CHAPITRE XXIII
Nous avons rapidement passé en revue les fondements de Tétude du son et de la chaleur; il n'est pas nécessaire d'avoir étudié les autres cantons de la physique, pour comprendre l'avantage résultant du fait que le canton optique a entièrement recouvert les domaines acoustique et thermique, et pour en tirer des conclusions.
Pour le son, Tenvahissement par le canton optique a été si aisé et si rapide que nous avons pu considérer Tacoustique comme un chapitre particulier de la mécanique, la mécanique du mouvement vibratoire; en réalité même, quand le son était assez grave, nous avons presque pu voir vibrer les corps sonores; dans tous les cas, nous avons pu appliquer, à l'étude de ce mouvement rapide de masses matérielles vibrantes, la méthode d'enregistrement qui nous avait déjà servi dans la mécanique du mouvement visible; le phonographe est calqué sur la machine de Morin. La conclusion de nos études acoustiques a donc été que nous connaissons, par nos oreilles, des mouvements vibratoires plus ou moins analogues à ceux d'un pendule, lorsque ces mouvements vibratoires sont trop petits et trop rapides pour fraçi^e\; à\\^çXfôvs^fôv^^
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nos yeux, et pourvu aussi qu'ils ne dépassent pas une certaine vitesse au delà de laquelle Toreille même ne nous renseigne plus à leur sujet.
Nous avons même pu étudier ensuite la propagation de ce mouvement vibratoire dans Vmr; -la vibration d'une masse d'air revient à une alternance de compressions et de dilatations que Ton peut étudier au moyen des lois de la mécanique des gaz, et qui donnent des résultats mathématiques très rigoureux pourvu qu'on tienne compte de certains phénomènes thermiques qui prennent naissance au cours de ces variations de pression ; cette étude mathématique permet de prévoir ce qui se passera dans un tuyau sonore, dans une corde ou une plaque vibrante, etc. Et l'on peut encore vérifier par Tceil l'exactitude des résultats du calcul, en mettant en évidence, par des poussières légères, le mouvement des ventres et le repos des nœuds.
C'est donc bien là une véritable extension du canton optique aux phénomènes sonores; notre imagination n'a pas été gênée par cette extension ; elle s'est facilement pliée à cette idée qu'il y a des mouvements vibratoires plus petits et plus rapides que ceux que nous pouvons connaître par les yeux, mais qui néanmoins sont tout à fait de même ordre et régis par les mêmes lois ; autrement dit, nous avons dans les mouvements vibratoires de grande amplitude et, par suite, visibles, un modèle immédiat pour nous représenter les mouvements qui produisent des sons; et quand nous disons que le son est dû un mouvement vibratoire, c'est une vérité mécanique que nous exprimons; ce n'est pas un symbole.
De plus, les mouvements vibratoires que nous connaissons sous forme de sons, ne sont pas extrêmement petits par rapport à nous; nous pouvons voir ces mouvements quand ils sont enregistrés, sinon directement à l'œil, du moins avec une loupe ou un microscope. Nous ne sommes
donc pas, en réalité, sortis du canton optique proprement dit.
Pour la chaleur, les choses n'ont pas été aussi simples. Nous avons bien constaté, dès le début, une variation de volume plus ou moins facile à observer par les yeux et qui prouvait bien qu'il ne doit pas y avoir un abîme infranchissable entre les phénomènes thermiques et les phénomènes mécaniques; mais notre observation se bornait à une mesure unique, celle d'une déformation variable avec les divers corps.
Néanmoins ce maigre document nous a été précieux parce qu'il nous a permis de dêfihir provisoirement les températures avec la précision que comportent les méthodes de mesure optique. Mais cette définition était purement empirique malgré sa précision, ainsi que nous Tavons vu précédemment pour les forces définies par le dynamomètre ; en particulier nous ne pouvions pas faire d'arithmétique sur les températures ; nous ne savions pas parler d'une température double d'une autre.
Ijne première conquête a été celle de l'existence de certains coefficients que nous avons appelés masses thermiques par comparaison avec les masses mécaniques et de la considération du produit de ces masses par des différences de températures. Ce produit précieux, nous l'avons appelé quantité de chaleur, nous inspirant en cela d'une vieille théorie, celle de la chaleur fluide ou du calorique, vieille théorie qui a eu du moins Tavantage de nous permettre provisoirement d'introduire l'arithmétique et l'algèbre dans le canton thermique, grâce à une convention qui se traduit par le principe de la conservation de la quantité de chaleur dans un système thermiquement isolé.
