‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 27 sur 39 · XI · texte numérisé non relu

XI

Le mode de génération d'une fièvre secondaire ou symptomatique, démontre à sa manière la fonction hématosique centrale du cœur.

Les qualités du sang restent normales tant qu'une inflammation n'a pas excité de fièvre inflammatoire ou tant que le cœur et l'hématose, centre de la circulation générale, n'ont pas sympathisé avec rafifection locale. Au contraire, les quahtés du sang sont modifiées pathologiquement et prennent le caractère inflammatoire, dès que le cœur a conçu sympathiquement Taffection phlogistique d'une portion de ses vaisseaux capillaires. J'en conclus, par la méthode pathologique, que le cœur est le centre de l'hématose et de la circulation générale.

Si je prenais mes exemples dans la fièvre purulente, seconde période trop commune de la fièvre inflammatoire, qu'elle soit traumatique ou puerpérale, etc., j'arriverais aux mêmes conclusions. Lorsque l'infection purulente se déclare à la suite d'une inflammation traumatique suppurée, je ne crois pas plus que cette infection soit le résultat d'une absorption et d'une dissémination du pus pris en nature dans le foyer primitif ou à la circulation toute mécanique du produit purulent d'une phlébite, ce qui est au fond la même théorie mathématique et abstraite, que je ne crois la couenne ou l'excès de fibrine du san'o- in-

flammatoire produits par l'absorption mécanique de la lymphe plastique exsudée dans le foyer inflammatoire et par son transport à toute l'économie au moyen du cœur et des vaisseaux, comme le professe M. Yirchow.

Que quelque chose du foyer inflammatoire ou suppuré imprègne le sang, et que, comme un ferment ou comme une semence de matière inflammatoire ou purulente, ce principe excite dans les vaisseaux et le cœur un mouvement hématosique et circulatoire morbide tout spécial qui prenne le nom de fièvre inflammatoire ou de fièvre purulente, et h la faveur duquel les phlegmasies et les dépôts purulents se multiphent secondairement dans l'organisme, ' je le veux bien; mais cela suppose précisément l'action sympathique du cœur et des vaisseaux.

Les choses ne peuvent pas se passer ainsi -sans une pa ticipation très active de la force altérante des organes cir culatoires qui sont pris en flagrant défit de sanguification morbide. Or qui a, dans ce cas, l'action vasculaire principale? Qui est l'organe central de la fièvre, soit inflammatoire, soit purulente ? Qui préside à la circulation et ^ l'hématose morbide générales? En d'autres termes, qui imprime l'unité circulatoire et hématosique à ces fièvres ? ' N'est-ce pas le cœur ? Est-il possible de nier qu'il ne possède alors d'une manière éminente et représentative les ; propriétés morbides de tout l'appareil circulatoire, et qu'il ne soit chargé de centraHser la fièvre? Or, la fièvre inflammatoire, ou purulente, ou putride, etc., ne consiste-t-elle que dans une circulation plus rapide, ou n'est-eUe pas essentiellement liée à un mouvement sanguificateur morbide des vaisseaux ? Peut-on séparer l'action altérante in-

time qui se passe en eux de leurs mouvements? Les pulsations fébriles sont-elles autre chose que l'expression de cette génération intravasculaire du sang propre à chaque espèce de fièvre? Et peut-on nier que le cœur ne soit l'organe qui imprime l'unité à cette hématose et à cette circulation altérées, qui nous traduisent telle ou telle fièvre ?

Où sont les expériences, où sont les vivisections capables de faire poser devant nous d'une manière aussi bien enchaînée, aussi naturellement systématisée, que le font les fièvres, le cœur et ses propriétés hématosiques centrales? Qui peut contrôler mieux ces beaux résultats fournis à la physiologie par la méthode pathologique, que l'observation des fièvres qu'on développe artificiellement au moyen des substances stimulantes, des poisons et des passions, et où l'on voit l'altération de circulation et d'hématose caractéristique ne naître que pour chacune d'elles et n'être consommée, que lorsque le cœur a conçu l'affection toxique et a imprimé, comme centre de l'unité de sanguification, une action nouvelle et altérée à tout l'appareil vasculaire?

