‹ Les lois économiquesChapitre 153 sur 239 · CHAPITRE XI Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Y

tude. Oïi l’a dit, il y a longtemps, même des ouvriers de l'intelligence, les hommes propres à tout faire ne sont propres à rien : il faut, pour réussir, s’adonner à une spécialité, et comme le dit le proverbe : pierre qui roule n’amasse pas mousse.

Cette habileté, cette promptitude d’exécution que donne l’habitude, assure en même temps le bon marché de la fabrication; car le cloutier, qui dans sa journée fera dix kilogrammes de clous, pourra les donner à plus bas prix que celui qui n’en fabrique que sept ou huit ; le tisserand qui confectionnera deux mètres de toile la livrera à meilleur marché que celui dont le produit n’atteindra qu’un mètre et demi.

11 ne peut donc y avoir de doute sur ces deux points : la division du travail assure à l’ouvrier de plus hauts salaires et au consommateur des produits à meilleur marché ; elle n'est pas moins favorable au capitaliste, car le bon marché facilite la multiplication des échanges, et c’est sur l’échange seul qu’est basé le revenu du capital.

Mais, ainsi que nous l’avons dit, la division du travail dans l’industrie ne nous présente que le moindre côté de la question.

Quand on étudie avec attention le système so-

cial économique tout entier, il est impossible de ne pas être frappé de ce fait que la civilisation tout entière est la conséquence et le produit de la grande répartition du travail qui s’est faite naturellement entre tous les membres de la société, à commencer dans les premiers âges du monde.

Si l’humanité eût été destinée à rester à tout jamais emmaillottée dans les langes de son enfance, rhomme eût continué à subvenir seul à tous ses besoins et à ceux de sa famille. Il eût été pasteur et laboureur, il eût filé lui-même la toison de ses brebis, il eût tissé leur laine, il eût moulu son grain, écrasé ses olives, tanné ses cuirs, forgé ses outils, construit sa tente ou sa chaumière, et façonné ses meubles et ses ustensiles. C’est encore ce qui a lieu dans ces immenses plaines de l’Arabie, où l’homme sorti depuis des siècles de l’état sauvage ne peut s’élever à l’état civilisé.

La loi du progrès veut que les hommes dépendent, sous le rapport économique, les uns des autres, et c’est aller à l’encontre de tous les principes sociaux que de contrarier, que d’entraver la tendance de toutes les nations vers des échanges qui ne sont que la mise en action, la

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