CHAPITRE XII
partir entre un plus grand nombre de co-partagéants.
Nous supposerons un village de la Beauce ou d’ailleurs, où l'on ne rencontrait tout dernièrement encore qu’un seul magasin d’épicerie. C’était un véritable monopole : les prix du sucre et du café, de la cannelle et du poivre, n’étaient soumis à aucun contrôle, il n’y avait pas de concurrence pour dix lieues à la ronde. Cependant, et justement à cause de cela, les ventes n’étaient guère considérables, et l'épicier ne pouvait au bout de l’an mettre qu’un sac de 1,000 fr. de côté. Un jour survint enfin un concurrent • un nouveau magasin s’ouvrit • les prix baissèrent en conséquence, et l’ancien monopoleur ne trouva au bout de l’année, pour bénéfice net, qu un excédant de 750 fr. ! Voilà l’effet incontestable de la concurrence. Mais qu’était-il arrivé chez le nouveau venu ?Lui aussi, il avait réalisé sur ses ventes un profit de 750 fr. Au lieu de rapporter 1,000 fr. par an, la vente de 1 épicerie avait produit 1,500 francs.
Est-ce là un résultat regrettable? Demandezle au concurrent, demandez-le encore à tous les consommateurs du village qui purent se procurer, par la Misse des prix, une foule de choses
LA CONCURRENCE
dont ils étalent forcés de se priver ; demandezle encore au producteur de sucre, au producteur de poivre et de café, qui virent leurs débouchés s’accroître, et au peintre et vitrier auxquels eut ! recours l’ancien monopoleur pour rajeunir son magasin et remplacer par du verre ses vitres de papier huilé.
Il est une limite néanmoins qui ne doit jamais être franchie, car la ruine est au delà. Mais sur ce point, comme sur tout ce qui a rapport aux échanges, au travail, au salaire, au crédit, l’intérêt de chacun doit être son guide : toute intervention étrangère n’aurait d’autre effet que de généraliser la perturbation et la ruine que l’on voudrait empêcher.
Le principe de la concurrence, principe vrai, bienfaisant et presque cause unique du progrès, du bien-être et de la civilisation, ne rend pas cependant tous les services que l’humanité est en droit d’en attendre : c’est que ce principe est faussé dans son action par toutes les entraves mises au libre emploi du travail, du capital, du crédit et de l’intelligence. Jusqu’à ce que le travail, le capital, le crédit et l’intelligence scient entièrement libres, il y aura concurrence entre les travailleurs pour obtenir de l’ouvrage, mais il