Certes, une fièvre existe partout. Il n'est pas, comme je l'ai dit bien des fois, un seul point de l'immense appareil vasculaire qui n'y participe dans la mesure de son importance hématosique et circulatoire. Mais quand les capillaires veineux de tout le corps, quand ceux du ventre et de tout le système ont travaillé le sang des fièvres, il n'y a pas encore pyrexie. Celle-ci n'existe que lorsque tout ce sang a respiré, ou a pris dans les poumons le principe nécessaire à la combustion des matériaux fébriles et

à la consommation de ce mode d'existence parasitiqae et plus ou moins éphémère qu'on nomme une fièvre. Et voilà pourquoi c'est seulement à partir du cœur qu'il y a fièvre, que la fièvre est consommée, c'est-à-dire une et générale. Tout r organisme fébricite par le cœur, parce que le cœur est, dans les fièvres, l'organe central de l'hématose et de la circulation morbides, comme, dans l'état normal, l'organe de la sanguification et de la circulation saines.

Dans l'état normal, jusqu'au cœur exclusivement, il n'y a que des circulations particulières et des hématoses partielles. Au cœur seulement, commencent l'hématose et la circulation générales. Celle-ci va se résoudre de nouveau au moyen des arlères en une multitude de circulations et d'hématoses particulières qui par la circulation centripète vont, après l'imprégnation respiratoire, dernier apport du monde extérieur au sang, reformer dans le cœur l'hématose et la circulation générales. Il en est de même dans ce mode d'existence parasitique de l'appareil circulatoire qu'on nomme une fièvre. Les matériaux de la fièvre sont recueillis et élaborés par la circulation centripète ou veineuse. Aupoumon, l'imprégnation respiratoire vientfournir à ce sang multiple, masse qui n'est encore composée que du sang altéré de chaque organe, les éléments nécessaires à sa combustion vitale, et le cœur qui le reçoit après cette imprégnation, lui communique par sa force hématosique supérieure l'unité qui en fait non plus le sang des divers organes malades et congestionnés, mais le sang de tel sujet fébricilant, et le sang de telle ou telle espèce de fièvre.

Et en effet, telle fièvre n'est pas, comme un organicisme

conséquent le professe, une addition d'états organo-pathologiques, et par conséquent, de circulations et d'hématoses morbides partielles ; c'est un organisme fébrile, dont l'unité ou le centre est représenté dans l'appareil circulatoire par le cœur, et le nombre ou les parties par l'action vasculaire de chaque organe.

Quand Tunilé d'une fièvre a été ainsi formée dans le cœur, elle va se résoudre de nouveau au moyen des artères en une multitude d'hématoses fébriles particuhères d'où résultent des congestions, des phlegmasies, des engouements, des hémorrhagies diverses, petites fièvres locales si communes dans les pyrexies. Ces congestions indépendantes jusqu'à un certain point de la circulation fébrile générale centrahsée dans le cœur, sont pourtant rehées par elle; et leur ensemble ainsi coordonné constitue l'organisme fébrile dont je parlais plus haut.

L'intensité de la fièvre donnée par la fréquence et le développement morbides du pouls, et l'intensité de la chaleur, mesurent en général assez bien le danger d'une fièvre. C'est la règle du pronostic. Or, sur quoi se fonderait-elle, si la fréquence du pouls n'exprimait qu'un mouvement plus rapide du sang? Si cette circulation plus rapide ne signifiait qu'un déplacement mécanique du liquide plus considérable dans un temps donné, si elle n'indiquait pas un trouble grave de l'hématose et une- altération correspondante du sang, et des échanges moléculaires plus actifs auxquels se lie la chaleur animale, comment entraînerait-elle un péril aussi sérieux ? Que ferait à elle seule cette rapidité de mouvement, si on pouvait la concevoir abstraite, c'est-à-dire séparée de sa raison d'être, le vice

2o6 CIRCULATION DU SANG.

de sanguificalion? Elle représente donc une altération aiguë plus ou moins grave de la sanguification inséparable du mouvement circulatoire, puisque sans elle la circulation n'aurait ni principe ni fin, et que ces deux faits, le mouvement cardiaco-vasculaire et la sanguification abstraits l'un de l'autre par les Écoles, ne font qu'un seul et même fait dans la nature.

