SCIENCE ET HYPOTHÈSES
Mémento quia pulvis es.
Souviens-toi que tu es dans la nature.
Dans un drame justement apprécié, M. François de Curel a montré à ceux qui ne s'en étaient pas encore aperçus, que nous avons fait de la Science la nouvelle Idole. Il est dans la nature de l'homme de peupler l'univers d'abstractions auxquelles il donne, tôt ou tard, et d'une manière plus ou moins déguisée, la personnalité et 1^ figure humaines, car il lui est particulièrement facile de parler, dans son langage humain, de ce qui a quelque chose d'humain. L'amour, le dévouement sont des sentiments que nous éprouvons pour des êtres de notre espèce, et quand nous ressentons quelque chose de semblable à l'égard d'une abstraction, nous ne sommes pas loin de la personnifier. A ceux qui parlent d'amour de la Science, de dévouement à la Science, les adorateurs d'autres divinités répondent en annonçant la faillite de la Science ; ils espèrent grandir leur propre Dieu de l'abaissement de Celui du voisin, comme autrefois les Juifs, dans leurs combats contre les Amalécites, faisaient les affaii'es de Jéhovah.
Et il faut avouer que, contre certains adorateurs de la Science, M. Brunetière a raison. Beaucoup espèrent en effet que la Science leur donnera l'explication du monde,