‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 5 sur 39 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'idée de circulation est corrélative à celle de respiration : c'est la môme fonction. La suspension de l'un des termes de cette fonction supprime nécessairement et immédiatement l'autre. On sait que la respiration n'a dans la poitrine que son centre, comme la circulation, et que ses éléments sont partout oîi il y a un vaisseau capillaire. Là, en effet, la respiration s'achève dans la transformation du sang artériel, de même qu'elle avait commencé dans le poumon par la transformation du sang veineux en sang artériel.

Dè5 que le plasma, ou la trame organique, a cessé d'exercer sur le sang l'attraction centrifuge qui correspond au mouvement expirateur et à la contraction des cavités du cœur, l'air inspiré commence à exercer sur le sang devenu veineux l'attraction centripète qui répond au mouvement inspirateur du centre respiratoire et à la dilatation des cavités du cœur. Ainsi se consomme la fonction circulatoire, aussi intimement liée à celle de l'imprégnation aérique du sang que la nutrition à la digestion.

Comme la respiration, la circulation a donc besoin d'un centre dans les animaux supérieurs chez qui le travail

physiologique, étant divisé et hiérarchisé, doit posséder une grande unité organique. Lorsque l'animal est homogène, sa digestion se confond avec sa nutrition, et sa respiration avec sa circulation élémentaire. Celle-ci est réduite alors à une oscillation. Or, quels sont le sens et la fonction de ce dernier mouvement? C'est, je l'ai déjà dit, la circulation ramenée à sa plus simple expression.

Au fond, chez les animaux inférieurs et chez l'homme, cette fonction est identique. Mais chez les premiers elle est toute diffuse et tout élémentaire, tandis que chez l'homme elle est en même temps centrahsée parallèlement à la centralisation des appareils digestif et nerveux, et indivisiblement avec la centralisation de l'appareil respiratoire.

Quand le sang ne va pas chercher l'air, l'air va chercher le sang, a dit Cuvier. Même chez certains animaux qui vivent dans l'eau, une quantité déterminée de ce liquide est avalée, circule dans des vaisseaux particuhers et charrie ainsi jusqu'au iateœ l'ahment respiratoire, le Igaz vivifiant que l'eau renferme.

Dans ces cas de respiration non centralisée, le hquide i nourricier prélude à la circulation par l'oscillation. Or, (l'oscillation c'est la circulation élémentaire, la circulation I non centrahsée et avant l'apparition des deux ordres de vaisseaux, veines et artères dans l'échelle animale et l'évolution embryonnaire. N'étant point encore pourvu d'un centre respiratoire, l'animal n'a que faire d'un organe central de circulation. L'absence de ce centre entraîne celle des deux ordres de vaisseaux à courants inverses.

La circulation est dès lors réduite à l'oscillation. Mais

celle-ci est nécessaire comme l'expression la plus simple de la vie du sang et du besoin respiratoire de l'animal, car le sang ne peut exister sans mouvement, et la circulation est un des trois éléments essentiels de toute action vitale. Si, à ce degré de la série, le sang ne circule pas encore dans la force du terme, il faut au moins, de toute nécessité, qu'il oscille et obéisse à sa double attraction. Il y a déjà dans ce mouvement de quoi manifester la spontanéité, et distinguer le mouvement organique du mouvement inorganique ou inerte. Celui-ci se fait toujours en droite ligné, et il y persiste indéfiniment si une masse plus forte ne l'attire dans une autre direction. Le mouvement organique, au contraire, est toujours double, et il a en lui le principe de ce mouvement alternatif. Même, il ne peut être spontané sans cela; sa tendance essentielle, son instinct, sa propriété la plus simple est l'expansion qui suppose la contraction, et la contraclion qu'on ne conçoit pas sans l'expansion.

S'épanouir et se resserrer, se contracter et se dilater, sont aussi inséparables de toute matière organisée et vii/ante, que graviter lest de toute particule de matière inerte.

C'est en vertu de cette propriété fondamentale et innée, que le sang sollicité d'un côté par le plasma, de l'autre par l'oxygène, oscille, et trouve dans ces deux points d'attraction la détermination et la direction de son mouvement primitif et spontané.

On ne saurait donc trop le répéter : la circulation a ses causes premières dans le mouvement organique instinctif du sang, dans l'attraction exercée sur lui, et dans la direc-

tion en sens inverse qui lui est donnée par l'air et ie plasma. Ce sont comme les deux pôles de son activité. Quelle autre cause lui trouver dans les végétaux dont la sève ascendante et qui va respirer dans les feuilles, et la sève descendante et qui va absorber l'aliment plastique par les racines, représentent exactement la circulation des animaux ? Ces mouvements existent indépendants de l'action contractile et extérieure de toute paroi, de toute cavité, de tout vaisseau. Pourtant cette action joue un grand rôle dans la circulation des animaux supérieurs. Voyons en quoi elle consiste.