Or, qui préside au mouvement circulatoire? de qui dépendent principalement les modifications de ce mouvement en plus ou en moins? Du cœur évidemment; donc aussi il préside à l'altération générale de l'hématose dans; f les fièvres. Et^oilà pourquoi la rapidité delà circulation,, indiquée par la fréquence relative du pouls, mesure engé-- ^ néralsibien la gravité d'une fièvre. L'hématose centrale^ ou l'unité de sanguification dont le cœur est l'organe, n'a» pas plus d'importance sans doute, que l'ensemble de toutes* P les circulations partielles représentées par les yaisseauxî capillaires de tous les organes, mais elle a une autre importance, une importance d'un ordre supérieur.

Aussi, quel que soit le nombre des fiè\res locales ou des? > congestions sanguines des organes dans une pyrexie, s'il! f n'y a pas une adynamie de l'appareil circulatoire qui em— t pêche la fièvre de se produire, ou si l'absence de ce grandi f symptôme n'est pas due à une ataxie plus funeste que la fiè^yre elle-même, le danger n'est jamais grand. Pourquoi»» donc le devient-il dès que la fièvre existe, et se trouve enii rapport d'intensité avec le nombre ou l'étendue des congés- tiens etdes phlegmasies? Encore un coup, parce que,danss ce cas, la fièvre indique l'altération de l'hématose centrale,, et que l'hématose centrale ou l'unité de sanguification est i

une fouctiou si émiuente et si essentielle, que, toutes choses éo-ales d'ailleurs, son altération présente un haut caractère de gravité. Cette fonction a, relativement à tout l'appareil vasculaire de l'économie qui lui est subordonné, l'importance de l'encéphale par rapport à l'ensemble des nerfs et des sens. Si l'espèce de la pyrexie est grave, et que l'altération de l'hématose centrale ou de l'unité de sanguification exprimée par la fièvre soit intense, ce fait seul augmentera beaucoup le danger, et on conçoit maintenant pourquoi. Qu'une affection du système nerveux occupe plusieurs points de ce système, le cas pourra n'être pas très grave, mais si le centre du système vient à sympathiser, si l'unité d'innervation s'altère, le danger devient aussitôt extrême. Or, le cœur est aux vaisseaux et à leurs expansions capillaires ce que l'encéphale est aux nerfs et à leurs expansions. Il n'y a pas plus de mouvement abstrait et de circulation mécanique dans l'un de ces systèmes que dans l'autre. L'unité de l'hématose et de la circulation accomphe par le cœur est une fonction aussi importante, aussi vitale, je veux dire aussi éminemment génératrice de propriétés nouvelles et supérieures que la fonction d'unité nerveuse dévolue au cerveau. Je prie le lecteur de se reporter à l'idée que j'ai donnée de ces deux centres d'unité organique, dans ma théorie de la syncope et de la colère.

§ XII

Preuves de la fonction hématosique centrale du cœur tirées de la

chlorose.

L'éréthisme de l'appareil circulatoire, une faiblesse ir-

ritable toute particulière de ce système, joueut uu grand rôle daus la chlorose. On comprend aisément pour quelle part capitale le cœur y entre.

Tout l'appareil circulatoire est frappé, dans cette mala- | die, de la même impuissance liématosique et du même état ; des pasme. Il n'est donc pas une artère, pas une veine, pas un vaisseau capillaire, pas un globule sanguin, une partie | quelconque du sang qui ne soient affectés de chlorose. Mais le cœur l'est d'une manière éminente et représentative. Il centralise la chlorose de l'appareil circulatoire, comme \ le cerveau celle du système nerveux, comme l'utérus et j l'estomac celle des appareils unis de la conservation de ! l'espèce et de l'individu. Le rapport de ces trois grands | systèmes organiques ainsi centralisés et affectés delà même manière, chacun dans sa vitalité spéciale, donne la chlorose complète.

Pour nous en tenir à l'appareil liématosique et circulatoire, aux vaisseaux et au cœur, d'où pense-t-on que viennent à ce dernier organe les troubles fonctionnels singuliers, et les modifications même anatomiques qu'il présente dans la chlorose? On dit que c'est à l'appauvrissement du sang. Et celui-ci d'où vient-il? Que la chlorose ne soit pas un affaibhssement primitif et essentiel de l'hématose et de ' la circulation, je l'accorde. Mais on m'accordera aussi que, quel que soit l'appareil primitivement affecté dans cette maladie, c'est à l'état chlorotique conçu par les vaisseaux et le cœur consécutivement à l'affection de l'appareil qui, est le point de départ de la chlorose, qu'est dû l'affaiblissement parlicuher de la sanguification qui caractérise celte maladie. En un mot, que l'altération spéciale d'hématose

et de circulation soit primitive ou secondaire, ce qu'il y a de positif, c'est qu'elle ne peut être due immédiatement qu'à la perversion des organes qui accomplissent cette fonction.