C'était déjà très bien d'avoir ainsi le moyen de nous servir des mathématiques dans le canton thermique, mais tout cela était empirique et le cantou tkftYTsvVoj^fô ^^\n.
restait pas moins entièrement isolé de celui de la vision des formes.
Le pont a été jeté entre les deux cantons par la découverte du principe de réquivalence,qui a permis de donner à la thermométrie une base empruntée à la mécanique; ce produit que nous avons appelé quantité de chaleur se trouve lié mystérieusement à la fonction mécanique appelée travail, un peu comme la force mesurée empiriquement au dynamomètre se trouvait liée à la masse mesurée par des considérations purement mécaniques. Ce qui nous a réussi naguère pour la force, nous convenons de le faire maintenant pour la quantité de chaleur, c'est-àdire que nous déclarons désormais proportionnelle au travail équivalent, cette quantité qui contenait un terme absolument empirique, la température. Ce faisant, nous abondonnons complète?nent notre notion humaine de température ; nous nous préparons à quitter le canton thermique par le canton mécanique, émigration qui va nous être rendue plus facile par le principe de Carnot, grâce auquel nous verrons que les températures précédemment définies se comportent comme des vitesses. De même, nous avions été amenés à introduire la force dans le canton mécanique, en oubliant la sensation d'effort et en définissant la force par le produit de la masse et de l'accélération.
Ainsi donc, les températures sont de la nature des vitesses! des vitesse de quoi? Voilà immédiatement la question qui se pose à notre imagination.
En acoustique nous avions trouvé aisément que les hauteurs des sons varient dans le même sens que les vitesses des mouvements vibratoires des corps sonores et nous avions remplacé la notion musicale de hauteur par la notion mathématique de vitesse vibratoire. Voici que nous sommes amenés, dans le canton thermique, à remplacer la notion cantonale de température par celle d'une
autre qualité qui varie dans le même sens et qui calculée mathématiquement en fonction de phénomènes mécaniques se montre également de la nature des vitesses !
J'ai déjà montré Tintérèt biologique de cette constatation que toutes les qualités directement sensibles à Thomme sont de la nature des vitesses. Une comparaison avec les phénomènes acoustiques nous fait penser tout de suite à chercher, dans les phénomènes calorifiques, un mouvement vibratoire de quelque chose, mais c'est là, peut-être, une induction trop rapide, quoique le mouvement vibratoire ait l'avantage de nous donner une représentation aisée de la vitesse nulle correspondant au zéro absolu; peut-être serait-il préférable de chercher, dans la vitesse d'un mouvement non vibratoire, le modèle de ce que nous appelons température \
Voilà une première hésitation; nous en trouvons une seconde dès que nous nous demandons, non plus quelle est la nature du mouvement dont la vitesse se révèle à nous, mais bien quel est Yobjet de ce mouvement.
En étudiant les phénomènes sonores, nous avons déjà retrouvé notre vitesse vibratoire dans deux phénomènes qui, a priori^ semblaient d'ordre très différent :
D'abord, dans la vibration d'une corde ou d'une plaque, nous avons vu le mouvement vibratoire d'un corps solide, c'est-à-dire un véritable mouvement au sens où nous l'entendons dans la mécanique du mouvement visible.
Ensuite, dans la transmission par l'air à notre oreille, nous avons constaté (outre le mouvement de transmission qui a une certaine vitesse, la vitesse du son), une variation périodique, en un point de l'air, de cette qualité des gaz que nous appelons la pression.
Que cette variation périodique de la pression d'un gaz ne soit pas un phénomène essentielleinent différent du
1. C'est ce qui a été fait, par exemple, dans la ttvéoivfc ç,vt3Lfe\;\Qj\^ ^^«a» ^^^t^
mouvement vibratoire d'un corps solide, c'-est ce que nous fait penser la relation de cause à- effet constatée entre ces deux ordres de phénomènes; la vibration de la plaque peut faire vibrer l'air; la vibration de l'air peut faire vibrer la plaque. Néanmoins, jusqu'à plus ample informé, nous devons constater que nous connaissons déjà, en acoustique, deux formes de mouvements vibratoires, le mouvement vibratoire d'un corps solide qui est un véritable mouvement au sens mécanique du mot et le mouvement vibratoire d'un gaz qui est une variation périodique de pression, c'est-à-dire un changement périodique dans Vétat de quelque chose.
