‹ Les lois fondamentales de l'universChapitre 25 sur 36 · DIXIÈME CHAPITRE · texte numérisé non relu

DIXIÈME CHAPITRE

§ lo6. — L'Idée Absolue a tous les attributs suprêmes que la foi religieuse prête à la Divinité.

Preuve. — Nous avons démontré que l'Idée Absolue existe par elle-même (§ 135) à l'état d'idée (§ 136). Nous avons également démontré que l'Idée Absolue a toujours existé (§ 137) et qu'elle est éternelle (§ 138). Nous avons enfin démontré que l'Idée Absolue est la cause première de l'existence de l'Univers (§ 139), la cause première et coefficiente de tous les phénomènes de l'Univers (§ 140), et que les lois de l'Idée Absolue sont immuables, éternelles et toutes-puissantes (§ 141).

Or ce sont là tous les attributs suprêmes que la foi religieuse prête à la Divinité.

Romarciuo. — La valeur de ce qu'on dit n'est pas dans ce qu'on affirme, mais dans ce qu'on démontre, car ce n'est que lorsqu'une vérité est rigousement démontrée qu'elle s'impose à l'esprit humain et lui fait faire un progrès.

Ce que nous disons dans ce paragraphe de la Divinité a été dit et répété de temps immémorial, à peu près dans les mêmes termes, mais personne ne l'avait démontré. Nous venons d'en donner une démonstration rigoureuse puisqu'elle est géométrique.

L'humanité s'est inspirée d'un sentiment profond et juste lorsqu'elle a mis la raison d'être de tout dans la Divinité.

Rappelons-nous les paroles mémorables avec lesquelles commence l'Ancien Testament et qui résument à elles seules la vérité la plus profonde que la raison humaine ait jamais pressentie : « Au com- « mencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu « et le Verbe était Dieu.

« Tout a été fait par lui et sans lui rien ne « s'est fait.

« Et le Verbe s'est incarné. »

Les démonstrations que nous venons de donner dans ce paragraphe prouvent la vérité de ces paroles.

Nous avons en effet démontré que l'Idée Absolue, ou, en d'autres termes, la Divinité, est antérieure à

LA RELIGION. oOo

tout, puisque tout découle d'elle, puisqu'elle est la cause première de l'existence de la matière et du mouvement. « Au commencement était le Verbe et « le Verbe était la Divinité. »

Nous avons démontré aussi que l'Idée Absolue, la Divinité, est la cause première de l'existence de l'Univers et de tous les phénomènes qui s'y produisent par raison géométrique. « Tout a été fait « par elle et sans elle rien ne s'est fait. »

Enfin, c'est l'incarnation de l'Idée Absolue que nous avons prouvée lorsque nous avons démontré que c'est des lois de l'espace que découle l'existence des atomes qui forme la matière. « Et le Verbe s'est « incarné. »

Ainsi ces paroles bibliques sont vraies, puisque leur vérité est géométriquement prouvée.

Faust a eu tort de croire impénétrable le sens de ces paroles sublimes.

Dans ce Chapitre où nous traitons de la Religion^ nous emploierons le terme Divinité au lieu de celui d'Idée Absolue, puisque nous avons démontré que l'Idée Absolue a tous les attributs de la Divinité. De même, au lieu de lois géométriques nous dirons lois divines, puisque nous avons démontré que les lois de l'espace sont les lois de l'Idée Absolue, c'està-dire de la Divinité.

o06 LES LOIS FONDAMENTALES DE L'UNIVERS.

§ 157. — La religion doit s'appuyer seulement sur la vérité .

Preuve. — Fonder et propager une religion en s'appuyant sur des assertions fausses, en trompant les hommes, c'est faire un acte immoral, contraire à la justice, car, avec une monnaie fausse, avec le mensonge, on accapare leur foi et leur dévouement.

Le but ne sanctionne pas les moyens, et les iniquités, quel que soit leur but, amènent toujours des résultats funestes parce qu'elles troublent l'ordre moral.

En effet, lorsque la religion s'appuie sur l'imposture, elle vicie l'esprit humain, empêche le progrès, dégrade les caractères, propage la discorde et la haine entre les nations, provoque des guerres religieuses, les pires de toutes les guerres, et entraîne toutes sortes de calamités telles que l'intolérance, la persécution et la tyrannie. Toute l'histoire de l'humanité en est une preuve vivante et douloureuse.

