ÉPUISEMENT PARTIEL DES FACTEURS DU PROGRÈS
Il est indubitable que l’histoire de tous les peuples est lissue, presque entièrement, de ces alternatives de plus ou moins grande vitalité, aussi bien dans l’ensemble que dans une ou plusieurs parties de leurs manifestations. Telle nation qui, dans une période, se montre animée d’une puissante activité, soit dans le commerce, soit dans la navigation, soit dans une autre branche, semble, dans la période successive, devenue plus faible et comme épuisée. Mais, des arguments que nous avons exposés il résulte que cela ne peut évidemment être attribué à une impuissance inhérente à l’être intellectuel, ni individuellement, ni collectivement. Le degré de perfection auquel un peuple n’a pu atteindre dans une époque est atteint par lui, dépassé même, dans une époque postérieure, après avoir paru décliner du rang qu’il avait d’abord occupé. Ce fait est constant, non seulement dans l’histoire générale des nations, mais aussi, et surtout, dans l’histoire spéciale des différentes branches des sciences et de l’in-
dustrie.
La cause de ces alternatives est donc ailleurs. Mais si elle ne réside pas dans l’individu, elle réside alors dans
le mode propre au développement du progrès. En se reportant, en effet, à la signification générale du progrès, qui inclut la collaboration collective de l’être intellectuel et la mutualité entre celui-ci et la nature, on trouvera la preuve que les conditions dans lesquelles s’opère le progrès étant variables, le progrès lui-même varie, par conséquent, dans sa manière de procéder. Le repos, la stagnation, même le recul apparent, ne révèlent pas l’insuffisance des forces ou l’impuissance du groupe social, mais l’épuisement des éléments du travail entrepris par ce groupe. C’est là une des conséquences les plus importantes qui découlent du principe que le progrès n’est ni continu ni égal.