquent de l'unité et de la vie du sang.

Cependant, de l'aveu de tous, cette unité du sang n'est pas un simple mélange ; c'est le rapport supérieur et vivant de tous ses éléments, leur représentation hiérarchique éminente, la propriété suprême sans laquelle tous les éléments subordonnés elles rapports inférieurs de ce fluide organisé se dissolvent ; donc le cœur est l'organe central de l'hématose puisqu'il imprime au sang l'unité vitale, inséparable de l'unité de mouvement.

11 faut donc comprendre que l'unité du sang, admise de sentiment partout le monde, est comme Tunité de l'organisme, inintelligible sans l'idée d'une hiérarchie dans les éléments et les propriétés de ce hquide organisé ; que le cœur est l'agent central et éminemment représentatif de cette hiérarchie, et que c'est ainsi qu'il est l'organe central et suprême de la circulation et delà sanguifîcation.

L'habitude où l'on est de croire Thématose achevée lorsque le sang a subi dans les poumons l'imprégnation de l'air atmosphérique par la raison qu'à dater de ce moment il n'acquiert plus de matériaux nouveaux, s'opposera longtemps encore à l'admission de ma théorie de l'action du cœur. G'est pourquoi, les vivisections manquant sur ce point et devant manquer longtemps encore, l'anatomie comparée, l'embryologie, la pathologie sont les seules sources et

les plus sûres heureusement, où il me soit possible de puiser des preuves. La pathologie surtout ne me les refusera pas. J'ai commencé par une affection qui surexcite particuhèrement le cœur, la colère. En sa quahté de passion elle est, en effet, un de ces mouvements violents et excessifs de l'organisme qui tyrannisent l'animal et sont presque des maladies. Quelle expérience artificielle la pourrait remplacer ?

Quand on dit que le sang est agité dans la colère, n'entend-on cette agitation qu'au sens physique, et veut-on seulement dire que le sang circule plus rapidement? Logiquement, l'École doit le vouloir; mais le bon sens, mais le sentiment vitaliste de tous les médecins entend autrement cette observation. Tout le monde croit que dans la colère, le sang est affecté d'une agitation intime et toute vitale, dont son mouvement plus rapide n'est que l'expression extérieure et le signe. Supposer le contraire, ce serait admettre que les organes, que les nerfs, et les muscles en pai licuher, peuvent agir sans le concours du sang, et qu'il n'y a pas de rapport entre l'état de ce liquide et celui des tissus en lesquels il se transforme incessamment et qui se transforment incessamment en lui. Or, quelles propriétés le saug a-t-il acquises dans une passion comme la colère, qu'il ne possédât pas avant cette affection ? A-t-il en plus ou en moins quelqu'un de ses éléments anatomiques connus? le chiffre de ses globules, de sa fibrine, de son albumine, de ses sels, de son eau, a-t-il diminué ou augmenté? Cela n'est pas probable, et nos moyens d'analyse seraient impuissants à le mesurer. Il n'est pourtant pas le même ; cela est impossible.

Qu'a-t-il donc de plus?

11 a ce que donne au sang l'action du cœur, ses propriéés supérieures, celles qui répondent aux actions éminentes le l'animal, aux fonctions les plus centrales du système nerveux de relation. On sait, en effet, qu'au fur et à mesure juele système nerveux se centralise, l'appareil digestif, 'appareil géuérateur et l'appareil circulatoire se centralient proportionnellement de leur côté. On doit savoir aussi [u'au fur et à mesure que ce dernier appareil se centralise [avantage et atteint son maximum d'unité, le sang conracte des propriétés de plus en plus riches et prend une brce et une unité de plus en plus grandes. On peut dire rès rigoureusement, que lui aussi, il se centralise davanage ou atteint comme l'appareil circulatoire son maximum le centralisation. Or, qui ne sait qu'il ne s'agit point ici le concentration chimique ou de condensation physique, nais de l'acquisition de puissances nouvelles corresponlantes à celles qui se développent dans la centralisation irogressive et hiérarchique des autres appareils de l'aninal ? Il est donc inutile de rappeler que cette centrahsation uprême du sang qui correspond à celle de l'appareil cir- ;iilatoire dans le cœur, porte le sang à sa plus haute puisuuce, et que cette dernière puissance acquise dans le œur, contient et représente éminemment toutes les puisauces ou tous les degrés inférieurs de l'hématose acquise lans les organes hiérarchiquement chargés de cette foncion. Telle est, je l'ai déjà dit, pour le sang comme pour organisme, la véritable condition de l'unité.

