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CONSIDÉRATIONS SUR LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

FAK MADAME DE STABL.

Aux Rédacteurs du y TdS^LihéYoA.

Messieurs, vous vous êtes empressés de payer un tribut d'éloges au dernier ouvrage de madame de Staël ^ et les extraits que vous en donnez prouvent à quel point ces éloges sont justes. Je partage votre admiration pour des talens si étendus et d'un ordre si élevé. Je pense , de plus , que jamais madame de

( 79 ) Staël n'en a fait un emploi plus remarquable, et que celte femme, si WnVe dans toutes ses productions, ne l'est dans aucune au même degré que dans celle-ci , qui lui fait prendre rang dans la première classe des écrivains politiques.

Cet ouvrage , si étonnant sous tant de ï-apports, est-il pourtant tout ce qu'il pouvait être? N'hésitons pas k reconnaître que non : et cela tient à ce qu'exécuté d'une manière si large , il a été conçu dans un intérêt trop étroit; à ce que l'auteur, que tout poussait à écrire une histoire générale^ s'est obstiné à ne faire qu'une histoire particulière.

Ma lame de Staël convient de bonne foi, à la vérité, que c'est l'apologie de son père qu'elle avait d'abord cru entreprendre ; mais c'est expliquerunefauteplutôtquel'excuser.

Ne convient-elle pas aussi qu'une fois entrée en matière, elle a reconnu combien étaient resserrées les limites dans lesquelles elle se trouvait emprisonnée ? Déterminée à en sortir , pourquoi n'a-t-elle pas étendu en tout sens le domaine de sa liberté ? pourquoi ne s'est-elle pas élevée au-dessus de toutes les considérations privées ? pourquoi n'a-t-elle pas changé le centre de sa composition ?

(8o) pourquoi s'est-elle opiniâtrée , en décrivant tous ces grands phénomènes politiques, à les rapporter à M. ]Necker(i) comme à leur

( 1 ) Necker ( Jacques ) , né à Genève en 1 754 , Hls de Charles-Frédéric de Cuttrin , professeur de Droit public d'Allemagne à l'Académie de Genève , fut, une partie de sa vie, commis chez un banquier à Paris. Son intelligence le porta à amasser une fortune énorme , après être devenu l'associé du banquier chez lequel il était; en 1769 il publia un ouvrage sur la compagnie des Indes. En i^jô l'Académie française couronna son Eloge de Colvert; ce qui lui donna une certaine réputation dans la liltéralure : ensiiite il publia un ouvrage sur la Législation des Blés. En 1781 il fit paraître une brochure in-4°, intitulée ie Compte rendu. Ce fut vers!»a fin de 1776 qu'il fut adjoint à Taboureau, contrôleurgénéral, jqui se vit forcé de lui céder la place le 10 juillet 1777. Necker donna sa démission en 1781, et se retira en Suisse , où il acheta la baronnie de Copet ; là, il fit paraître un ouvrage sur i'Jdminis^ tratioii des finances ^ 3 vol. in-8\ Etant rentré en France en 1787, il eut une querelle avec M. de Calonne ; ce qui causa son exil. Il fut rappelé à ses fonctions de contrôleur-général en 178S. Mirabeau l'avait surnommé le Roi de la canaille. Necker , après avoir été à la tête de plusieurs factions , et retourné le peuple sens dessus dessous , se vit bientôt haï , méprisé et obligé de fuir. 11 retourna

principe , et à faire le principal de ce qui ne devait être que Taccessoire ?

De-là cette nécessite continuelle de rétrécir les proportions du cadre et d'exagérer celles du héros, pour que l'un et lautre semblent se convenir.

Par cette faute , qui doit exciter plus de regret que de blâme, puisqu'après tout elle n'est imputable qu'à la piété fdiale , madame de Staël s'est dépouillée des premières qualités qui doivent accréditer l'historien: Tindépendance et l'impartialité. Averti , une foisj qu'elle observe tout à travers ses aifec-

dans sa pairie, en abandonnant au trésor royal a, 400,000 fr. , une maison de campagne et son hôlel à Paris. Comment Necker avait-il gagné une fortune si considérable ? En fuyant de France , il fut arrêté à Arcis-sur-Aube, elles habitaiisde Vcsuul le voyant passer, eux qui avaient traîné sa voiture, faillirent le massacrer. Quoique vivant paisiblement dans sa baronniedeCopet, il publia en 1S03 wn ouvrage contre le gouvernement consulaire. 11 ne voulut jamais se mêler des affaires de la Suisse ; il se trouva beaueoup mieux en faisant celles de France. C'est à Genève, le 9 avril 1804 , que mourut cet homme ambitieux autant que despote. 11 publia durant sa vie quelques ouvrages qui ont quelque réputation. A. 1.

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