Et voilà déjà deux modèles qui nous sont fournis par la simple étude de l'acoustique ; ces deux modèles parlent directement à notre imagination; ils sont de Tordre de ceux que connaît directement notre personne et auxquels, par conséquent, notre bon sens est applicable. Lequel de ces deux modèles devons-nous choisir pour illustre?' notre découverte que la température est de la nature^ des vitesses? Nous n'avons aucune raison de préférer l'un à l'autre et d'ailleurs Thistoire de la physique nous montre un engouement successif pour ces deux modèles, au moins dans l'étude des phénomènes lumineux ; à la théorie de . Fresnel qui voyait dans la lumière le résultât du mouvement vibratoire d'un corpuscule, a succédé celle de Maxwell qui interprète le même phénomène par une variation périodique de Vétat électromagnétique de quelque chose.
Cette simple remarque doit nous faire réfléchir ; après avoir rapproché du canton optique les phénomènes du canton thermique par des conventions qui permettent d'introduire la chaleur et le mouvement dans une équation algébrique, nous voulons maintenant rapporter les phénomènes du canton thermique à des modèles qui parlont à notre imagination visuelle. S'il ne s'agissait que
d'une simple satisfaction de notre imagination, cela n'aurait pas grande importance, mais il y a autre chose :
La langue mathématique, pour précise et féconde qu'elle soit, ne nous permet pas de nous servir de notre bon sens; une fois un problème mis en équation, le savant n'existe plus ; il pourrait être remplacé par une machine à résoudre les équations. Il n'en est plus de même si les diverses opérations effectuées sur les équations ont, à chaque instant, une traduction suffisamment claire dans le langage courant. La recherche du modèle aura donc l'avantage, en substituant le langage courant au langage mathématique, de nous permettre de raisonner sur des phénomènes élémentaires, et cela peut être très fécond.
Donc, partant de la découverte de l'équivalence de la chaleur et du travail et de la conviction que les températures sont de la nature des vitesses, nous nous proposons d'abord de calquer^ sur les phénomènes qui sont à Téchelle humaine, un modèle accessible à notre imagination visuelle et qui nous permette de parler, en langage courant, des mouvements élémentaires dont une particularité nous est enseignée directement par notre sens thermique.
11 ne s'agit donc pas, au moins au début, d'expliquer^ comme beaucoup se l'imaginent, le monde connu de rhomme par les phénomènes inaccessibles d'un monde plus petit, mais, au contraire, de voir s'il est possible, en calquant un modèle de ce monde plus petit sur des phénomènes du monde connu de l'homme, d'obtenir, de ce monde plus petit, une représentation qui ne conduise à aucune contradiction.
On voit combien cette tâche est délicate; le monde connu de l'homme est déterminé par la nature de l'homme et il n'y a aucune raison, a priori^ pour que les phénomènes inaccessibles à l'homme soient du môme modèle que les phénomènes accessibles et puissent être racontés avec les mêmes mots. Et puis, comment choisiroTis»-wo\vSi^ Y^^"^"^
i84 LES EXPLICATIONS
les phénomènes à l'échelle humaine, ceux qui doivent nous fournir des modèles pour le monde plus petit que nous voulons construire? Nous connaissons, à notre échelle, des solides, des liquides et des gaz, nous connaissons des mouvements vibratoires de deux natures au moins (vibration d'un solide et variation périodique de la pressioH d'un gaz) sans compter les mouvements de translation dont la forme et les propriétés varient à l'infini; comment allons-nous donc nous y prendre pour construire notre modèle minuscule ? Evidemment, nous devrons procéder par approximations successives, en laissant a chaque instant à notre modèle, toute Tindétermination qui pourra lui être laissée et en l'astreignant seulement à être adéquat à la narration du phénomène, humainement constatable, en vue duquel il est construit. Par exemple, du principe de l'équivalence et du principe de Carnot, nous tirerons cette seule conclusion que la chaleur est un mouvement dont la température nous fait connaître la vitesse, mais nous devrons laisser indéterminée, non seulement la nature du mouvement, mais encore la nature de l'objet du mouvement; nous attendrons d'avoir étudié d'autres phénomènes pour introduire avec précaution, dans notre énoncé, une précision plus grande.
