‹ Les lois sociales: esquisse d'une sociologieChapitre 6 sur 29 · INTRODUCTION I · texte numérisé non relu

INTRODUCTION I

susceptible de répétition ou se répétant en fait, el un effet général, non moins répété ou susceptible de l'être. — D'autre part, les mathématiques ne nous montrent jamais la causalité en œuvre; quand elles la postulent sous le nom de fonction, c'est en la dissimulant sous une équation. Elles sont pourtant une science et le prototype même de la science. Pourquoi? Parce que nulle part il n'est fait une élimination plus complète du côté dissemblable et individuel des choses, nulle part elles ne se présentent sous Taspecl d'une répétition plus précise et plus définie, et d'une opposition plus symétrique. La grande lacune des mathématiques est de ne pas voir ou de mal voir les adaptations des phénomènes. De là leur insuffisance si vivement sentie par les philosophes, môme et surtout géomètres, tels que Descartes, Comte, Cournot. La répétition, l'opposition, l'adaptation : ce sont là, je le répète, les trois clefs différentes dont la science fait usage pour ouvrir les arcanes de l'univers. Elle recherche, avant tout, non pas précisément les causes, mais les lois de la répétition, les lois d<î l'opposition, les lois de l'adaptation des phénomènes. — Ce sont trois sortes de lois qu'il importe de ne pas confondre, mais qui sont aussi solidaires que distinctes : en biologie, par exemple, la tendance des

espèces à se multiplier suiy.ant une progression géonitHricfue (loi de répétition) est le fondement de la concurence vitale et de la sélection (loi d'opposition), cL la production des variations individuelles, des apliludes et des harmonies individuelles différentes, ainsi que la corrélation de croissance (lois d'adaptation) (i) sont nécessaires à leur fonctionnement. — Mais, de ces trois clefs, la première et la troisième sont beaucoup plus importantes que la seconde : la première est le grand passe-partout ; la troisième, plu!>3 Une, donne accès aux trésors les plus cachés et It^s plus précieux ; la seconde, intermédiaire et subordonnée, nous révèle des chocs et des luttes d'une uliliLé passagère, sorte de moyen terme destiné à spvanouir peu à peu, quoique jamais complètement, et il ne disparaître môme partiellement qu'après de nombreuses transformations et atténuations.

Ces considérations étaient nécessaires pour indi-

(i) On remarquera que Cuvier et les naturalistes de son tcnij^s, voire même son adversaire Lamarck, ont surtout eht^i'ehéles lois d'adaptation, tandis que Darwin et les évolutionnistes ses disciples ont envisagé de préférence les plirnomènes de la vie sous l'aspect de leurs répétitions et ik leurs oppositions (loi de Malthus et loi de la concurrence vfLïilf?) quoique, certes, ils se soient aussi préoccupés de râdnplation vitale, qui importe avant tout.

INTRODUCTION l3

quer ce que la sociologie doit Otre si elle vont mériter le nom de science, et dans quelles voies doivent la diriger les sociologues s'ils tiennent à cœur de la voir prendre décidément le rang qui lui appartient. Elle n y parviendra, comme toute autre science, qu'en possédant et en ayant conscience de posséder son domaine propre de répétitions, son domaine propre d'oppositions, son domaine propre d'adaptations, toutes caractéristiques et bien à elle. Elle ne progressera qu'en s'efforçant de substituer toujours comme toutes les autres sciences l'ont fait avant elle, à de fausses répétitions des répétitions vraies, à de fausses oppositions des oppositions vraies, à de fausses barmonies des harmonies vraies, et aussi à des répétitions, à des oppositions, à des harmonies vraies, mais vagues, des répétitions, des oppositions, des adaptations de plus en plus précises. — Plaçons-nous successivement à chacun de ces ti'ois points de vue pour vérifier d'abord si l'évolution des sciences en général, de la sociologie en particulier, s'est faite ou se fait dans le sens que je viens de définir imparfaitement et que je définirai de mieux en mieux ; et ensuite pour indiquer les lois du développement social sous chacun de ces aspects.

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