Il est une loi constante en anatomie comparée comme en embr^^ologie, la voici :

Ce qu'un appareil a une fois acquis dans la série animale et dans le développement embryonnaire, il ne le perd plus. Or, ces propriétés primitives forment la base organique et, si je peux ainsi dire, la racine de celles qui s'y ajouteront ultérieurement ; elles en sont le principe et la raison d'être. Cette loi ne souffre pas d'exception.

Il eu résulte ceci pour l'appareil circulatoire, c'est qu'alors même que le sang est pourvu d'organes de propulsion, ces organes, cœur et vaisseaux, quelque puissants qu'ils soient, ne sont pas les agents primitifs et uniques du mouvement du sang. Ils ne sont que des appareils auxiliaires dont le rôle consiste à imprimer au fluide nourricier l'unité d'action circulatoire et de sanguification, ainsi que la régularité de distribution nécessaire chez les animaux supérieurs pourvus d'autant de circulations partielles qu'ils ont d'organes. Le cœur représente donc

chez ces animaux l'unité de circulation et de sanguification, comme les vaisseaux capillaires en représentent la variété. C'est du rapport parfait de ces deux termes inséparables que résulte la fonction.

La circulation a d'autant plus d'énergie, de régularité et d'unité que l'animal est lui-même plus énergique, plus vif, et doué de plus de précision et d'unité dans la variété de ses autres fonctions. Toutes ces qualités sont solidaires. La nature dans son .œuvre comparée parle avec évidence sur ce point.

En prenant plus de richesse organique et de force. Je sang prend, si je peux ainsi dire, plus de mouvement, car ces propriétés sont toujours corrélatives en lui.

Mais plus il est riche, c'est-à-dire plus il représente d'éléments organiques, de tissus, de propriétés vitales, de fonctions, en un mot, plus il a de variété de composition, plus aussi il a besoin d'unité. La puissance de celle-ci est toujours en raison directe de la multipHcité des éléments.

Eh bien, il est merveilleux de voir avec quel ensemble toutes ces propriétés, la richesse, l'unité et l'énergie du mouvement, progressent et se correspondent dans l'évolution embryonnaire et dans la série animale.

Les vaisseaux, même les vaisseaux moyens, artères et veines, sont

sanguificateurs.

Veut-on d'abord avoir la preuve de la propriété indivisiblement motrice et sanguificatrice des vaisseaux ? On la trouve dans ces animaux chez qui l'estomac représente

;out à la fois le centre de la digestion et de la circulaion et oîi le tube digestif sert tout à la fois de veines et l'intestins. L'estomac se contracte comme un cœur sur e liquide nourricier, chyle et sang tout à la fois, qu'il Uabore, et l'intestin se ramifiant dans tout le corps de 'animal y transporte ce liquide à la manière d'un système rasculaire. Aussi a-t-on désigné cette fusion des deux appa- •eilsetdes deux fonctions sous le nom à.Q phlébeîitérisme.

Mais dès que le travail physiologique se divise chez 'animal et que les divers appareils de ce travail commen- ;ent à se hiérarchiser et à se centrahser, on voit le sysème circulatoire, on voit le sang devenu plus riche et plus jomposé se réunir en colonnes hmitées par des parois ;ontractiles qu'il excite à le mouvoir avec plus d'énergie, ît manifester ainsi sa vie et sa richesse plus grande par m mouvement plus rapide et une plus grande unité.

Cette unité est indiquée par la concentration de plus en jIus distincte du sang dans un système de vaisseaux clos lartout, également contractiles d'abord, puis renforcés par les fibres musculaires sur des points plus ou moins nombreux de leurs trajets, bulbes, rudiments des cœurs muliples que les poissons présenteront plus tard, et au moyeu esquels la nature prélude à l'unité parfaite de circulation eprésentée par un cœur unique. Les insectes, les crustaés ont de ces cœurs jusque dans la queue et les pattes, • artout où le cours du sang ralenti a besoin d'une impulion nouvelle. Et comme pour rendre évidente cette vérité ue les forces élémentaires de la circulation ont leur siège ans un mouvement instinctif du sang déterminé dans es directions spéciales par la double attraction du plasma •

^ CmcULATION DU SANG.

et de l'oxygène, de l'aliment plastique et de l'aliment raspiraloire, on dirait que la nature a voulu faire elle-même des expériences décisives et poser devant les vivisecteurs pour leur apprendre l'art d'expérimenter en physiologie. Chez certains animaux, le sang, arrivé aux tissus par des vaisseaux centripètes qui fonctionnent commedes artères, s'extravase et retourne aux branchies sans le secours d'aucun vaisseau et à travers les aréoles des tissus. Ils n'ont pas de système veineux défini.

