‹ Les lois économiquesChapitre 1 sur 239 · RUE RICHELIEU · texte numérisé non relu

RUE RICHELIEU

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INTRODUCTION

Il existe un grand nombre d’excellents traités d’économie politique : les maîtres de la science nous ont laissé et publient encore chaque jour de véritables chefs-d’œuvre dans lesquels toutes les questions sont mûrement approfondies et la plupart des difficultés élucidées de la manière la plus logique et la plus complète. Nous n’avons pas eu la prétention de refaire ce qu’ils ont fait si bien; la tâche que nous nous sommes imposée

est plus modeste. Notre intention n’a été que de prouver l’existence des lois économiques qui régissent le monde social et de montrer leur concordance, leur enchaînement, leur action et leur universalité?

Nous nous sommes parfois séparé des opinions émises sur quelques points par des penseurs et des écrivains d’un incontestable mérite: ce n’est pas que nous ayons voulu nous frayer une voie qui nous fût propre, ou que nous ayons eu l’envie de rien innover. Le seul but que nous nous soyons proposé a été la découverte et la démonstration de la vérité dans les termes les plus simples et les plus clairs. C’est ainsi que nous n’avons pu accepter les anciennes doctrines sur la population et les lois qui déterminent son accroissement; il nous a semblé qu’en traitant cette question, les économistes qui nous ont précédé ! se sont trop vivement préoccupés des grandes ou moyennes divisions de l’humanité par nationalités distinctes. De l’étude et de l’analyse des lois économiques dont nous avons essayé à développer l’action et la portée , nous avons déduit l’axiome incontestable pour nous, qu’en écono-

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mie politique, pas plus qu’en religion ou en morale, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de nations. L’effet des lois économiques ne peut se restreindre aux frontières des États : leur action est universelle, catholique dans l’acception la plus vraie et la plus large de ce mot. Partout, dans tous les temps comme dans tous les lieux, nous les retrouvons développant les mêmes phénomènes, amenant inévitablement les mêmes conséquences, conduisant toujours aux mêmes résultats.

Nous sommes revenu souvent sur la nécessité de laisser à l’homme la liberté complète de son travail, de son capital, de son crédit et de son intelligence: il nous a paru prouvé outre mesure que c’est sur la jouissance la plus entière de ces quatre libertés que repose le lien social, Je droit de propriété, la juste fixation du taux des salaires et l’équitable répartition des bénéfices ou produits du travail. Nous avons développé et analysé les droits du travail, ceux du capital et ceux du crédit ; si nous n’avons fait qu’indiquer les droits de l’intelligence, c’est que nous n aurions peut-être pas eu toute la liberté qui

nous semblait nécessaire pour traiter cette question d’une manière complète.

Nous avons dû rechercher en vertu de quelles lois la richesse se crée, se multiplie et se répartit, et en vertu de quelles autres la misère afflige de nombreuses populations 5 ce n’est ni dans la paresse, ni dans l’ivrognerie, la débauche, le jeu, l’imprévoyance ou autres défauts individuels que nous avons trouvé les causes des privations, des souffrances qui constituent ce mal social auquel on a donné le nom sinistre de paupérisme. Nous avons cru les rencontrer dans certains legs du passé, dans de nombreuses infractions à la loi économique qui règle les rapports de la pro duction avec la consommation et dans quelques institutions vicieuses en vigueur chez nous et chez d’autres peuples. 11 existe entre tous les hommes des liens de solidarité qui nous font participer aux souffrances, aux avanies des populations les plus éloignées, et qui communiquent à tous les membres de la grande famille humaine le malaise qui résulte des désordres économiques produits sur les points qui semblent être les plus étrangers les uns aux autres. Non-seulement

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cette solidarité s’étend de peuple à peuple, de continent h continent, mais elle descend de génération en génération, et les malheurs comme les fautes de nos peres nous ont laissé un triste héritage de douleurs.

Mais cette même loi de solidarité agit en bien comme en mal, et si nous éprouvons quelque dommage, quelque détriment de l’esclavage, du servage, de l’ignorance même qui pèse encore sur un si grand nombre de nos semblables, nous, les fils âmes de la civilisation, nous inoculons aux nations les plus arriérées nos connaissances, nos principes, notre bien-être. Il y a dans la civilisation une force d’expansion qui résulte des besoins quelle crée et qui ne fait que s’accroître à mesure que son action s’étend et se développe.

Le monde a vécu pendant des siècles sous l’empire de sophismes, de dictons et de maximes dont l’économie politique commence à faire justice.

Nous ne croyons plus comme autrefois que l’homme le plus heureux soit celui qui n’éprouve ni désirs, ni besoins : la nature a mis dans le

cœur de nous tous une soif intarissable de progrès, et ce serait méconnaître une des premières conditions de noire existence, comme êtres intelligents, que de rester accroupis dans l’ignorance, l’apathie et l’égoïsme étroit et brutal des premiers âges.

Nous ne croyons plus comme autrefois que le profit de l’un est nécessairement la perte de l'autre, c’est-à-dire que l’homme ne peut avoir dans son semblable qu’un ennemi, un spoliateur, et que tout commerce n’est que dol et déception.

Nous ne croyons plus comme autrefois qu’une partie du genre humain est irrévocablement et à toujours vouée à la misère. 11 y aura, sans doute, à tout jamais des inégalités de fortune, puisqu’il y a des inégalités de force musculaire, d’aptitude morale et de puissance intellectuelle; mais l’homme acquiert chaque jour assez d’empire sur la nature pour subjuguer toutes ses forces et les faire servir à la satisfaction de ses besoins.

Cette sujétion des forces de la nature aura pour effet inévitable de niveler une foule de différences sociales et de ramener les inégalités individuelles à un juste niveau. Une sorte de collectivité de sa-

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voir supplée au manque de génie, d’initiative ou d’habilelé du plus grand nombre, et la collectivité des forces compense la faiblesse des uns et le découragement des autres. Quand une moyenne s’élève, les sommités s’abaissent.

Nous avons l’intime conviction que la misère provient des vices de nos institutions sociales ou économiques et qu’elle disparaîtra complètement quand les lois économiques ne seront plus enfreintes ou entravées systématiquement, quand elles régleront en toute liberté les rapports de l’offre à la demande, la part du capital et celle du travail, les droits du crédit et ceux de l’intelligence et le juste équilibre qui doit s’établir entre la consommation et la production ; quand, en un mot, nous aurons débarrassé les sociétés modernes des lambeaux d’institutions surannées, des influences du passé qui surnagent encore ça et là comme pour nous montrer les écueils qu’il nous importe d’éviter.

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