Le cœur elles vaisseaux affectés par la chlorose sont viciés dans leurs propriétés liématosiques et circulatoires. La chlorose, en tant qu'elle se manifeste par l'appareil de la sanguitication, n'est même pas autre chose que ce vice. Or, toutes choses égales d'ailleurs, le cœur joue dans cette sanguification affaiblie et déviée le même rôle général que dans l'hématose etla circulation normales. Cette modification chlorotique de sa fonction hématosique centrale se traduit par des symptômes qui sont à la maladie dont il s'agit ce que les divers phénomènes physiologiques de l'action du cœur sont à la santé, car la santé a ses symptômes comme la maladie.

L'éréthisme chlorotique du cœur ou son irritation spasmodique se manifeste par des battements émus et impatients. Les bruits sont clairs, secs, parcheminés^ comme on dit; quelquefois, au heu du timbre sourd et voilé de l'état normal, le premier bruit rend un son métalhque semblable au choc du marteau sur l'enclume. Si cette variété de bruits n'a pas heu à cause de l'énergie moins brusque et moins sèche des contractions, on entend, vers la base du cœur principalement, un bruit de souffle doux qui se prolonge dans les gros vaisseaux.

Ceux-ci offrent au cou une vibration spasmodique qui élève leurs bruits jusqu'à un son de flûte assez harmonieux. On les sent frémir et bourdonner sous le doigt comme une mouche emprisonnée. Ces vibrations sont encore

CIUCULATION DU SANG.

perçues à l'artère radiale. Tout le système vasculaire ressent ce spasme vibratoire ; la jeune fille en est importunée comme d'un bruit monotone qui lui mesure la souffrance. Les cavités du cœur sont dilatées, leurs parois amincies. Il y a une sorte d'anévrysme nerveux par suite d'un état mixte formé d'irritabilité et d'atonie. Qu'est-ce que cela signifie ? L'état du sang va nous le dire. 11 a perdu une notable proportion de son cruor, c'est-à-dire des globules qui lui donnent sa couleur rouge, qui forment la plus grande partie de ses matériaux solides et qui jouent un si grand rôle dans l'alimentation du système nerveux et de ses fonctions. La proportion de sérum et d'eau a augmenté comme les globules ont diminué.

Cette diminution des globules du sang qui le dépouille de sa viscosité^ cette augmentation d'eau qui accroît sa ténuité, ont paru à l'École pouvoir expliquer le mouvement vibratoire des vaisseaux et du cœur ainsi que les bruits anormaux inséparables de ces vibrations. De sorte que cette émotion et ce spasme de tout l'appareil circulatoire seraient tout simplement les effets mécaniques du frottement plus rude du sang contre les parois vasculaires, et de la vibration physique moins difficile des molécules du sang plus indépendantes et plus libres dans l'état de ténuité et de légèreté que dans Fétat de viscosité et d'épaississement. 11 n'y a qu'une chose qu'on ne se demande pas, c'est la cause de cette anémie globulaire, et de cet accroissement proportionnel de l'eau, du sérum. Ne la faisant pas venir d'un vice de la sauguification, d'une sorte de dyspepsie vasculaire ou de dyshématose chlorotique, il faut bien qu'on l'attribue à une

CLINIQUE DES MALADIES DU CŒUa. 261

(Ivspepsie proprement dite, à une faiblesse des premières voies. Voilà la chlorose devenue une dyspepsie (Beau). Mais rien ne ressemble moins à la première de ces maladies que la seconde.

On voit tous les jours une dyspepsie des premières voies ne point affecter les secondes voies ou le système vasculaire, et la sanguification se conserver intacte et riche. Réciproquement, on voit des dyspepsies gastriques à peine marquées s'accompagner d'une dyspepsie des secondes voies ou d'une anémie profonde. L'appareil hématosique et circulatoire peut tirer un grand parti d'un produit faible de la digestion des premières voies, et faire au contraire peu de sang ou un sang pauvre avec de copieux matériaux livrés par la digestion gastrique aux absorptions veineuse et lymphatique de l'intestin.

