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L'hypertrophie du cœur, ses vices de quantité ne sont rien. Les dégénérations intimes de sa substance et de ses éléments sont tout.
Que signifie donc l'ontologie anatomique lavec laquelle on bouche l'esprit des élèves? On abstrait du cœur profondément altéré dans ses propriétés les plus vitales certains vices de formes qu'on sépare de leur cause et de leurs rapports naturels. Ainsi abstraits, ils semblent ne constituer en effet que des vices de quantité ou des vices mécaniques. Alors, on les érige en entités morbides. On déracine donc les symptômes de l'affection qui par une continue génération les produit et se manifeste par eux sans cesse. Détachés delà substance animée d'où ils évoluent continuellement, ils tombent d'eux-mêmes dans le domaine des explications physiques. Telle est l'inévitable conséquence de l'anatomie normale du fait accompM ou pathologique ; un mécanicisme complété par l'animisme.
Il faut bien un principe de mouvement à une machine inerte par elle-même. Or, comme on a séparé ce principe de la matière ou de la quantité, on le lui ajoute : on le fait agir extérieurement comme un poids, un ressort ou un fluide élastique, etc., et la physiologie est supprimée. Il n'est plus nécessaire de voir ce que fait la nature. Contrefaite dans des expériences grossières, on lui impose les procédés usités dans les arts et l'industrie. Hé bien, le cadavre lui-même proteste contre ces puérihtés scientifiques Il ne nous montre pas seulement des vices de construction
OU de couformalion, mais Taltéralioii intime des éléments histologiques du cœur. Et d'ailleurs, d'oii tiendraient ces \ices de conformation ? Il est bien évident qu'ils ne peuvent venir que d'une nutrition altérée. Car, qui construit, qui forme le cœur? Et, en effet, ces vices de construction ne sont pas inertes et inorganiques ; ils sont vivants ; vivants parce qu'ils sont constamment engendrés par la force plastique ou le blastème du cœur déviés, c'est-àdire par une nutrition morbide de cet organe. Si le cadavre présente un cœur dégradé, la maladie présentait un cœur se dégradant toujours. Ce qui est fait sur le cadavre n'est que la trace de ce qui se faisait chez le malade. Là, rien n'est fait, tout se fait continûment. Dans le cadavre, le fait est accompli, il n'en reste que les marques. Dans la maladie, le fait s'accomplit incessamment; elle n'est même pas autre chose que cette dégradation animée : vivante dégénération qui irait jusqu'à la disparition de la substance propre du cœur si le sujet pouvait vivre passé un certain degré d'altération.
ij Animez donc ce cœur de cadavre : le microscope, instrument du vitahsme, vous donne tout arrangés la matière et le canevas de la vie saine et de la vie morbide. Il vous montre, non seulement la circulation centrale aUérée dans l'altération de la mécanique vivante du cœur, mais il vous fait voir aussi sa chimie vivante altérée, la circulation propre du viscère, ses vaisseaux à lui, son système capillaire dans le désordre, ne fournissant plus qu'un plasma morbide et des exsudais dégénérés, tendant à remplacer la fibre striée du cœur par un produit de nutrition rétrograde, la graisse. La dégénération va même quelquefois jusqu'à
faire disparaître tout le contenu du myolemme , gaîne celluleuse qui enveloppe ce contenu, en l'engendrant et le produisant sans cesse, ou de laquelle évoluent un certain nombre de fibrilles dont l'ensemble forme ce qu'on appelle une fibre musculaire.
Nos physiologistes disent que le myolemme soutient la fibre musculaire. A leurs yeux, il la renferme et la soutient comme le fourreau renferme et soutient l'épée. Nous pensons, vitalistes, qu'il la soutient comme le pain et le vin soutiennent l'estomac, comme la cellule et le sang soutiennent le nerf. Comment les théories mécaniques tiendraientelles devant lajcontemplation de cette spontanéité vitale surprise en flagrant délit? Comment les mouvements du cœur seraient-ils sains et réguhers avec une fibre malade ? Remarquons que ces mouvements, expansion et contraction, sont engendrés ou produits par intussusception comme la fibre du cœur elle-même et avec elle. C'est une conséquence du principe de l'activité delà matière dans des <îorps organisés. Le premier mouvement du cœur est contemporain des premiers hnéaments organiques de son épanouissement au sein du blastème. L'action du cœur évolue donc de son blastème comme la fibre musculaire elle-même. Or, celle-ci étant altérée, comment son action, son produit, si je peux ainsi dire, le sang, ne le seraient-ils pas? De plus, si une profonde et universelle dégénération du sang, la cachexie et les infiltrations séreuses sont un des symptômes les plus graves et les plus constants des maladies organiques du cœur; si le sang est organiquement ou fondamentalement malade dans ces affections, comment douter que cette altération mortelle ne soit due à la dégrada-
tion profonde de la ne cardiaque, et que le cœur ne soit pas l'crgaue central de la sanguification ?
