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DÉFINITION DU PROGRÈS MORAI

Les caractères que le progrès manifeste en général, aussi bien quand sa marche se réalise dans le monde physique que lorsqu’elle se révèle dans le monde moral, le lecteur les connaît tous désormais. De l’analyse précédemment faite des éléments qui concourent à l’engendrer, il résulte que le progrès ne peut plus être considéré comme les phénomènes qui existent par eux-mêmes, qui exercent et subissent une action quelconque, mais qu’il doit, au contraire, être regardé comme un mode déterminé d’action accumulatrice inhérente à 'tous ces mêmes phénomènes indistinctement.

La notion du progrès ainsi conçue, toutes les incertitudes et les obscurités qui l’accompagnaient disparaissent.

Il ne se produit pas dans la nature un phénomène auquel la notion du progrès, énoncée de cette manière, ne puisse être appliquée. On ne pourrait la rejeter que seulement par rapport à une objectivité qui garderait en ellemême un état d’inertie complète et perpétuelle, si un tel

état est supposable au sein de la nature vivante. Pour cette raison, le progrès équivaut, dans son sens le plus étendu, à un mouvement produisant une accumulation d’acquisitions successives ou d’accroissements.

Appliqué maintenant plus particulièrement aux deux sphères morales des sensations et des idées, sa signification prend un sens plus décidé et correspond avec exactitude aux opérations qui s’accomplissent dans l’organisme sensitif de l’homme et dans son développement intellectuel. Par l’aptitude des sens, l’homme, mis en contact avec les manifestations de la nature, en reconnaît les qualités apparentes et, par la faculté inhérente à l’intelligence, il découvre les propriétés intimes des phénomènes naturels reliées entre elles. Toute découverte lui sert d’échelle pour en atteindre d’autres, nouvelles et plus hautes, de chacune desquelles il tire des moyens ultérieurs dont il se sert pour agrandir le champ de ses connaissances. Toute connaissance acquise par lui contribue à compléter, dans sa conscience, l’image de l’ensemble harmonieux de la nature.

De là découle évidente la définition du progrès moral à savoir : « le progrès moral est constitué par les degrés successifs que l’intelligence, grâce à une tendance innée chez elle, parcourt dans la connaissance des lois de la nature, afin de réaliser son développement et de conformer ses actes à l’ordre universel, dont elle fait partie.»

La fin de l’homme (non pas dans le sens de finalité absolue, mais de fonction nécessaire et complète, fin cir-

consente, pour le moment dans ces recherches, en la seule sphère des faits qui tombent sous l’observation) est démontrée de cette manière par les deux éléments essentiels qui la déterminent: la nature et le moi, lesquels éléments agissent réciproquement l’un sur l’autre.

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