L'appareil circulatoire n'est donc point passif. Comment concevoir mécanique un appareil destiné à établir le rapport entre la nutrition et l'innervation? Le tempérament sanguin n'est point caractérisé par la prédominance d'action des fonctions digestives, mais par l'activité excessive et disproportionnée du système vasculaire sanguin. On mange peu et on sauguitîe beaucoup. D'oii vient cette inégalité? De celle qui existe chez quelques sujets entre l'activité digestive et l'activité circulatoire. Or comment en serait-il ainsi, si cette dernière fonction était purement motrice?

J'en conclus que dans la chlorose, le vice des fonctions digestives n'empêche pas celui des fonctions hématosiques et circulatoires; que cette maladie étant générale, les trois grands appareils de l'économie y participent dans un

ordre et des rapports déterminés qu'il n'est pas de mon objet de rechercher ici, et que, par conséquent, l'appareil circulatoire y est frappé idiopathiquement et pour sou compte de la manière la plus manifeste.

Chaque organe fait son sang : c'est une vérité à laquelle il faut que la physiologie s'habitue ; et les théories de la circulation ne tarderont pas à être réformées. Si chaque organe fait son sang, et si le sang de chaque organe diffère de quelque manière du sang d'un autre, chaque organe doit exercer une influence particulière et siii generis sur l'hématose et la circulation générales dont l'organe central est le cœur. Hé bien, l'utérus jouit à ce titre d'une influence considérable et toute particulière sur l'hématose et la circulation générale delà femme ; et à aucune époque de sa vie cette influence n'est aussi marquée ni aussi altérable qu'à la puberté, dont l'assiette plus ou moins réguhère décidera, chez la femme, sous ce rapport au moins, de la santé pour une période de trente ans.

L'utérus est un foyer très puissant d'hématose : si puissant, que lorsque cette hématose particulière est viciée ou s'étabht mal dès le début, la circulation et l'hématose générales éprouvent, avec plus ou moins de facihté, une altération sympathique qui produit dans cet appareil la dégénération et les troubles singuhers qui caractérisent la chlorose.

Un exemple de la rapidité avec laquelle ce résultat est quelquefois produit mettra en évidence l'influence morbide de la circulation utérine sur la circulation et l'hématose générales.

Une belle jeune fille de quatorze à quinze ans, fraîche

de teint, vigoureuse, bien développée, est réglée depuis quelques mois. A l'une de ses époques, en été, elle joue et court dans un parc avec une de ses compagnes. Échauffée, haletante, couverte de sueur, elle rencontre un bassin d'eau de source, et, pour se rafraîchir, y plonge jusqu'aux coudes ses deux bras nus.

Ses règles en pleine activité s'arrêtent. Colorée et sanguine la veille, elle me présentait le lendemain, sans aucun accident inflammatoire, l'ébauche évidente de tous les traits de la chlorose. Moins de huit jours après, le tableau était complet ; j'ai pallié vingt fois cette chlorose avec du fer, etc.. La jeune fille est devenue jeune femme, mais retombant dans la chlorose avec une facihté déplorable. Il lui suffit, quand elle a ses règles et qu'elle est dans un état de santé assez louable, il lui suffit de se fatiguer, de faire une course un peu longue, pour que le sang, coloré d'abord et d'une apparence passablement riche, se décolore aussitôt et que le lendemain elle recommence un accès de chlorose. Eu deux jours, comme la première fois, la pâleur particuhère s'étend sur la peau, les lèvres blanchissent, les palpitations de cœur, les bruits morbides des vaisseaux, la tristesse, les névralgies, la dyspnée se déroulent. Il y a toujours maintenant un certain degré de dysmétrie chez cette personne et tous les caractères d'un peu de métrite. La chlorose réfractaire finit presque constamment par être comphquée d'un état pareil ou de tout autre de ce genre, avec déplacement utérin plus ou moins prononcé.

