‹ Les lois du progrèsChapitre 19 sur 40 · HO · texte numérisé non relu

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gazouillement de l'oiselet nocturne semble un délicieux poème d'amour, qui renferme tous les élans passionnés du cœur, depuis les caresses les plus tendres jusqu'aux accents de la joie la plus triomphante. Néanmoins, ces merveilleuses élévations et modulations vocales, qui font pâlir d'envie les cantatrices et les ténors les plus admirés, ne formeraient, si on les notait, qu'une série peu étendue de gammes adorables perpétuellement les mêmes. L'année prochaine, au retour du tiède avril, vous les entendrez de nouveau, égales en tout point à celles qui vous ont si agréablement surpris et ravi l'année dernière. Chacun de ces chanteurs ailés porte avec lui, dès sa naissance, le même album de douces sérénades pour charmer sa belle, tranquillement assise sur sa couvée dans le feuillage voisin.

Toutes ces expansions répondent aux mouvements intérieurs de l'instinct, presque comme autant d'actes réflexes, c'est-à-dire correspondant directement à d'autres mouvements organiques. Le don d'imitation, dont quelques animaux ont été favorisés, ne lorme pas exception à cette règle; il révèle seulement une sensibilité plus grande de certains organes et un plus grand développement de la mémoire.

Dans l'hypothèse où l'homme existerait privé d'intelligence, il aurait, pour entretenir des relations avec les individus de son espèce, son propre langage, de même que tous les autres animaux, et plus parfait que le leur, parce que son organisme serait toujours plus parfait ;

mais, comme celui des autres animaux, son langage se réduirait à une collection d'expressions phonétiques, propres seulement à reproduire les modes et les degrés de ses passions. De cette sorte, son langage consisterait exclusivement en signes détachés, qui représenteraient les impulsions immédiates de l'instinct.

Tout autre est le langage humain. Non seulement les sons articulés révèlent déjà en lui l'analyse, opération qui ne saurait exister dans les sens, mais on y trouve la contexture par laquelle diverses expressions se groupent pour dénoter un phénomène qui a également des parties diverses. Et cela démontre jusqu'à l'évidence que le langage humain représente autre chose que les seules émotions et les sensations, chacune séparée et distincte des autres. Le langage de l'homme s'étend, flexible, et se moule sur les nervures de la pensée, pareil à la membrane qui suit les contours et adhère aux plis de l'organe dont elle est l'enveloppe. La parole décrit tous les phénomènes de la nature, tels qu'ils apparaissent à l'intelligence : elle indique leurs propriétés, constate le lieu où ils se produisent, fixe leur action dans l'espace et dans le temps, découvre leurs modalités, et révèle enfin les relations de cause et d'effet.

Telle qu'elle est , dans son type général de manifestation des actes de l'intelligence dans le milieu des sens, la parole coïncide avec la manière même dont se sont accomplies les opérations intellectuelles, à partir du mo-

ment où elles ont commencé. La parole est véritablement le verbe de l'intelligence.

Le langage primitif a pu, dans la suite, se traduire et se transformer en mille manières, se développer et se compléter démesurément, mais son caractère, son mécanisme, sa texture intime, sont restés perpétuellement les mêmes. Toutes les langues connues semblent pouvoir être distribuées en trois catégories : celle des monosyllabes superposés, comme la langue chinoise; celle des motsracines aux soudures et aux flexions différentes, comme la langue touranienne; celle où les mots-racines subissent plusieurs altérations pour former une signification ultérieure, comme les langues sémitiques et indo-européennes.

En dehors de l'Écriture des Hébreux, il n'a paru jusqu'à ce jour aucun document qui atteste que les grands types que nous venons de mentionner aient eu une origine commune. On l'espéra un instant, lorsqu'on découvrit une inscription cunéiforme en trois langues diverses, en perse ou zend à droite, en assyrien à gauche, en mots d'un idiome inconnu dans le milieu. On ne tarda cependant pas à reconnaître que ce dernier dérivait en partie de la langue sémitique et en partie de l'aryenne, peut-être plus voisin de la première que de la seconde, et on l'appela langue accadienne ou sumérienne. Néanmoins, si l'on ne sait pas encore quelle a été la mère commune des langues, ou si même il en a existé une, il est certain que toutes celles qui ont paru jusqu'à ce jour sont des sœurs.

De toutes, se dégagent également les trois caractères suivants : les mots s'associent pour modifier mutuellement leur valeur; les mots s'associent pour former un sens complexe; les mots enfin s'associent pour reproduire entre les parties du discours le même lien qui existe entre les idées.

Pour cette raison, on peut affirmer que l'embryon du langage se forme simultanément avec la pensée.

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