Or, revenant à mon exemple, je trouve que dans une •assion comme la colère, ce sont les propriétés éminentes

du sang, que j'appellerais volontiers cordiales, qui sont affectées. C'est dans le cœur, centre spécialement ému par cette passion, que le sang contracte les propriétés qui le rendent apte à animer tous les organes et à les monter au ton de la colère.

Qu'est-ce en définitive que la colère? Serait-ce un être qui s'agite furieux en nous et sans nous? Un acteur irrité dont l'organisme ne serait que le théâtre, qui soulèverait un cœur, des vaisseaux inertes, un sang... comme le vent soulève les flots passifs de la mer? Non : il n'y a pas plus, de colère distincte de l'organisme qu'il n'y a de principe vital distinct des organes. Cette passion n'est que la surexcitation d'une nature viciée. Il n'est pas une seule partie de notre être qui n'en soit affectée à cause de notre unité ; et, parce que notre unité vient de ce que nos cen- très organiques ne sont pas plus possibles sans leurs expansions que celles-ci sans leurs centres, il s'ensuit que tout en nous éprouve la colère à un degré quelconque et à sa manière, et que cette passion est engendrée et évolue comme une maladie. Mais ne la considérons que dans ses > effets sur l'appareil circulatoire. Il y joue un rôle mani- j feste et violent. Tous les vaisseaux y prennent une part qui i ébranle tout l'organisme ; et il est exact de dire qu'il n'y a ; pas une des parties de l'animal qui ne soit en colère. L'ap- • pareil circulatoire et le sang y jouent un rôle principal, auquel sans doute prennent part tous les vaisseaux ; mais n comme incontestablement, l'organe central, le cœur est principalement affecté, nul doute que ce ne soit lui qui i imprime au sang les propriétés dont il est animé. On peut dire rigoureusement qu'il est l'organe central de la colère

a tout au moins, un des trois organes centraux de cette assion. Les deux autres sont l'estomac et le cerveau.

C'est le cœur qui, dans la colère, monte, si je peux ainsi ire, le sang au ton du cerveau ; c'est donc lui qui forme t centralise le sang de la colère, qui lui donne l'unité de ette passion au jeu de laquelle il contribue puissamment lù le sang pourrait-il recevoir ces propriétés acciden- }lles ? et d'abord, quelles sont ces propriétés ? Dans le erveau, c'est une exaltation irrésistible de toutes ses faaltés pour repousser un objet ou s'en emparer. Le caictère de cette exaltation, c'est l'empire absolu exercé •ir le cerveau passif par le système nerveux yiscéral. Dans } cœur, c'est aussi une affection qui précipite et renforce es mouvements en communiquant au sang une vivacité npétueuse qui centuple la force des impressions cen- 'ales et de l'innervation, de telle manière que l'animal xécute alors les actions cérébrales avec la précision et 1 sûreté que l'animal à système nerveux non centralisé let à exécuter les actions nerveuses simples.