Il est possible que nous soyons arrêtés dans cette voie par des manifestations de l'activité extérieure dont la narration ne puisse se faire au moyen de mouvements d'un monde plus petit, calqué sur le monde connu de l'homme ; cela est possible, car nous n'avons, je le répète, aucune raison de croire, à priori, que les mondes plus petits soient calqués sur le nôtre; c'est là une idée qui ne peut venir que de la notion géométrique de similitude et cette notion géométrique de similitude a déjà conduit les savants à des comparaisons reconnues depuis erronées ; par exemple on a cru autrefois qu'il y avait, dans le sper-
matozoïde, un petit homuncidiis semblable à l'homme adulte, et cela est faux; il n'y a pas plus de raisons jomn, pour que le monde atomique ressemble au système planétaire du soleil...
Et cependant, si nous voulons fabriquer un modèle du monde plus petit, il faut bien que nous le fassions semblable à quelque chose que nous connaissons, d*abord parce Tjue l'imagination de Phomme n'est pas créatrice et ne peut pas sortir de ce cadre des choses observées, ensuite parce que, si ce modèle n'est pas formé d'éléments calqués sur ceux du monde connu de l'homme, nous ne tirerons aucun avantage du fait de l'avoir imaginé, puisque nous ne pourrons lui appliquer ni notre langage courant, ni notre bon sens:
Nous sommes donc tentés de créer de toutes pièces un modèle de microcosme ; mais il est évident que, à moins d'un hasard tout à fait invraisemblable, nous ne tomberons pas du premier coup sur un modèle irréprochable; il faudra faire à notre modèle des retouches successives. Il serait plus prudent d'opérer comme nous l'avons expliqué plus haut, en laissant toujours au modèle que nous choisissons toute l'indétermination que lui permet l'explication des phénomènes en vue desquels il est construit; cette indétermination diminuera progressivement à mesure que nous aurons considéré plus de phénomènes à la fois, et que notre modèle devra ôlre adéquat à ce nombre accru de phénomènes. .
S'il arrive un moment où nous avons étudié assez de choses pour ({\x aucune indétermination ne subsiste plus dans notre modèle de microcosme, le microcosme ainsi constitué devra être adéquat à l'explication de tous les autres phénomènes que Ton découvrira ensuite; il pourra même permettre de les prévoir et aura par conséquent une valeur scientifique.
C'est cette valeur de premier ordre c\;ol^ Vqw ^ ^<^^3^î^^.
accorder à des systèmes faits tout d'un coup, la théorie cinétique des gaz, par exemple; aussi a-t-on eu des déboires \ Pour ayoir voulu donner, dès le début, trop de précision au système des atomes, les atomistes ont prêté le flanc à ceux qui, oublieux des services rendus par cette hypothèse, se sont surtout attachés à mettre en évidence les cas dans lesquels, sous sa forme trop étriquée, trop parfaitement déterminée, elle ne cadrait pas avec des phénomènes bien connus.
Il faut donc se résigner à chercher à tâtons, et par approximations successives, un modèle de microcosme de plus en plus adéquat à la narration des faits humainement observables; mais il ne faut tirer de chaque fait observé que l'élément de détermination qu'il comporte pour le microcosme correspondant; par exemple, l'étude de la lumière a permis de connaître des vitesses de mouvements vibratoires, mais n'a pas autorisé à faire une hypothèse sur la nature de l'objet vibrant; la chimie a tiré un parti énorme de Thypothèse atomique, mais n'a aucunement renseigné sur la nature des atomes; l'étude des phénomènes électromagnétiques est celle qui a le plus considérablement restreint le cadre du microcosme et nous ne pouvons pas prévoir jusqu'où cela ira. La chimie physique peut être considérée aujourd'hui comme la science qui cherche à préciser de plus en plus la détermination du monde très petit, de manière à ce que le modèle ainsi créé nous permette de raconter une part de plus en plus grande des phénomènes humainement connaissables.
