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Les loisirs d'un campagnard

Vous vous étonnez, mon cher amt, de me voir passer l'année entière à la campagne, où il n'y a, dites-vous. ni théâtres, ni musées, ni cercles, ni cafés, et vous semblez douter que je puisse employer mon temps autrement qu'à dormir ou à bayer aux corneilles. Voilà certes une opinion qui dénote bien le citadin endurci, ne connaissant, comme M?:° de Staël, rien de plus attrayant au monde que le ruisseau de la rue du Bac.

Eh bien, détrompez-vous, mon ami, et soyez convaincu que ma vie est occupée d’une manière aussi agréable que la

vôtre. Je n'ai nullement le temps de m'ennuyer, et, si je me couche moins tard que vous, je me lève à coup sùr plus tôt, ce qui est, je crois, plus naturel et plus favorable à la santé.

Nous n'avons à la campagne, il est vrai, ni théâtre, ni musée, ni cercle, ni cohue, mais nous avons la vie calme et régulière, la terre émaillée de fleurs, le chant mélodieux des oiseaux, le doux murmure du ruisseau, la diversité des paysages et mille points de vue, tous plus ravissants les uns que les autres, merveilleux kaléidoscope qui offre à nos regards une foule de tableaux originaux dont vos musées ne renferment que de pâles copies.

Ces bois touffus, ces vallées charmantes que la nature a parés de ses dons et qui ne doivent rien à l’art, parlent à l'âme et flattent les sens. Tout y est mouvement, tout y respire la vie.

re —

Le jardinage est un des plaisirs les plus purs que puisse se procurer l'homme. « Je n'ai trouvé plus grande délectation en ce monde, dit Bernard Palissy, que d’avoir un beau jardin. » Nous naissons tous un peu jardiniers; la culture des fleurs et des fruits est notre première inclination, et c'est là sans doute un goût que nous ont transmis nos premiers parents. Un jardin est la meilleure école pour un enfant; il est bon qu'il voie et touche la nature avant de l'étudier dans les livres.

Dès que les habitants des villes peuvent s'affranchir ou respirer quelques moments en liberté, une pente secrète les ramène au jardinage. Le marchand se sent heureux de pouvoir passer du comptoir à ses fleurs; l'artisan, qu'une dure nécessité attache toujours au mème endroit, orne sa fenêtre d’une caisse de verdure; l’homme d’épée, le magistrat, de fonctionnaire soupirent après la vie champètre, et, pendant les courts instants où ils quittent la ville et les affaires pour jouir du repos de la campagne, tous s’extasient sur les charmes de ces heureuses et paisibles retraites où l’on oublie le monde avec ses déceptions, ses amertumes et ses jouissances factices.

Que de gens désabusés cherchent, comme Dioclétien, à oublier les vaines grandeurs et l’ingratitude des hommes en cultivant leur jardin! © rus, quando ego le aspiciam? O campagne, quand te reverrai-je ? s'écrie le poète Horace.

N'est-ce pas aussi un beau spectacle que celui de cette lutte pacifique de l’agriculteur, pendant toute l’année, pour arracher à la terre son tribut ?

= Et que de distractions nous offre le séjour à la campagne !

Celui-ci y satisfait son goût pour la botanique et pratique

dans ses herborisations la meilleure hygiène ; car, comme le

disait le savant Haüy: on n'a pas besoin de prendre des

du

le

— plantes en décoction, il suffit d'aller les cueillir pour en res-

on les effets salutaires.

… Célui-là préfère l'entomolôgie, et trouve dans l'étude des + rome les mœurs les plus étranges, les leçons les plus utiles

. Cet autre a la passion de la chasse; il poursuit les êtres sauvages au fond des bois, sous les haies, dans les joncs; “les traque dans leurs repaires, et se livre avec bonheur aux distractions qui exigent un grand exercice. Et pour ètre plus calme, la pêche n’en est pas moins attrayante, et souvent mème pleine d'émotions, lorsque, par exemple, ayant capturé un brochet ou une belle truite, vous manœuvrez habilement pour l’amener sans encombre sur la rive.

Même pendant l'hiver, la campagne n'est pas dépourvue e charmes. Dans la forêt, le chène, le sapin, le hêtre, le Se mélèze, ont conservé leur chevelure; le lierre, qui tapisse le tronc du vieil orme, y maintient vertes toutes ses feuilles,

: Le que le houx couvert de ses baies écarlates que recher- .

Es: chent le merle et la grive. Les mousses ont conservé tout leur lat, et, au De nen d'elles, fleurissent mème le perce-neige et

ienade! Et us n’avons-nous pas la chasse et la pèche, qui ont dans leur plus grande activité en cette saison ?

. L'hiver fait autour de nous le silence et le repos, il nous D intérieurs et nous dispose à la méditation. N'est-ce

Rs

parcours les prés et les bois. Je contemple et j'admire plus que je n’étudie, et ces causeries familières, qui n’ont rien de scientifique, vous montreront comment je sais employer mes loisirs. Je vous y parle de mon jardin, des travaux et des fleurs des champs, des arbres et des animaux de la forêt. de la chasse et de la pèche, en un mot, de tout ce qui rend le séjour de la campagne si agréable. Je vous dis tout simplement ce que je vois dans mes excursions et ce que vous pourrez voir, quand vous le voudrez, tout aussi bien que moi.

Villa des Fleurs,

LES

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