Je ne m'occupe pas encore de la question de savoir si le cœur exerce cette fonction en imprimant au sang dans ses cavités elles-mêmes l'unité organique que tout le monde lui accorde, et qu'aucun des autres appareils qui concourent à la sanguification n'est capable de lui imprimer, et si par conséquent, l'altération si profonde du sang dans les maladies du cœur tient à l'affaiblissement incurable de cette action sanguificatrice centrale, ou bien si elle tient à la perte de l'influx coordonnateur par lequel le cœur anime, relie, unit toutes les circulations partielles qui font le sang de chaque organe et dont l'ensemble ainsi coordonné forme la circulation générale. J'examinerai plus tard cette question, et je montrerai que ces deux modes d'action sont inséparables et ne se conçoivent pas l'un sans l'autre.
Quoi qu'il en soit, je constate quel'anatomie morbide du cœur faite dans l'esprit du vitalisme ou de l'organo-génésie, fournit une base inattendue à ma critique^ en démontrant que tous les vices de construction qui semblent prêter un appui aux théories hydrauhciennes de la circulation et des maladies de son organe central, sont l'effet de vices de la nutrition ou d'une organo-génésie pathologique, et que c'est dans ces altérations animées que consiste essentiellement la maladie. Il est certain dès lors, que les vices de quantité et grandeur dont il s'agit et sur lesquels on a fondé la théorie mécanique des maladies du cœur, tels que rétrécissement ou insuffisance d'orifice, dilatation de cavités, épaississement de parois, etc., prennent une tout autre signification. Ce sont des rétrécissements et des insuffi-
sances animés, des dilatations et des épaississements toujours naissants, se formant toujours sous l'influence d'une irritation qui pénètre à l'infini et intimement chacune des cellules, chacune des fibrilles musculaires et nerveuses dont se compose le tissu si vivant du cœur; qui altère, transforme, détruit ces éléments et tend à les remplacer par des éléments morbides incapables de cette énergie vive et saine nécessaire au cœur pour consommer l'unité de sanguification.
Il en résulte, que partant de l'altération du blaslème cardiaque pour concevoir ces lésions, on est conduit à ne pas trouver plus mécaniques les troubles morbides de la circulation centrale, qu'on ne peut concevoir mécaniquement l'embryologie du cœur. Cette analyse nous ramène donc encore à notre double base physiologique et médicale : 1° expliquer par un même principe la formation des organes et leurs fonctions une fois qu'ils sont formés; 2° expliquer par un même principe la formation des maladies et leurs symptômes une fois qu'elles sont formées.
On peut voir maintenant sur quelles erreurs on a vécu depuis soixante ans relativement à l'hypertrophie du cœur et aux congestions sanguines et séreuses qui en sont les effets. Est-elle une maladie? Non, car d'après l'École, elle serait même un remède. La maladie, c'est le rétrécissement, l'hypertrophie, je le répèle d'après l'École, c'est le remède. Remarquons en passant, qu'un rétrécissement n'est pas plus une maladie qu'une hypertrophie un remède. S'il n'y avait que rétrécissement, il n'y aurait pas maladie, et alors l'hypertrophie physiologique pourrait être un remède à ce vice de conformation. Dans ce cas,
l'hypertrophie ne serait pas morbide, mais saioe, et le rétrécissement ne serait qu'un manque de proportion ou un défaut de quantité, ce qui peut être une infirmité, un y'icG, mais ce qui n'est pas une maladie. On trouve un exemple de ce genre dans certaines hypertrophies saines congénitales qui correspondent à de certains rétrécissements également sains et congénitaux. Et encore, il ne faut pas s'y trop confier; ces déviations embryonnaires de la force plastique qui font les vices de conformation sont elles-mêmes des maladies de l'âge fœtal ; elles laissent dans les viscères anormalement conformés quelque chose de la faiblesse morbide originelle en vertu de laquelle ils existent. Les fonctions s'en trouvent toujours grevées d'un état qui est comme intermédiaire entre la santé et la maladie. Il en résulte une imminence morbide qui peut se réaliser de nouveau ou repasser à la maladie sous l'influence des causes excitantes les plus diverses.
