‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 29 sur 39 · XV · texte numérisé non relu

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Qu'est-ce qu'une maladie organique en général et une maladie organique du cœur en particulier ?

Il convient de donner, sous peine de tout confondre, le nom de maladie organique, à l'ahératiou de la base même d'un organe. Cette base, c'est le germe. La substance véritable de tout organe, ce n'est pas ce qui lui vient des matériaux adventices de sa nutrition, c'est ce qui lui est fourni par la génération, c'est donc le germe lui-même.

Lorsque l'organisme est émancipé; lorsque cha,que organe est développé, leur germe ne disparaît pas : Il s'est développé avec eux, il en constitue toujours la base. C'est ce qu'on appelle Blas, Blastème, etc.. Voilà le principe vital sans ontologie. Ce n'est plus un être de raison, un mot comme dans le Vitalisme péripatéticien de Montpellier, C'est une chose aussi positive et aussi organique que

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le cœur ou le foie, que l'existence de la cellule hépaiique, de la fibre musculaire ou du tube nerveux.

Je ne veux pas m'engager dans la question de savoir si ce germe développé, ce blastème qui continue à remplir chez l'être émancipé les fonctions qu'il a remplies dès le premier instant de la vie embryonnaire et dans tout le cours de la ^ie intra-utérine ; je ne veux pas, dis-je, m'engager dans la question de savoir si cette base organique est formée par la cellule primitive persistante ou transformée, ou si on doit la placer dans le tissu cellulaire ou conjonctif qui relie, soutient, pénètre tous les organes et eu suit les éléments jusqu'à leurs dernières et plus intimes divisions. lime suffît d'être certain que cette base existe, qu'on la touche dans le germe et dans la substance primitive nommée blastème d'oii évoluent tous les organes chez l'embryon, d'oii ils continuent à évoluer toujours chez l'adulte et dans laquelle aussi, tous les néoplasmes prennent naissance.

C'est de là que je pars pour définir les maladies organiques selon l'esprit du yitahsme positif, et pour dire, que le caractère général de ces maladies est d'avoir leur origine dans une altération du blastème d'un organe, ou de ce que cet organe tient de son germe, de sa constitution pri- .mitive et héréditaire. Voilà pourquoi les maladies organiques sont toujours l'expression d'une diathèse plus ou moins appréciable, caria diathèse est précisément une affection du germe ou du blastème. Son caractère est, en effet, d'être toujours chronique ou personnelle, hérédiditaire, et par conséquent, jamais épidémique; de pouvoir se manifester partout et de toutes les manières nos-

sibles'saDs perdre, au milieu de celte innombrable variété de formes, de symptômes et de sièges, sa nature ou son^ unité. Comment eu serait-il autrement, puisque le blas est toujours lui-même au milieu de Tinfinie dilTérence des éléments organiques et des tissus qui sont nés de lui et dont il continue jusqu'à la mort, à être la matrice toujours féconde?

Une maladie organique du cœur est donc une maladie particulière du blastème de cet organe. Son caractère est d'entraîner nécessairement une altération de la nutrition du cœur, ou une perversion de l'évolution continue des fibres musculaires toutes spéciales dont le centre circulatoire est composé. Or, la fonction du cœur est de présider à l'hématose centrale ou à l'unité d'hématose. Mais le sang cardiaque est né avec le cœur; ils sont sortis ensemble du même blastème. Quand donc le cœur est organiquement altéré, le sang cardiaque, produit dont la vie supérieure tient sous sa dépendance l'hématose de tous ' les vaisseaux capillaires de la grande et de la petite circulation, le sang cardiaque, dis-je, et, par lui, le sang de toutes les parties, subit aussi une altération organique.

Cette donnée de la physiologie générale sera confirmée par la pathologie.

Je viens de prononcer le mot d'altération organique du sang. Qu'est-ce que cela signifie?

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§ XVI

11 y a des maladies organiques du sang.

Cela veut dire que le sang lui-même a sa base organique *ou son blastème, et qu'il peut être altéré dans cette partie fondamentale de son organisation. Or, toutes les fois qu'il l'est de cette manière dans une maladie du cœur, cela prouve que cette maladie est organique, qu'elle affecte la constitution du cœur ou le blastème propre de cet organe. Le cœur ne peut pas être altéré organiquement sans que tôt ou tard le sang ne participe à cette altération, sans qu'il finisse par contracter lui-même une dégénération organique. La cachexie séreuse et l'hydropisie sont la marque la plus certaine de cette affection organique du sang. C'est dans le latex, ou lïquor sanguinis que réside le blastème c'est-à-dire la partie fondamentale du sang. C'est elle aussi dont l'affaiblissement qui se traduit par la désalbuminisation, donne naissance aux infiltrations séreuses et aux hydropisies.