Si ce modèle se trouvait un jour entièrement arrêté dans toutes ses lignes et adéquat à tous les phénomènes connus de l'homme, la science humaine serait finie, c'est-à-dire que, si Ton découvrait un jour un nouveau
1. Je comparerai volontiers l'histoire de ces systèmes atomiques faits tout un coup à celle du système de Weismaun en biologie.
phénomène à Téchelle humaine, ce phénomène devrait être prévu par le modèle précédemment établi; si, par hasard, le modèle rigoureusement déterminé par les études précédentes ne cadrait pas avec ce nouveau phénomène, cela prouverait, soit qu'on s'est trompé et qu'on a trop hâtivement déterminé Tune des inconnues du microcosme, soit qu'un tel microcosme, calqué, dans ses éléments, sur le monde connu de Thomme, et adéquat à tous les phénomènes de notre physique et de notre chimie, 7i' existe pas; et cette dernière conclusion n'aurait rien d'extraordinaire puisque nous n'avons aucune raison a priori de supposer qu'il y a similitude entre les petites choses et les grandes.
Et d'ailleurs, si ce microcosme ressemblait réellement au monde décrit à Téchelle humaine, il est certain que toute son activité ne se réduirait pas à une mécanique calquée sur celle de notre mouvement visible; puisque, dans notre monde il y a, outre des phénomènes de mouvement visible, des phénomènes de chaleur, de^ lumière, etc., il devrait y avoir aussi dans le microcosme calqué sur notre monde, outre des phénomènes purement mécaniques, d'autres phénomènes analogues à nos phénomènes thermiques et qui nécessiteraient encore la construction d'un modèle de microcosme d'ordre plus petit, et ainsi de suite*...
1. On oublie ordinairement cette nécessité, parce que le langage courant nous permet de parler de la connaissance des clioses sans spécifier la nature de l'être qui connaît ; mais ici, il s'agit d'échelle et nous ne pouvons nous dispenser de tenir compte de la place qu'occupe la vie de l'observateur dans l'échelle des phénomènes extérieurs : si nous imaginons par exemple, un homunculus tel que les mouvements thermiques soient pour lui la mécanique homunculaire,.il y aura d'autres mouvements plus petits qui prendront pour cet homunculus, l'apparence d'une qualité (comme cela se passe pour nous relativement au son, à la chaleur, etc.).
La narration moniste de cet homunculus l'amènera donc lui-même à faire une nouvelle hypothèse atomique, c'est-à-dire, au foud, à imaginer un homunculus plus petit, dont la mécanique homunculaire corresponde précisément à ce qui était qualité pour l'homunculus précédent, et ainsi de suite. Encora devons-nous supposer que ces homunculus peuvent voir dans leur monde, comme nous pouvons voirdaua leii(i\.\^,ç.^Q^\T!^^^X.^v^^
Même si ron obtenait un modèle de microcosme adéquat à tous les phénomènes humainement connaissables, on ne connaîtrait pas pour cela Tessence de la nature, mais simplement une narration en terme s ^humains de Tactivité qui a son siège dans les corps de petite dimension. En réalité nous n'aurons pas expliqué les planètes par les atomes, mais, si j'ose m'exprimer ainsi, nous aurons illustré les atomes par les planètes.
Ce sera comme si nous avions été mis au courant de la connaissance qu'aurait, du monde des atomes, toi homme qui serait une réduction de nous à l'échelle des atomes et qui penserait et qui sentirait dans ce microcosme comme nous pensons et sentons dans le nôtre. Car il ne faut pas l'oublier, nous ne connaissons que des faits à l'échelle humaine; des êtres différents de nous pourraient avoir des mêmes objets une connaissance différente, à leur échelle propre. Raconter l'histoire des atomes en termes humains, c'est supposer implicitement un homunculus, fait comme nous et pour lequel les phénomènes qui sont pour nous phénomènes de chaleur seraient de la mécanique du mouvement visible ou de l'astronomie.
moins qu'assuré, au moins pourl'homunculus qui sera de la dimension de la lumière.