L'anatomie pathologique a des ressources infinies. C'est en elle qu'on trouve tous les faits nécessaires pour renverser le système si médiocre qu'on a- fondé sur elle.
On rencontre à l'autopsie des vieillards morts des maladies les plus diverses et sans que pendant leur vie on ait? pu les soupçonner affectés de maladie du cœur, d'énormeslésions dont l'organisme s'est parfaitement accommodé et qui ne se sont révélées par aucun symptôme. Ainsi, des rétrécissements d'orifices produits par des ostéides séniles, sans hypertrophie, sans anévrisme, sans dyspnée, sans palpitations, sans la moindre cachexie séreuse. Tout au plus, et non toujours encore, quelques irrégularités du pouls.
Il est évident par là que les vices de forme et de quan-
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tité, les défauts de proportions entre les organes ou entre les parties d'un même organe ne sont pas des maladies. Et pourtant, sil'École s'entendait elle-même, les maladies ne devraient pas être autre chose.
Dans ces disproportions purement mécaniques, l'instinct organique suffit pour développer des compensations réparatrices et maintenir les actions dans l'ordre physiologique. On ne voit jamais se manifester alors celte vitalité malfaisante où finit la santé, où commence la maladie, et qui semble greffée sur la vie saine et la dévorer; ces évolutions malsaines et douloureuses, ce parasitisme funeste qui donne les cachexies, quand c'est l'élément nutritif des organes qui est spécialement et primitivement affecté; les névroses, quand c'est le système nerveux; leshémorrhagies, les congestions, les fièvres, quand c'est le système circulatoire, car telles sont les trois grandes classes de maladies dont la combinaison dans des proportions infiniment variées forme la nosologie.
Qu'est-ce qui fait donc qu'une disproportion entre les parties du cœur, soit entre l'épaisseur des parois de ses cavités, soit entre la capacité de celles-ci; qu'est-ce qui fait qu'un rétrécissement d'orifice, une insuffisance de valvules, etc., constituent une maladie de l'organe? C'est l'altération de la force plastique du cœur par laquelle sont constamment engendrés ces vices prétendument mécaniques. Or, existe-t-il au monde quelque chose de plus antimécanique que ce qui est engendré à tous les instants et produit par une évolution spontanément continue ? L'École appelle donc lésion mécanique une affection du cœur qui repose essentiellement sur un vice d'évolution enra-
ciné dans le blas de cet organe, et qui constitue, par conséquent, une maladie au premier chef, altération de l'instinct formateur, laquelle préside toujours aux symptômes et les engendre continûment comme dans l'état sain, la force vitale saine engendre et évolue incessamment les actions circulatoires et hématosiques saines de ce viscère 4 Cela est si vrai^ que si au milieu d'une maladie organique du cœur qui aurait déjà produit ce qu'on appelle des lé- j sions mécaniques, l'altération vivante du blas cardiaque s'arrêtait, on verrait les troubles désormais extérieurs pro- ! duits par le vice mécanique accompli être peu à peu compensés au moyen des efforts sains de l'instinct organique ; \ et la maladie du cœur serait guérie. j
J'en conclus que les symptômes des maladies organiques du cœur ne sont pas plus mécaniques que la formation ' de ces maladies ou que ces maladies elles-mêmes ; et que , les actions saines de ce viscère et de la circulation n'ont • également rien de plus mécanique que son embryologie. De ' même en effet, que si l'évolution continue du cœur ou de sa nutrition s'arrêtait chez un adulte sain, les contractions . saines et toutes les fonctions de l'organe s'arrêteraient I aussi ; de même, si l'évolution morbide du cœur qui constitue les anévrismes de cet organe s'arrêtait, les symptômes I locaux et généraux de cette maladie seraient aussi bientôt suspendus et peu à peu remplacés par des actions normales, quelque pussent être les vices de conformation accomplis et désormais purement mécaniques du viscère lésé.
Je montrerai bientôt que les bruits sains et morbides du cœur sont évolués, produits par génération aussi bien que ses mouvements, et que, loin d'être des signes physi-
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lies physiquement produits ils sont, par conséquent, des \ mptômes au même titre que les contractions morbides u les spasmes.
Ce qui me reste à faire comprendre maintenant, c'est lie les altérations cadavériques éloignées qu'on rencontre ans les maladies du cœur, ne sont pas produites d'une lanière plus mécanique que les désordres immédiats et )caux. Je ferai plus tard pour les lésions animées ou les V mptômes, ce que je fais actuellement pour leurs traces ostliumes.