Dans les fièvres, les hémorrhagies, les plilegmasies, le sang est quelquefois gravement altéré, mais jamais organiquement, jamais dans son blastème. Ce n'est pas que les maladies organiques du cœur soient les seules dans lesquelles le sang subisse une altération organique. Toutes les maladies qui portent justement ce nom, sont marquées par une de ces lésions profondes du sang qui s'appellent organiques. Ainsi, le tubercule, le cancer, la cirrhose, la maladie de Bright, altèrent le sang organiquement. Mais il

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y a une grande et importante différence entre la manière dont elles produisent cette altération et celle selon laquelle t les maladies organiques du cœur conduisent au môme ré- : sultat. L'observation de cette différence mène directement à la vraie doctrine des maladies organiques du cœur.

Je l'ai déjà dit, le sang n'est pas du premier coup tout ce qu'il doit être. Il y a une échelle de la sanguification, il y a un mouvement progressif ou ascendant d'hématose : c'est la circulation. L'hématose forme un cercle comme l'innervation ; mais ce n'est pas un cercle mathématique, c'est un cercle organisé et par conséquent hiérarchique. Le sang s'élève en organisation et en richesse, progressant à travers des centres de perfectionnement. Il en sort pourvu d'éléments organiques nouveaux, animé de propriétés vitales dont chacune suppose et représente toutes celles qui la précèdent. C'est une métamorphose continue mais non uniforme. Ce cercle vivant et générateur du sang est composé de puissances d'hématose diverses et graduées. Elles sont disposées tantôt en ganglions, tantôt en lacis vasculaires, tantôt en troncs ou ampoules, cœurs secondaires dans lesquels le sang est engendré à une force et à une unité de plus en plus grandes.

Un dernier centre, organe suprême de l'unité circulatoire, a pour fonction de porter l'hématose à sa plus haute puissance en imprimant au sang l'unité qu'il ne peut tenir que d'une propriété supérieure capable de résumer en elle toutes les propriétés hiérarchiquement acquises dans le cycle progressif de la sanguification. Quoi de plus contraire que ce cercle organisé à l'idée d'une circulation mécanir • que? Ici, chaque partie du cercle jouit à l'infmi d'un mou- •

veraent générateur spontané, chaque partie tire d'elle seule sa force première, et ce n'est qu'en vertu de cette force essentielle qu'elle est capable d'être excitée par les forces circulatoires hiérarchiquement supérieures. Celles-ci, en effet, ne créent pas les organes circulatoires et les propriétés hématosiques inférieures, elles ne font que les animer d'une vie plus éminente ou les centraliser. Rien de passif, rien d'inerte, rien de mécanique ne peut trouver place dans un pareil système sans le troubler, parties solides, parties liquides, tout vit, tout est animé, tout se meut dans une transformation hiérarchiquement continue.

Telle est la circulation. C'est l'hématose des animaux supérieurs. Elle a son infinie variété dans l'immense réseau des vaisseaux capillaires et au cœur son centre et son unité. On accorde des propriétés hématosiques aux terminaisons vivantes de ce centre, on ne les refuse qu'à lui. Il préside à la circulation et à l'hématose de ses expansions organiques, mais suivant l'École il ne possède à aucun degré les propriétés qu'il concentre, qu'il coordonne et qu'il doit par conséquent réunir en lui au plus haut degré. Toute l'École et Bichat lui-même en font le centre mécanique d'un cercle dont les rayons inertes se terminent à nue circonférence qui jouit pourtant de toutes les propriétés de la vie. Celle-ci est partout, excepté au centre. Là oii elle existe à sa plus haute puissance, c'est de là qu'on l'a retirée. Un organe vit-il, qui n'est pourvu que d'un mouvement mécanique, qui n'est capable que de va et vient, que de plus €t de moins, que d'hypersystolie ou d'asystohe, comme dit l'École? Et depuis quand y a-t-il vie sans conception, sans génération, sans évolution, en un mot, sans formation

CIRCULATION DU SANG, de propriétés nouvelles? depuis quand dans le centre d'uu appareil ne possède-t-il pas à la plus haute puissance, d'une manière éminente et représentative toutes les propriétés des parties organiques qui lui sont subordonnées?