En général on ne se préoccupe pas de savoir çza' connaît les phénomènes atomiques sous forme de mécanique macroscopique. L'homme se fait observateur unique et suppose seulement que chaque phénomène microcosmique est grossi à son tour suivant les règles de la similitude géométrique, de manière à pouvoir être vu de lui comme un phénomène de mouvement visible. Mais un grossissement unique, s'il amène certains phénomènes microcosmiques à la dimension de notre mécanique devra laisser aux autres phénomènes leur aspect do qualité. Voilà ce que Ton oublie ; on y pense davantage si au lieu de supposer le monde grossi à l'échelle de l'homme, on fait l'hypothèse équivalente et aussi illégitime de l'homme réduit à l'échelle du monde à observer.
Une hypothèse microcosmique ne nous permet donc pas l'emploi d'un langage moniste, puisque, à chaque instant, nous ne pouvons nous placer, en imagination, qu'en un point de l'échelle des faits. Le seul langage qui puisse être uniQé dans cette hypothèse est le langage mathématique qui, dans une même phrase parle de dix millions d'années et d'un trillionième de seconde. Mais le langage mathématique ne parle pas à l'imagination, et alors, nous ne tirons pas de notre hypothèse microcosmique l'avantage que nous y cherchions.
Nous aurons beau faire, nous ne sortirons jamais de cette nécessité qui n.ous est imposée à tout jamais, de ji'avoir qu'une connaissance humaine des choses et de ne pouvoir nous imaginer que des choses semblables à celles que nous connaissons. Autrement dit, au point de vue philosophique, la théorie atomique, même définitivement établie sur un modèle qui serait adéquat à tous les phénomènes physiques et chimiques connus, ne nous avancerait guère; elle ne ferait que donner un modèle, calqué sur le monde connu de Thomme, et traduire un ensemble d'activités dont le monisme essentiel aurait déjà été manifesté pour nous par la possibilité de trouver une commune mesure à des fonctions bien choisies de ces diverses activités.
Mais nous en retirerions un grand avantage pratique au point de vue de la narration imagée des phénomènes; nous pourrions dire que Tensemble des lois naturelles dont nous avons besoin pour prévoir les phénomènes est résumé dans la connaissance du microcosme ; nous aurons d'ailleurs à revenir sur ce sujet quand nous aurons compris ce qu'est une loi naturelle, et ce qu'on doit entendre par « Texplication mécanique des choses ».
Par exemple, nous avons vu précédemment que la quantité de chaleur m c [t^ — t^ était équivalente à une quantité de travail m y e. Il faudra que le modèle mécanique qui représente notre chaleur à l'échelle de l'homunculus de tout à l'heure nous conduise à une formule de la forme m y e\ il faudra que le mouvement dont la vitesse nous donne l'impression de température soit tel par rapport à la disposition du microcosme observé par l'homunculus, que cette vitesse tende à s'uniformiser dans un milieu donné, ce qui se traduira pour nous par réchange de quantités de chaleur entre le corps plus chaud et le corps plus froid S etc..
1. L'expression « quantité de chaleur » a des inconvénients que j'ai déjà signalés précédemment. En particulier cette mauièic^^fe ^^\\fc\ çy^\\^^
Bien des gens ont cru possible d'établir tout d'un coup un modèle atomique répondant à tous nos desiderata et c'est pour cela que d'autres ont cru pouvoir crier à la déroute de Tatomisme. Il faut considérer rétablissement d'un modèle atomique comme un but que se propose la science et non comme un point de départ. Un modèle atomique provisoire peut servir provisoirement pour permettre d'expliquer en langage courant certaines découvertes, mais il faut être prêt à y faire des retouches qui seront nécessitées par d'autres découvertes; et surtout, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives de ce modèle provisoire qui n'est sûrement pas entièrement adéquat à la structure des choses.
envisager la chaleur comme une matière a conduit des gens à se demander pourquoi avec des boules de neige on ne pourrait pas chauffer un four.. On se demande aussi quelquefois comment il peut « rayonner du froid ».
Soient deux miroirs conjugués (fig. 3). Un morceau de charbon allumé étant placé au foyer de l'un d'eux, le thermomètre placé au foyer de l'autre indique une augmentation de température ; si on remplace le morceau de charbon par un morceau de glace, le thermomètre descend au-dessous de la température de la pièce. C'est que chaque corps, à une certaine température, disperse dans l'ambiance, par rayonnement, la vitesse vibratoire caractéristique de sa température. Et cette vitesse se trouvant superposée au foyer à celle des particules du thermoiùètre, augmente cette vitesse si le corps origine était plus chaud ; il la diminue s'il était plus froid.