Ensuite, un autre mal qui résulte de l'emploi du mensonge et de Timposture pour fonder une religion, c'est que cette religion tombe en discrédit dès que les hommes commencent à voir qu'on les trompe, ce qui finit toujours par arriver, grâce au progrès de l'esprit humain.

LA RELIGION. o07

Par conséquent, la religion doit s'appuyer seulement sur la vérité. C. q. f. d.

^ lo8. — Le sentiment religieux, c'est l'aspiration de Tàme vers l'idéal.

Preuve. — Jean-Jacques Rousseau a dit avec raison : « Avant tout, les faits. » Or l'existence du sentiment religieux dans 1" humanité est un fait tout aussi réel que l'existence de notre planète.

Pour s'en convaincre, on n'a qu'à considérer l'humanité telle qu'elle a toujours été et telle qu'elle est sous nos yeux.

Vouloir nier l'existence du sentiment religieux serait tout aussi puéril que si l'on voulait nier l'existence de la gravitation.

Maintenant, nous devons nous rendre compte de la nature de ce sentiment.

Dans^ son expression la moins élevée, le sentiment religieux est la prière adressée par un être faible et timoré à un être supérieur, à un Maître, pour que celui-ci le protège, lui vienne en aide au milieu des difficultés de la vie et lui pardonne ses péchés. Ce n'est pas sans raison que Garibaldi a dit que : « La paura governa il mondo. » Cette espèce de sentiment religieux est très répandu dans les classes peu cultivées et très préconisé par les églises officielles des États monarchiques. C'est ainsi qu'elles veulent

baser sur le droit divin l'autorité des monarques et proclament ceux-ci les représentants de Dieu sur la Terre. Cette doctrine est tout à fait fausse, car nous avons démontré que la Divinité est l'Idée Absolue (§ 156), et que de celle-ci découlent la liberté et la justice qui sont les bases fondamentales de l'ordre moral, politique et social de l'humanité (VHP Chapitre). Nous voilà bien loin de ce prétendu droit divin fait ad hoc par le clergé officiel, pour donner une consécration religieuse à la domination des monarques.

Quelque inférieure que soit la nature de ce sentiment religieux, il contient cependant en germe un sentiment plus élevé, car il exprime le regret d'avoir commis des péchés, puisqu'il en demande pardon. Il est évident que ceci dénote une aspiration de l'âme vers le bien moral. Or c'est précisément là ce qui constitue le sentiment religieux. Lorsque l'âme réprouve ses défaillances, ses faiblesses ou, en termes religieux, ses péchés, c'est qu'elle a devant elle un idéal vers lequel elle aspire.

De cette démonstration il résulte que le sentiment religieux est l'aspiration de l'âme vers l'idéal.

§ loi). — La religion doit être idéale. Preuve. — Nous avons démontré (§ 156) que

la Divinité c'est l'Idée Absolue. Or, puisque la religion est le culte de la Divinité, c'est le culte de l'Idée Absolue.

Nous avons également démontré (§ 1 57) que le sentiment religieux est l'aspiration de l'âme vers l'idéal, et (§158) que la religion doit élever l'âme vers cet idéal. Il en résulte que la religion doit être idéale. C. q. f. d.

Remarque. — Les croyances matérialistes dégradent l'âme parce qu'elles ne tiennent pas compte de son existence et par conséquent de sa volonté.

De même une religion mystique repose aussi sur une fausse doctrine, car mystère signifie, dans ce cas, des choses inaccessibles à notre raison. Ornons avons démontré clairementdans le Septième Chapitre ce que c'est que l'Idée Absolue, par conséquent ce que c'est que la Divinité. Il n'y a là aucun mystère. Au contraire, toutes les idées sont claires et géométriquement démontrées.

Par suite des erreurs qu'elles propagent, les croyances mystiques donnent sotivent lieu à des pratiques religieuses insensées et à des sectes immorales. Elles ont de plus le tort d'abaisser le niveau de l'intelligence humaine tant qu'elles dominent, et l'inconvénient de laisser tomber en décadence la religion lorsque Tesprit prend librement son essor et fait des progrès.

§ 160. — La religion doit être optimiste.

Preuve. — Il n'y a et il ne peut y avoir au monde *que deux espèces de religion : des religions optimistes et des religions pessimistes.