Il résulte de ce court résumé de mes démonstrations antérieures, que le sang a des propriétés Mastiques ou communes qui sont à son évolution et à sa vie ce que le blastème ou le tissu nourricier général est à tous les organes qui y ont pris naissance et qui continuent à s'y nourrir par une incessante génération. Le sang a donc des éléments supérieurs et des propriétés spéciales qui évoluent incessamment de ce blastème ou liquor sanguinis. Il résulte aussi, que dans l'échelle de Thématose^ ou dans l'anatomie comparée du sang, le blastème de la chair coulante occupe les degrés inférieurs de l'appareil circulatoire qui sont en rapport immédiat avec l'organe de la nutrition, ou avec le blastème organisé et la cellule primitive. Il en résulte aussi, que c'est au fur et à mesure que l'appareil de l'hématose s'enrichit de centres hiérarchisés, que le sang acquiert les principes plus éminents qui le rendent propre à engendrer dans les appareils spéciaux et dans les centres de vie, les actions spéciales et les fonctions supérieures de l'animahté. Telle est la fonction qui s'accomplit depuis les capillaires généraux et spéciaux de tout l'organisme, jusqu'au ventricule gauche du cœur inclusivement.

Il devient possible, maintenant, de répondre à la question capitale posée au commencement de ce chapitre. Quelle est la différence qui existe entre la production des altérations organiques du sang, ou des hydropisies par les maladies telles que le tubercule, le cancer, la phthisie al-

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biimiiiui'ique des reins, etc.. et la protlucliou des mêmes altérations par les maladies organiques du cœur?

Le tubercule et le cancer sont des maladies primitives de la nutrition. Par elles le blastème du sang, la base de ce liquide organisé est primitivement altérée. C'est donc primitivement que le liquor sanguinis est atteint dans ces \ maladies. L'altération y débute par les éléments blastiques ou fondamentaux; le sang y est altéré de bas en haut, si je peux ainsi dire, ou delà circonférence au centre; et l'appauvrissement de ses éléments supérieurs est consécutif à l'affection organique de son blastème.

Au contraire, dans les aftections organiques du cœur, l'altération du blastème du sang est consécutive à la maladie des éléments supérieurs et des propriétés centrales de ce liquide organisé. Ici, Taltération se fait de haut en bas, c'est-à-dire, des propriétés hémasiques centrales vers les propriétés terminales ou périphériques de l'appareil circulatoire. C'est le contraire du procédé suivant lequel nous avons vu que se produit l'altération organique du sang dans les maladies incurables de la nutrition, telles que le cancer, le tubercule, etc.. On me comprendrait parfaitement si je faisais cette distinction dans Tordre des paralysies, et si je divisais ces affections en centrales et en périphériques. Elle n'a pourtant pas plus de raison dans le système nerveux que dans le système circulatoire. Si on voulait presser rigoureusement les théories que l'École enseigne sur l'action nerveuse, on les trouverait aussi mécaniques au fond, que celles qu'elle donne de la circulation. Mais il s'agit de preuves directes, et la maladie en fait tous les jours, à défaut de vivisections. La différence que

je viens de révéler, est digue d'attention. Je la tiens pour :• exacte, pour nécessaire môme, à moins que la cachexie hydropique qui caractérise les maladies organiques du i cœur, et en fait la gravité principale, ne soit l'effet mécanique de certains vices mécaniques aussi qui, suivant l'Ë-cole, constituent ces graves maladies. Or, il va être prouvé * que cette hypothèse cartésienne, qui a pu avoir, il y ai deux siècles, son utiUté relative, ne tient pas plus devant t la clinique que devant la physiologie et qu'elle enraye • maintenant la science.

Je ne crains pas de dire qu'aucun de ceux qui depuis » Corvisart jusqu'à ce jour, ont donné une exphcation méca- nique des symptômes des maladies organiques du cœur* et surtout de la cachexie séreuse qui les accompagne, . n'y a réfléchi avec une véritable indépendance de lai pensée.

L'École de Paris si ennemie des hypothèses, si attachées à l'expérience, ignore qu'elle est asservie au mécanicisme • à un degré qui rétrécit et fausse toutes ses observations. . Quand je dis qu'elle l'ignore, je veux dire qu'elle n'en ai pas la conscience scientifique et qu'elle subit cette hypo- • thèse passivement et sans l'avoir jamais examinée. Le mécanicisme s'impose à elle comme l'anatomie topographique • qui est toujours la base de sa physiologie et de sa médecine. On ne peut pas plus séparer ces choses qu'on ne ■ peut concevoir séparément levitalisme et l'organogénésie.

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