‹ Les loisirs d'un banniChapitre 4 sur 65 · LE MONOLOGUE · texte numérisé non relu

LE MONOLOGUE

Madame a raison , elle est dans son neuvième mois , il n'y a pas de temps à perdre,

(i) M. de Chateaubriand et non M. de Chlteaubrillant, comme l'appelle , par erreur , M. Arnaull.

il faut songer à trouver un nom a l'enrant. En permettant à ma femme de le nommer, si c'est une fille , je me suis réservé ce droit si c'est un garçon. Pensons-y donc sérieusement. Le choix d'un nom ne doit pas se faire à la légère. C'est un tort aux parens que de s'en rapportera ce sujet au hasard, qui semble prendre plaisir à perpétuer de génération en génération les noms les plus ignobles. A-t-on reçu un nom ridicule comme filleul, on le transmet comme parrain. C'est ainsi que je m'appelle Biaise, du nom de l'inlime ami de ma mère , lequel avait aussi eu pour parrain un intime ami de la sienne. Au moins n'ai-jepas eu le tort de faire passer à qui que ce soit un nom semblable. Je respecte fort la mémoire du digne homme de qui je le tiens ; mais ce respect ne peut pas , de la personne , s'étendre au nom. Laissons le peuple tenir à un vieil usage qui conserve encore dans les campagnes , et même dans certains quartiers de Paris, les noms les moins nobles du calendrier. Les vieux usages ne sont souvent que de vieux ridicules. Si ce n'est pas manquer de respect envers la mémoire de ses pères que de préférer, h. leur vieille friperie , les habits de la

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( i8 ) nouvelle mode , ce n'est pas non plus les offenser que de se faire de nouvelles mœurs en tout ce qui est variable de sa nature. Or, la probité exceptée , je ne saclie rien dans les mœurs qui ne soit sujet à être modifié. Quelques familles ont déjà secoué ce prt^jugé ; je veux en triompher dans la mienne. Le receveur-général , qui est notre meilleur ami, non pas que je l'aime plus qu'an autre, mais parce qu'il nous aime plus que personne; le receveur -général veut nommer notre enfant , et a déjà promis à ma femme une magnifique corbeille. Soit ! Mais je ne consens à le prendre pour comîjère ^ qu'à condition (ju'il donnera à mon fils des noms de mon choix, car les siens ne me conviennent pas du tout. Ne se nomme-t-il pasJean- François , comme feu M. de Laliarpe? (i)

(j) Jean-François de Laharpe , nafjuit à Paris le 10 novembre 1 739. Ce fut eu '759 que cet iiomnie célèbre. débuta dans la carrière àcs lettres par deux bcroïdes. Dans la première pièce , Monlezuine s'atUessait à Corlès; et dans la seconde, c'était Elisal)elh qui parlait à don Carlos : tous les deux déclamaient contre les prêtres. Il composa une grande quantité de pièces de vers et des mélanges philoso-

( >9) Beau cailenu à faire à notre enfant qnc de lui donner des noms dont un briive lionime ne peut pas signer les initiales !

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