II INTRODUCTION
entendant par explication, la satisfaction de ce besoin de comprendre, que Ton peut appeler également sentiment religieux et qui représente, dans nos consciences modernes, le reste atavique de la croyance à l'absolu. Ceux-là sont ordinairement les plus ardents antagonistes des amis de la tradition ; du moins ils se l'imaginent, mais en réalité, ils en sont les plus fidèles alliés, par cela même qu'ils croient posséder en eux un principe capable de connaître, capable de répondre aux questions que résolvaient en se jouant les anciennes cosmogonies. Car ce qu'il y a d'important, ce sont ces questions mêmes, et non la manière dont on y répondait; c'est dans l'énoncé même des questions d'origine, de but, de causes premières, qu'est l'affirmation de la survivance en nous des erreurs de nos ancêtres; ces questions se posent en nous aujourd'hui parce que nos ancêtres ont cru les avoir résolues, et si la Science (avec une majuscule) a jamais promis d'y répondre, nous devons proclamer la faillite de la Science.
Que de choses différentes on entend sous un vocable unique ! Le malacologiste oublie l'heure de son repas pour achever de compter les stries d'une coquille nouvelle rapportée de loin par un voyageur; il est dévoué à la science, il aime la science plus que tout, il ne conçoit pas de plus grande joie que de décrire un échantillon d'une espèce inconnue. L*astronome passe ses nuits à observer les astres et se considère comme payé de ses peines s'il a ajouté quelques unités au catalogue des étoiles. Tel physicien a consacré son existence à mesurer des coefficients de dilatation ou de compressibilité, etc., etc. Ce sont là des sciences spéciales ; ceux qui s'y adonnent se proposent uniquement de faire ce qu'ils font, aussi bien qu'il est possible, et les résultats obtenus par ces travailleurs consciencieux et méritants s'entassent dans les traités de zoologie et de botanique ou dans l'annuaire du bureau des longitudes. Et à mesure que les découvertes s'accumu-