On ne fera pas passer ici la chlorose par une faiblesse d'estomac, l'anémie par une apepsie, etc. On touche du doigt, daus ce fait, une action directe de l'hématose et delà

circulation utérines sur l'hématose et la circulation géué- i raies. Or si, dans toutes les chloroses, l'évidence d'un \ice primitif de la sanguitication est moins saisissante que dans le fait que je ^iens de rapporter, ce Vice primitif n'en est pas moins réel. Il ne peut exister deux théories vraies de la même maladie.

Or, quel est le centre de cette altération chlorotique de l'hématose, n'est-ce pas le cœur? Les symptômes que j'ai rappelés tout à l'heure affectant tout l'appareil circulatoire, mais portés à leur plus haut degré dans le cœur, ne signalent-ils pas une notable perversion de la fonction de cet organe ? Remarquons que la circulation générale ne peut jamais être affectée sans lui et sans qu'il y prenne ( la première et la principale part. Quand la circulation « utérine dévie sous l'influence de la dysmétrie chlorotique, I et que la circulation et l'hématose générales commencent à être affectées sympathiquement, elles ne le sont que i par suite d'une action réflexe dont le centre de couver- ( gence et de divergence est au cœur. C'est donc dans le I cœur que siège l'unité de cette altération singulière d'hé- 1 matose et de circulation qui spécifie la chlorose. C'est i au cœur que se consomme cette sanguitication morbide, ti

On commet, dans l'École, l'erreur de croire que les trou- t; bles tout particuliers du système nerveux chez les chloro- s tiques sont l'effet physiologique et tout accidentel de l'a- n némie. Mais l'anémie chlorotique elle-même, d'oii pro- ti vient-elle? Le système nerveux, comme les systèmes f, unis de la génération et de la nutrition, est frappé du fi même vice. C'est ce dernier qui paraît avoir l'initiative de j l'affection. Les systèmes nerveux et circulatoire sont aiîec-

CLINIQUE DES MALADIES DU COEUR. 2Bè>

tés par lui et en rapport avec lui. Chacun d'eux exprime cet état par des troubles particuliers en harmonie avec ceux des autres appareils; mais tous ont leur chlorose propre, et ils l'ont dans une proportion qui ne correspond pas toujours exactement à celle des autres. C'est bien la preuve qu'ils sont malades chacun en particuher et selon sa disposition propre. Sans doute, un appareil clilorolique peut exciter et excite le même mode d'affection dans un autre appareil, mais il ne l'y produit pas de toutes pièces; et, précisément, il ne l'y alimente que parce que tous les éléments de la maladie sont présents dans cet appareil. Ainsi l'hématose et la circulation chlorotiques, dont le centre et Tunité sont au cœur, se mettent en harmonie avec l'innervation pervertie de la chlorotique dont le centre et l'unité sont au cerveau.

Le sang chlorotique ne fait donc pas l'innervation chlorotique, mais, en harmonie pathologique avec elle^ il l'excite, l'alimente, et ramené à un état plus normal par certains modificateurs, le fer, par exemple, il y excite aussi le retour à des actions nerveuses plus régulières. Chaque vaisseau dont la force d'hématose répond à son importance hiérarchique dans l'appareil circulatoire en fait autant pour chaque nerf; la circulation parlicuhère d'un organe donné est dans les mêmes rapports avec l'action nerveuse de ce même organe, de sorte que la chlorose centralisée dans l'utérus et l'estomac réunis, puis dans rencéphale et dans le cœur, est partout oii se disséminent et vont finir par se fondre les éléments organiques de ces appareils centraux.

Voilà en quoi consiste l'unité de cette maladie.

200 CmCULATION DU SANG.

Ce n'est ui runilô nominale et purement ontologique des nosologues; ni l'addition, la juxtaposition sans viee et sans rapports de l'organo-pathologisme qui fonde lai science sur l'anatomie topographique; c'est une uniléé vivante calquée par l'évolution de la maladie d'après des»; lois qui sont celles de l'organogénésie. Qu'on observée donc comment naît et se développe la chlorose, et aussi i comment elle guérit : on yerra qu'elle le fait en suivant une méthode analogue à celle qu'observe la nature dans le développement embryonnaire des appareils ; c'est-à-, dire que les organes sont affectés et guérissent dans l'ordre et selon les rapports de leur formation primitive, qui" sont l'ordre et les rapports de leurs fonctions jusqu'à la mort.