Nous avons démontré que tous les phénomènes de la nature sont le résultat des lois géométriques.

Les lois géométriques sont remplies de symétrie et d'harmonie entre elles.

La conséquence rigoureuse en est que tout ce qui existe est symétrique et harmonieux.

Le bien est donc nécessairement l'état général et normal du monde.

Ainsi, le pessimisme n'est qu'une triste erreur. Aussi pour être pessimiste doit-on être malade de corps ou d'esprit ou des deux à la fois.

Le pessimisme déprime le caractère de l'homme et le rend bon à rien.

Il produit ce mauvais effet sur l'homme, parce qu'il prive son esprit de l'équilibre et de l'harmonie normale et le met en contradiction avec toute la nature.

Aussi le dernier mot du pessimiste est-il la démence de vouloir détruire le monde, parce qu'il n'a pas le courage de supporter les souffrances et de braver les dangers inséparables de la vie. Et cependant les souffrances et les dangers ont aussi leur charme, car, dans ces moments difficiles, nous

sentons se révéler en nous la force et la grandeur de notre âme.

Pour être heureux, il suffit d'avoir une grande âme et d'affronter avec calme et sérénité toutes les difficultés de la vie.

Puisque le pessimisme déprime le caractère de l'homme, toute religion pessimiste déprime le caractère de la nation qui l'adopte et la professe.

Ainsi, il est démontré que la religion doit être optimiste pour être en harmonie avec les lois de la nature et pour être salutaire à l'humanité.

§ 161. — ■ La religion doit avoir ses temples, son culte, son clergé et ses rites.

Preuve. — Aucune association humaine ne peut exister si elle n'a pas ses lieux de réunion et certaines règles pour exercer son activité.

Du moment où il est démontré (§ 158) que le sentiment religieux existe dans l'humanité, il lui faut une religion pour satisfaire ce besoin intime de l'âme. Or que serait une religion sans temples, sans culte, sans clergé et sans rites? Ce que serait une Université sans bâtiment, sans statuts, sans professeurs et sans cours.

Dans ces conditions, la religion n'existerait pas et les individus, pour satisfaire leur besoin religieux.

oi2 LES LOIS FONDAMENTALES DE L'UNIVERS.

entreraient, à la suite d'imposteurs, dans toutes sortes de sectes, dont les pratiques secrètes sont souvent des plus immorales.

Ainsi, la religion pour exister et pour remplir son but doit être organisée et pratiquée au grand jour, à la vue de toute la nation, et pour cela elle doit avoir ses temples^, son culte, son clergé et ses rites.

§ 162. — Le culte, ses rites et le service religieux doivent avoir pour but de purifier l'âme, de la fortifier et de l'élever vers son idéal.

Preuve. — Nous avons démontré (§ 158) que le sentiment religieux, c'est l'aspiration de l'âme vers l'idéal. Par conséquent, pour que le culte et le service religieux répondent à ce besoin profond de l'humanité, il faut qu'il ait pour but de purifier l'âme, de la fortifier et de l'élever vers son idéal.

Remarque. — 11 est évident que, pour remplir ce but, le service religieux doit consister en exhortations morales adressées aux fidèles par les membres du clergé.

§ 163. — La religion doit imprimer aux fidèles l'élan moral qui fait la grandeur des nations.

Preuve. — Nous avons démontré (§ 162) que la

mission de la religion est d'élever les âmes vers leur idéal. En les élevant et en les fortifiant, elle leur imprime cet élan moral qui constitue la plus grande force d'une nation.

Toute religion qui ne le fait pas finit par être dédaignée, ainsi que ses adhérents. Cette vérité est prouvée par les faits de l'expérience, par l'histoire même de l'humanité. G. q. f. d.

§ 164. — Les prescriptions religieuses doivent établir la fraternité et la solidarité entre tous les membres du corps social.

Preuve. — ■ L'attachement, les uns envers les autres, des membres d'un corps social et leur solidarité rend toute société non seulement très forte, mais aussi durable et heureuse.

La haine entre les différentes classes d'une société, leur isolement les unes des autres et leur antagonisme violent amènent toujours la décadence nationale.

Il en est ainsi parce que tout ce qui n'est pas symétrique et harmonieux est contraire aux lois de l'Idée Absolue et doit fatalement périr.

