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Les lois du progrès [microform]

La traduction et la publication à Paris de ce livre, paru pour la première fois à Rome en 1876, sont un pieux hommage rendu par une Française à la mémoire de Fauteur, un démocrate romain, qui lui avait donné son nom pour mieux s’attacher dans le présent et l’avenir, par les liens du cœur et de la famille, à notre chère France dont il avait fait son séjour et qui garde sa tombe.

Que le lecteur français ne s’étonne donc pas de se voir offrir un ouvrage italien à cette heure où l’Italie, démentant ses révolutions et ses luttes séculaires, confondant, hélas ! dans un même oubli ses martyrs et ses vengeurs, s’allie avec la race hostile, qui l’a de tout temps humiliée et opprimée, contre la race amie, qui l’a secourue et relevée au prix de son sang.

Le galant homme qui a cherché dans l’histoire les Lois du progrès^ Romolo Federici, appartenait à l’élite des libres esprits et des cœurs élevés qui ne se

font pas une idole de la Force, qui lui préfèrent le Droit, même vaincu.

Et n’est-ce pas le droit par excellence, celui pour lequel, en 1848, se sont, d’un élan unanime, insurgées toutes les villes d’Italie, celui pour lequel, en 1859, le sang prodigué des Français et des Italiens a glorieusement arrosé les champs de Palestro, de Magenta et de Solférino, n’est-ce pas ce droit sacré, dont la violation constitue les conquêtes illégitimes, c’està-dire barbares, qui est aujourd’hui brutalement foulé aux pieds dans l’Alsace-Lorraine ?

« Ces deux provinces sont unies à la France depuis deux siècles, et il n’y en a point de plus hostiles à l’Allemagne, » disait Federici dans un chaleureux appel à la démocratie italienne publié par la Riforma^ le 22 septembre 1870. Et il ajoutait : « Prétexter leur origine allemande pour les arracher à la France, c’est perpétrer, au nom du droit national, un attentat contre le fait même de la nationalité. »

Au furor teiitonicus, dont nous menaçait hier, en grinçant des dents ou, plutôt, des crocs, un petit-fils d’Arminius, il eût voulu opposer avec Pétrarque la vertu latine (i) et, dès le lendemain de Sedan, il l’invoquait, dans la ville de Germanicus, il l’appelait au secours de Paris assiégé. « La cause de la

(i)Virtù contra furore

Prenderà 1’ arme ; e fia’l combatter corto.

France est la cause de tous les peuples î s’écriait-il, et leurs chefs ne devraient plus tarder à prendre sa défense... » « Quant au gouvernement italien, concluait hardiment notre ami, si la prise de possession de Rome n’a pas été pour lui la simple annexion d’une ville, il y trouvera, sous des formes diverses, la tradition perpétuelle de la solidarité des peuples et l’autorité nécessaire pour la faire prévaloir . »

L’âme chevaleresque de Victor Emmanuel était digne d’écouter cette voix qui répondait à ses sentiments intimes, comme, du reste, à ceux d’un grand nombre d’Italiens d’alors et d’aujourd’hui. Car le rôle de valet d’un Poméranien, que la moins fière des politiques et la moins clairvoyante aspire à lui faire jouer, ne convient pas et ne saurait plaire au peuple qui a rempli, à deux reprises, le rôle souverain de protagoniste de la civilisation. Les tâches serviles ne sont plus faites pour l’Italie émancipée, sortie enfin de sa longue impuissance, tourmentée du désir de mériter son bonheur et de justifier, par une nouvelle effusion de lumière, la confiance du poète qui a dit que, si jamais elle recouvrait la liberté, elle redeviendrait une troisième fois la reine du monde.

Pour contribuer, dans la mesure de ses moyens, à rendre à son pays l’indépendance politique et la liberté civile, Federici avait conspiré dès sa première jeunesse et combattu d’abord à Venise, ensuite à Rome ; aussi avait-il failli connaître l’hospitalité des

bastilles du Saint-Père et, plus tard, lorsqu’aux jours d’espérance et d’héroïsme eurent succédé les années de deuil et d’oppression, il dut s’expatrier. Mais son exil, d’abord forcé, il le prolongea depuis volontairement, Paris ayant exercé sur lui son charme habituel.

Au reste, ses idées politiques n’étaient point celles de la majorité de ses compatriotes : à la forme unitaire, qui a prévalu en Italie, il préférait la forme fédéraliste. C’est meme pour déduire les raisons de sa méfiance contre la concentration des pouvoirs et l’unité de gouvernement qu’il a écrit l’aperçu historique dont le présent volume renferme la traduction exacte et presque littérale. Le traducteur anonyme a tenu à rendre avec une fidélité, peut-être excessive, la pensée de l’historien politique qui parfois, nous devons le reconnaître, l’a développée insuffisamment, et qui ne l’a pas toujours exprimée avec la netteté lumineuse de Montesquieu.

A part ce léger reproche (que nous semblent mériter, d’ailleurs, la plupart des écrivains étrangers), nous ne nous permettrons aucune réflexion sur cet ouvrage longuement médité qui appelle et ne craint pas la discussion : nous le laisserons juger en toute liberté à de plus savants que nous.

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