11 ne s'agit donc pas de faire passer mécaniquement 1 chlorose par une fihère analogue à celle que traversent, les produits d'une machine à fabriquer de la farine ou de l'huile. D'abord, de cette manière, la chlorose ne serait pas une maladie ; ensuite, ce n'est pas plus ainsi que se développent les maladies que ce n'est ainsi que se développent leurs fonctions. Ily aévolution simultanée et sym-r. pathique, en même temps qu'évolution centrahsée et hié-* rarchique. Telle est la nature. Les théories qui font com^j mencer la chlorose dans une dyspepsie d'oii sortent de produits digestifs pauvres, d'oii sort un sang pauvre, d'oii sort un fluide nerveux pauvre, etc., etc., ces théories son" à côté, sont au-dessous de la nature, ainsi que tout ce quii procède de l'anatomie topographique et de la physiologie nécessairement mécanicienne qui en découle.

Qu'est-ce que je veux prouver? que l'appareil circula-

,)ire est non seulement moteur, mais formateur du sang, '[ que le cœur, organe central du mouvement circulatoire, est en même temps delà sanguification. Je cherche mes leuves dans la pathologie, et la chlorose m'en fournit ['excellentes. J'y prends le système circulatoire sur le fait le sanguification morbide. Or, si ïlippocrate a pu dire avec ("ri le : Qiiœ fadunt in sano actiones sanas, eodem in œgro ■lordosas, c'est à condition que, retournée, la proposition era toujours vraie, et qu'on pourra dire dans le cas qui

'occupe : si l'appareil circulatoire fait le sang des malaies, c'est qu'il fait le sang de la santé ; et si le cœur est le entre de l'hématose chlorotique, il est celui de l'héma-

se saine.

Quand on voit l'intensité des symptômes cardiaques chez

chlorotique, on doit être convaincu que cet organe joue n rôle capital dans l'hématose rétrograde singuhère qui st propre aux pâles couleurs. Il ne faut pas oubher que

s mouvements vasculaires ne sont pas abstraits, que ce ont des mouvements sanguificateurs. On comprendra lors que toute altération de mouvement indiquée par l'alération des vibrations sonores inséparables de ces mouve-

ents doit signifier et signifie, eu effet, altération d'hé-

atose et altération du sang. Je reviendrai amplement lus tard sur cette question des bruits du cœur, qui doient, dans mes principes, recevoir une exphcation nouelle. Pour le moment, je me borne à constater que ces

édifications morbides des mouvements et des bruits u cœur dans la chlorose sont des symptômes irrécusales d'une sanguification centrale morbide. L'état du sang

ue probablement un rôle important dans la production

des bruils anormaux, car celle liqueur vivante est affectéeJ de chlorose solidairement avec le cœur et vibre palliologiquement avec lui. C'est dans ce mouvement morbide central accusé par tant et de si énergiques symptômes, qu6i s'achève et consomme son unité, la sanguificatiou de k\ chlorose.

Il est des dysménorrhéiques très colorées qu'on appelé J des pseudo-chlorotiques. Leur sang conserve en effet untJll assez bonne proportion de globules. Elles présentent d'ail-i leurs tous les autres symptômes de la chlorose. Même étali morbide des fonctions utérine et gastrique, même étaii du système nerveux, mêmes névroses. L'appareil circula-ii toire seul a résisté jusqu'alors et ne s'est pas laissé envahii par la chlorose. Quelle preuve plus péremptoire que 1^ sanguification morbide qui caractérise cette maladie ap^ partient bien en propre à l'appareil circulatoire, puisA que chez quelques sujets la chlorose est incomplète^o et sans chlorose pour ainsi dire, ou sans pâles couleurs^t parce que cet appareil a résisté à la dégénération par-rin ticulière dont les autres symptômes organiques ont étéi^ju frappés? i\

Mais que, chez ces jeunes filles à chlorose floride ou im complète, une cause quelconque, une saignée, par exemple^ vienne affaibhr l'appareil de l'hématose et de la circula-«4 tion , et aussitôt la chlorose va se compléter et l'auémiei*! globulaire se produire spontanément et pathologiquement sous l'influence occasionnelle de la saignée. Or on peut être sûr que c'est l'hématose centrale ou cardiaque qui a ressenti principalement cette influence débilitante, et que«^ c'est la perversion consécutive de cette action centrale

ni a douiié le branle à la saDgaification clilorotique reirda taire.

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