CHAPITRE XI
Nous venons de dire que le crédit est la jouissance anticipée du travail à venir, qu'il repré*sente certains produits futurs : ce 11e sont pas seulement les produits du travail manuel, ce sont encore les productions de l’intelligence, et les fruits que chacun est en droit de retirer de son capital. Il suit nécessairement de là que tout homme, soit qu’il produise directement par son travail manuel ou par son intelligence, soit qu’il produise indirectement par son capital, possède un crédit proportionnel au résultat supposé de ses travaux.
Entraver ou limiter le crédit par des mesures législatives ou autres, c’est limiter ou entraver le droit de production, le droit du travailleur, c’est porter atteinte à la propriété de chacun.
Plus le travailleur est libre, plus la production est livrée à elle-même, c’est-à-dire affranchie de tout autre frein que celui de la consommation, et plus le crédit se développe et vient seconder les efforts du producteur. Avons-nous besoin de dire que le crédit n’existe que pour ceux qui sont maîtres de leurs personnes, de leur temps, de leur travail, qui peuvent employer comme ils 1 entendent leur intelligence, et qui ont le droit damasser un capital.
LE CRÉDIT
L’esclave de la Nouvelle-Orléans, le fellah d’Égypte et le serf de Russie ne jouissent d’aucun crédit; et l’institution de l’esclavage, le monopole du vice-roi d’Égypte, le servage moscovite, amoindrissent dans une très-forte mesure le crédit de ceux qui ne sont ni esclaves, ni fellahs, ni serfs, parce qu’il ne peut se fonder, il ne peut exister que là où règne la sécurité, là où la société est établie sur des principes de justice et de liberté. Plus l’application de ces principes est large et vraie, et plus le crédit est stable et développé.
Le crédit n’a pris naissance qu’après la formation du capital, c’est-à-dire après que les sociétés ont été régies avec assez de justice pour que le travailleur pût posséder en liberté et avec sécurité la partie de son produit dont il n’avait pas besoin pour sa consommation immédiate. A mesure que le capital s’est accru et que le droit a remplacé la force, le crédit est apparu : il est venu donner de nouvelles forces à la production et accroître comme la collectivité, comme la publicité, comme la transmission d’âge en âge des connaissances acquises par nos pères, la puissance créatrice de l’homme.
Le crédit n’a et ne peut avoir d’autres bornes