Et chose digne d'attention, ce sont les facultés supéieures qui ont acquis par la passion ces aptitudes extrairdinaires. Qu'est-ce que cela signifie? Que le cerveau, entre ordinaire des actions nerveuses soumises à la voonté, est subjugué par une force d'un caractère tout op- )osé. Il obéit passivement au sentiment extraordinaire [ui déborde avec impétuosité des deux autres centres de 'organisme, la poitrine et le ventre, le centre gastrique et e centre respiro-circulatoire. Celui-ci éprouve alors une îrodigieuse excitation. Les poumons sont émus et haleants. Qui oserait dire que cette affection passionnelle des

organes respiratoires n'imprime déjà pas au sang une vi taillé artérielle plus grande ? Personne ne croit plus qu, la respiration ne soit qu'une action chimique. La vie di poumon a sur la respiration du sang la même influenci que la vie de Testomac sur la digestion. Que de cas où le conditions de ce qu'on appelle les phénomènes mécani ques et chimiques de la respiration existant dans tout leur perfection, la fonction ne s'accompht pas et le suje périchte !

Mais le cœur partage cette émotion, il lui correspond il achève, il consomme la sanguification de la colère. Sam cela, quel rapport aurait avec cette passion l'état extraordinaire et passionnel qu'il éprouve? Le cœur ne meut pai . seulement le sang, il fait le sang du cœur. Il y a un san^ cardiaque comme il y a un sang splénique, rénal, hépati- , que, pulmonaire. Or, l'état du sang varie comme celui di . système nerveux. L'un ne peut pas être modifié sam l'autre quel que soit celui des deux systèmes qui ait l'ini- , tiative de la conception et de la génération des propriétés , nouvelles.

Je l'ai déjà dit : pour les anciens, la circulation était le processus de l'hématose ; son cours était marqué par des degrés progressifs correspondant aux différentes puis^-j sauces de la sanguification. Une fonction se définit par sod but : tel était celui de la circulation. Aujourd'hui, elle esl i définie autrement ; son but est, dit-on, de porter le saugà < tous les organes et de l'en rapporter au cœur, comme si le sang était un hquide tout préparé ailleurs que dans l'appareil circulatoire et que celui-ci n'eût d'autre objet que de le ; transporter tout fait aux organes ; comme si chacun de

'ux-ci ne faisait pas son sang ! Où a-t-on mu le sang tout it, je ne sais oii, et \ersé,clu dehors dans le cœur ou les isseaux pour être porté passivement aux organes ? Cette ce supposerait que les vaisseaux et le sang sont accesires aux organes, qu'ils n'en font pas partie essentielle, que ceux-ci. n'ont besoin d'eux que comme les rouages une machine ont besoin d'un hquide pour les entretenir us une certaine souplesse et les empêcher de s'user. Hé bien, les gros vaisseaux et le cœur sont aux centres ganiques, considérés dans leurs fonctions particuhères I centrales, ce que les vaisseaux capillaires sont à la nution des organes, c'est-à-dire à leurs fonctions générales élémentaires. Il y a, en effet, une raison pour que les utres de l'appareil circulatoire et ceux du système nerux se développent parallèlement ; et cette raison est l'.uu centre nerveux a besoin pour fonctionner d'un atre circulatoire, et réciproquement. Pas d'encéphale ns cœur, pas de cœur sans encéphale. Qu'est-ce que cela înifie? L'École répond que si la nature a fait un cœur en ôme temps qu'un cerveau et d'autres centres organiques, est afin que le sang fût lancé simultanément et rapideent, partout, que chaque circulation partielle ne fût pas rée à ses forces propres et qu'elle reçût incessamment tergo une impulsion capable de prévenir les embarras eaux. C'est toujours la mécanique considérée comme le adementde la circulation.

Dans l'organisme il ne s'agit pourtant ni de rapidité ou ) lenteur, ni de facihté ou d'embarras dans les mouveents. Ces conditions se trouvent remphes par le fait même ) l'exercice de la vie ou de l'activité des organes, mais

elles n'en sont ni le principe ni la fin. La rapidité, la facj. lité des mouvements considérés en eux-mêmes peuvent ne rien laisser à désirer, et la fonction s'accomplir très vicieusement, et vice verset. La quantité de mouvement, la vitesse ne sont rien en physiologie; c'est l'évolution, c'estl'ordre, c'est l'organisation des mouvements qui sont tout.

Page 1