CHAPITRE XIV
des enfants et s’amuser à de puérils détails. Il n’est donc pas étonnant que l’on ait parfois cherché querelle à l’application de ce principe, qu’on l’ait accusé de mettre l’homme au niveau des machines et de l’abrutir.
Un moraliste, qui a dépensé beaucoup de temps, beaucoup d’imagination et un grand fonds de chaleureuse indignation à faire des recherches sur la situation des ouvriers, assure avoir vu en Angleterre un homme qui, pendant de longues années, n’ayant jamais qu’une même sorte d’ouvrage qui le forçait à prendre une position cambrée et à tenir une de ses mains d'une certaine façon, était devenu tout contrefait et pouvait à peine mouvoir son pouce et ses doigts à la manière des autres hommes. À la suite de cette description venait une généreuse tirade contre la tyrannie de l’industrie et l’excessif abus de cette malheureuse division du travail !
Nous sommes loin de vouloir contester la vérité de cette anecdote; nous croyons le récit exact dans tous ses détails ; mais, nous le demandons, était-ce bien la faute de la division du travail si cet homme, excellant à faire un certain travail, y trouvait plus de profit qu’à changer d’ouvrage tous les jours? Nous aurions
compris que notre philanthrope eût vivement apostrophé la mécanique et lui eût reproché de n’avoir pas encore produit un outil ou une machine qui eût remplacé cet homme qui restait pendant des heures entières dans une position toujours la même. Mais il nous semble que le travailleur qui n’est ni serf, ni esclave, ne s’adonne à un ouvrage toujours semblable que s’il y acquiert une certaine habileté, que si cette constante répétition, ce cycle sans fin, d’une production toujours pareille, lui procurent des avantages que la variété et le changement ne lui donneraient pas.
La loi de la division du travail s’harmonise complètement avec plusieurs autres lois économiques : ainsi on peut affirmer, d’une part, que plus le travail est divisé et plus est élevée la rémunération du travailleur; de l’autre, que plus le travail est divisé et plus le produit peut être livré au consommateur à bon marché.
Personne ne niera, nous le croyons, que plus le travailleur est habile, plus il est adroit et prompt dans sa fabrication, mieux il est payé ; or, en industrie comme en toute autre chose, la pratique constante, l’habitude de faire une chose, donne l’habileté, donne l’ardeur et la prompti-