INTRODUCTION
La science, c'est un ordre de phénomènes envisagés par le côté de leurs répétitions. Ce qui ne veut pas dire que diflférencier ne soit pas un des procédés essentiels de Tesprit scientifique. DiiTérencier aussi bien qu'assimiler, c'est faire œuvre de science ; mais ce n'est qu'autant que la chose qu'on discerne est un type tiré dans la nature à un certain nombre d'exemplaires et susceptible même d'une édition indéfinie. Tel est un type spécifique qu'on découvre, qu*on caractérise nettement, mais qui, s'il était jugé être le privilège d'un individu unique et ne pouvoir être transmis à sa postérité, n'aurait point à intéresser le savant, si ce n'est à titre de curiosité tératologique.
Répétition signifie production conservatrice, causation simple et élémentaire sans nulle création, car l'effet, élémeutairement, reproduit la cause, comme le montre la transmission du mouvement d'un corps à un autre ou la communication de la vie d'un ôtre vivant au bourgeon né de lui. Mais ce n'est pas seulement la reproduction ^ c'est la destruction des phénomènes qui importe à la science. Aussi la science, à quelque région de la réalité qu'elle s'applique, doitelle y rechercher, en second lieu, les oppositions qui s'y trouvent et qui lui sont propres : elle s'attachera donc à réquilibre des forces et à la symétrie des
formes, aux luttes des organismes vivants, aux combats de tous les êtres.
Ce n'est pas tout, et ce n'est même pas Tessentiel.
11 faut, avant tout, s'attacher aux adaptations des phénomènes, à leurs rapports de co-production vraiment créatrice. C'est à saisir, à dégager, à expliquer ces harmonies que le savant travaille ; en les découvrant il parvient à constituer cette adaptation supérieure, l'harmonie de son système de notions et de formules avec la coordination interne des réalités.
Ainsi, la science consiste à considérer une réalité quelconque sous ces trois aspects : les répétitions, les oppositions et les adaptations qu'elle renferme, et que tant de variations, tant de dyssymétries, tant de dysharmonies empêchent de voir. Ce n'est pas, en effet, le rapport de cause à effet qui, à lui seul, est l'élément propre de la connaissance scientifique. S'il en était ainsi, l'histoire pragmatique, qui est toujours un enchaînement de causes et d'effets, où l'on nous apprend toujours que telle bataille ou telle insurrection a eu telles conséquences, serait le plus parfait échantillon de la science. L'histoire cependant, nous le savons, ne devient une science que dans la mesure où les rapports de causalité qu'elle nous signale apparaissent comme établis entre une cause générale,