Comment veut-on qu'un appareil qui s'est essayé ainsi, et qui est né en quelque sorte de lui-même, qu'un système d'organes moteurs qui semblent prendre leur source dans le hquide organisé qui les anime et par qui ils sont animés, dont ils reçoivent )e mouvement en même temps qu'il reçoit d'eux une vie et un mouvement plus énergiques et plus concentrés, comment veut-on qu'untel appareil agisse selon les lois du mouvement abstrait et mathématique, comme l'enseignent les écoles ?

L'appareil circulatoire est un système vivant partout, c'est-à-dire que chacune de ses parties à l'infini jouit d'une vie propre. Le sang est vivant et animé, les vaisseaux dans lesquels il se forme ne peuvent pas ne pas participer à sa vie et à son mouvement ; il est impossible que luimême ne ressente pas très intimementleur action vivifiante. • Dès qu'un point du système échappe à la vie, la sanguification et le mouvement sont troublés dans ce point, et par lui quelquefois dans tout le système.

11 est si vrai que ce système est partout vivant, que chez les animaux très inférieurs une portion quelconque retranchée du tout con tinue à vivre pendant un temps plus

I moins loug, et peut même reproduire un autre animal jmblable. Comment cela se pourrait-il, si la portion reanchée n'emportait pas avec elle des éléments de circution vivants par eux-mêmes, et possédant dans une irtie les propriétés fondamentales du tout ?

Partout où il y a un liquide nourricier, quelque simple l'il soit, n'y a-t-il pas des parties organisées oii il se eut et par qui il se meut, quelque simples qu'elles soient? . chez reml)ryon des animaux plus élevés, de ce blasme où l'on n'aperçoit ni figure ni mouvement de ce qui L être, ne sortira-t-il pas des organes circulatoires plus u'faits ?

Chaque partie de ces organes ne se forme- t-elle pas jr place avec le sang ? Est-elle l'effet d'un allongement îs parties préformées, du cœur par exemple, allongement ^terminé par l'usage, ou nécessité par des circonstances ctérieures et physiques ? Qui doute du contraire? Or, on 3ut en déduire cette proposition certaine, c'est que si laque partie est née de son protoplasme, et n'a tenu que î lui son organisation, elle tirera d'elle-même, quand elle jra atteint son développement, toutes ses actions, quelque mple qu'on la suppose, et possédera les propriétés fonamentales et caractéristiques de toute fonction respirorculatoire, savoir le mouvement sanguificateur.

II est donc impossible de concevoir un seul point de cet Dpareil qui ne soit doué de ces deux facultés. Elles sont illement inséparables en lui que tout mouvement phyque ou qui ne naît pas de la sanguification trouble cette mctionou la supprime, et que, réciproquement, le mouîment cesse dès que cesse ou s'altère la sanguification.

Mais, quoique possédant par soi et deriaissaiice sa part de propriétés motrices et formatrices échappant à tout calcul mathématique et ne relevant que du sens et de l'instinct hématosique , chaque partie de l'appareil ou chaque vaisseau est uni à l'ensemble. Quoique pourvues de facultés propres, elles ne sont point isolées et indépendantes comme les monades de Leibnilz ; et la vie que chacune possède dépend, dans son jeu et son exercice, de la vie de toutes les autres, de celles surtout qui renferment le plus haut degré d'activité circulatoire et qui président hiérarchiquement à la fonction. C'est ici qu'intervient le. rôle des organes centraux de l'appareil, et qu'après avoir' indiqué l'action des parties du système, il faut dire en. quoi consiste son unité; car s'il n'est pas d'appareil plus> multiple chez l'homme, il n'en est pas aussi de plus un. Sous ce rapport il représente exactement le système nerveux, si infiniment varié dans ses parties et doué pourtant , d'une si admirable unité.

Le cœur unifie et centrahse toutes les propriétés de l'appareil circulatoire et de toutes les circulations partielles, comme le cerveau unifie et centrahse les propriétés si richement diverses du système nerveux, c'est-à-dire de tous les sens et de tous les centres secondaires qui composent ce système.

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