‹ Les lois du progrès [microform]Chapitre 51 sur 65 · LIMITATION DU PROGRÈS MORAL · texte numérisé non relu

LIMITATION DU PROGRÈS MORAL

Le champ du savoir humain, où l’on a toujours à moissonner de nouvelles découvertes, apparaît si vaste qu’on le considère comme indéfini. Il arrive même que chaque moisson nouvelle semble en élargir davantage le circuit, soit à cause du caractère particulier de l’intelligence, soit à cause du perfectionnement d’aptitudes que développe en lui l’exercice croissant. Et cependant, selon la définition énoncée plus haut, le progrès moral rencontre finalement un point où il faut qu’il s’arrête.

La limite suprême de chaque branche du progrès est marquée par le sommet atteint dans la connaissance des phénomènes naturels qui la composent, comme, dans l’ascension d’un mont, la cime est le but forcé du voyageur. Le développement de l’être intellectuel ne peut se poursuivre plus loin que l’horizon où la nature sensible le renferme, en dépit des étendues immenses que l’on croit entrevoir encore par delà la ligne de limite démesurée, mais inaccessible.

Néanmoins, même en restant fidèle à la méthode qui

préside à ces recherches, il est impossible de ne pas reconnaître que la notion de l’infini est d’accord avec le vrai, dans le domaine de l’observation. L’infini existe, parce que de l’universalité des faits il résulte deux choses : T que ce qui a son origine dans une série de manifestations préexistait déjà en germe ou en puissance; 2“ que, quelques variations de formes et quelques dissolutions d’éléments qui surviennent, rien n’est jamais détruit.

On peut encore ajouter qu’en continuant à ne pas se livrer à des spéculations basées sur la finalité du moi pensant, la synthèse complète de la nature, composée ou plutôt créée par l’être intellectuel, est vraiment une substance qui, comme toutes les autres substances, ne peut s’anéantir, même si le soutien sensitif des idées, c’està-dire le langage, disparaissait. Mais quelles que doivent être les conditions réservées ultérieurement à l’œuvre de l’homme, celle-ci, nécessairement, cesse par le fait de l’épuisement des connaissances naturelles.

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