Par conséquent, les prescriptions religieuses doivent établir la fraternité et la solidarité entre tous les membres du corps social.

§ 165. — Les prescriptions religieuses doivent être conformes aux lois de la nature, qui sont celles de l'Idée Absolue, de la Divinité.

Preuve. — Lorsque les prescriptions religieuses sont contraires aux lois de la nature, si on les observe, elles font du mal et à l'âme et au corps; si on ne les observe pas, elles font encore du mal parce que la religion tombe en décadence.

Par conséquent, les prescriptions religieuses, comme toutes les lois rationnelles, doivent être conformes aux lois de la nature.

§ 166. ■ — La religion doit faire aux fidèles un devoir de la tempérance.

Preuve. — Si l'on pouvait mettre en vue toutes les forces physiques et morales perdues par les nations Européennes à cause de leur intempérance, si l'on énumérait tous les crimes et toutes les maladies qui en sont la conséquence, on serait obligé de reconnaître que Mahomet est un des plus grands législateurs de l'humanité, parce qu'il a interdit aux croyants l'usage des boissons spiritueuses.

Par la boisson, la matière grise du cerveau se détériore et l'homme ivre est littéralement fou jusqu'à ce que son cerveau soit rentré dans son état normal, mais il en reste toujours des traces indélé-

biles et l'homme se dégrade en détériorant ses organes les plus nobles.

Ainsi, la religion doit faire aux fidèles un devoir de la tempérance. C. q. f. d.

§ 167. — La religion doit imposer aux fidèles de trayailler chaque jour de corps et d'esprit.

Preuve. — Sans un travail journalier du corps et de l'esprit, l'organisme humain se détériore. Ce sont des lois physiologiques dont on ne peut pas s'écarter sans se faire du mal. Sans exercice le corps s'affaiblit, perd sa vitalité et son énergie.

Il en est de même de Tintelligence qui a besoin du travail de l'esprit pour se développer, et pour se conserver.

Les classes laborieuses ont dans leur travail manuel l'exercice nécessaire au corps, mais il faut les appliquer à exercer aussi leur esprit. A cet effet, rinstruction obligatoire ne suffît pas, puisqu'elle est donnée seulement dans le jeune âge. Il faut encore mettre à leur portée des conférences gratuites, courtes, car ils n'ont pas beaucoup de temps à leur donner, mais intéressantes et instructives.

Quant aux classes cultivées qui vivent des travaux de leur esprit, elles doivent faire chaque jour les exercices nécessaires au corps pour développer sa force et conserver sa santé.

Sans l'observation de ces règles, une nation perd beaucoup de sa valeur.

Par conséquent, la religion doit s'appliquer à astreindre les fidèles à ces règles.

§ 168. — La religion doit rendre les hommes tolérants, bons et généreux.

Preuve. — Tolérants, parce que la tolérance est le respect de la conscience des autres.

Les Romains ont conquis le monde avec leur tolérance autant qu'avec leurs armes et c'est leur intolérance qui a empêché les Mahométans d'en faire autant.

Bons envers les autres, parce que par là nous respectons les lois de la justice. C'est d'ailleurs l'état dans lequel l'âme est la plus heureuse parce qu'elle est en harmonie avec les lois divines.

Généreux, parce que la générosité est une justice supérieure. Aussi, tout acte de générosité ennoblit non seulement l'âme de l'homme qui fait cet acte, mais par son exemple il élève aussi le niveau moral de l'humanité. C. q. f. d.

§ 169. — Comme loi morale suprême, la religion doit prescrire aux hommes de réaliser leur idéal dans chaque moment de leur existence.

Preuve. — Réaliser son idéal dans chaque moment de son existence est la loi morale suprême, parce qu'elle contient implicitement toutes les autres. En observant cette loi, on agit, à chaque moment et dans toutes les circonstances de la vie, selon l'idéal que s'est formé l'âme. C'est le seul état moral digne de l'homme, le seul qui l'aguerrit contre toutes les vicissitudes de la vie et le seul qui lui donne le bonheur absolu, car ce bonheur n'est pas fragile comme celui qui vient du corps; il ne dépend ni des circonstances ni de la volonté des autres, mais il vient de notre âme et de son idéal : il a sa source dans Vidée Absolue, dans la Divinité.

lassi, 1891.

Page 1