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lière propriété qu'a la marmotte de s'engourdir pendant l'hiver et de rester environ six mois sans manger ni boire est ce qu'on appelle l’Atbernation. Elle appartient à plusieurs autres animaux, tels que le loir, l’écureuil, le hérisson, le blaireau, la chauve-souris, les reptiles, les batraciens, etc. La température du corps, qui, chez les animaux hibernants à sang chaud, est, à l'état de veille, égale à celle des autres mammifères, c’est-à-dire d'environ 38 degrés, descend presque, pendant leur sommeil périoäique, à la température de l'air ambiant. Dans cet état, les fonctions vitales sont sinon suspendues complètement, au moins considérablement ralenties, et l’abaissement de la température propre de l'animal est l'effet et non la cause de l’engourdissement. On attribue généralement le sommeil hibernal au froid ; mais on sait que plusieurs animaux éprouvent cet engourdissement périodique sous le ciel embrasé des tropiques. tandis que beaucoup d’autres, qui habitent les régions polaires, ne s'engourdissent pas. Il faut avouer ici, encore une fois, que la science n’a pas complètement résolu le problème. « Que sçais-je ? » disait Montaigne.
Le chamois vit aujourd'hui sur les cimes les plus inaccessibles des Alpes ; mais ce gracieux animal n'y habite pas absolument pour son plaisir ; il s’y est réfu- 4 gié pour échapper à la poursuite acharnée de l'homme. La chasse au chamois est des plus dangereuses; mais elle est, pour quelques montagnards, une passion insurmontable. Le chasseur part à la pointe du jour,
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traverse les neiges et les glaces ; armé de son fusil et de son bâton ferré, il sonde les précipices, grimpe de roche en roche et ne recule devant aucun danger. Mais la nuit le surprend ; il attendra le lendemain matin, sans abri et sans feu; l'espoir le soutient ; il mange un morceau de pain dur, se couche et s'endort. Avant l'aube, il est debout; c’est le moment de surprendre le chamois. Il boit une gorgée d’eau-de-vie et court à de nouveaux dangers. Enfin il aperçoit sa proie. Doucement il se glisse à portée de fusil ; il s'allonge sur le sol, appuie le canon de son arme sur un rocher et vise d’un œil sûr; le coup part, le chamois fait un bond et tombe. Le chasseur est radieux ; mais il faut revenir. [Il charge son précieux fardeau sur ses épaules, mesure de l'œil le chemin qu'il a parcouru, examine comment il pourra franchir les obstacles, les précipices qui le séparent de son village, se met en route et arrive triomphant dans son chalet. Mais il arrive aussi parfois que le pied lui manque; il glisse, et alors. son corps, brisé au fond d’un précipice, deviendra la proie des gypaètes et des corbeaux.
L'aigle plane souvent au-dessus des pics alpestres. Le gypaète ou vautour des agneaux, que les Suisses nomment Lemmergeier, habite aussi les rochers inaccessibles. Il a jusqu’à 3 mètres d'envergure et emporte facilement dans ses serres des agneaux et des chevreaux ; il attaque même les enfants, et l’on ra-
. conte à cet égard, dans le pays, des histoires fort
dramatiques. Sa manière d'attaquer les animaux plus
robustes, tels que chamois, chèvres, est assez singulière : lorsqu'il les voit brouter sur les bords des rochers et des précipices, il s'élance sur eux à l’improviste, les frappe de son bec et de ses aiïles et les force à se précipiter dans l’abime, où leur corps disloqué devient une proie facile.
A côté de ces géants de l’ordre des oiseaux, se montre, dans la zone des neiges, un lilliputien, véritable oiseau-mouche de l’Europe, le roitelet couronné, qui doit son nom à la raie d’un beau jaune d’or qui couronne sa tête ; il pèse à peine 8 grammes. Comment vit-il là? car son bec effilé dénote ses instincis insectivores.
Dans les mêmes régions vivent le pinson des neiges et da corneille des neiges au bec rouge de corail, Ces oiseaux habitent les crêtes des rochers inaccessibles entourés de vastes champs de neige, au milieu desquels le soleil et les tempêtes ont formé quelques oasis. C’est là qu'on trouve encore un lézard brun, remarquable par la couleur rouge vif de son ventre, un escargot particulier, des vers de terre auxquels tiennent compagnie quelques araignées et quelques millepieds. Lorsque le soleil brille, on y voit encore courir à terre des insectes coléoptères, et de rares papillons aux ailes sombres voltigent dans ces déserts de neige. Mais l'insecte le plus répandu dans la région des glaces est la puce des neiges. Ce sont là probablement les maigres provisions qui permettent aux oiseaux cités plus haut de vivre dans ces contrées
dé 3
L HIVER. 124 déshéritées de la nature. Pourquoi ne descendent-ils pas dans les vallées, où ils trouveraient en abondance des herbes et du foin pour leurs nids, des graines et des insectes pour leur nourriture, du soleil et de verts feuillages pour égaver leurs chants ? Peut-être pour la même raison qui fait qu'un Esquimau ou un Lapon qu'on enlève à ses déserts de neige et de glace pour le transporter en Europe au milieu des jouissances de notre civilisation y meurt de nostalgie.
Malgré son nom, la puce des neiges n’a rien de commun avec nos puces ordinaires, si ce n'est la faculté de sauter comme elles. Elle appartient au sgenre Podure. C’est un
14 La puce des neiges, sans ‘ès grossie.
petit insecte mou, sans D ÉRRAREELE
ailes, de forme très allongée, long de 2 millimètres et d'un noir de velours. Ces petits êtres vivent rassemblés par milliers sous les pierres ; mais dès qu'on les découvre, ils s'éparpillent de tous côtés et disparaissent dans les fissures de la glace ou sous la neige. Le podure de la neige exécute ses bonds, non comme la puce au moyen de ses pattes robustes, mais grâce à un petit appareil fort singulier qui termine son corps. C'est un long appendice fourchu qui se replie sous le ventre et qui, en se débandant brusquement en arrière, fait sauter tout le corps de l'animal. De quoi se nourrit-il? Toujours l'éternel que sçais-je? de Montaigne.
Mais quittons les sommets glacés des Alpes pour descendre dans la plaine. Aussi bien les pluies de février (pluviôse) ont fait disparaître la neige. (
À ne consulter que les apparences, on dirait que la neige ne peut être fort utile à la terre; il semblerait même que le froid humide dont elle la pénètre ne peut qu'être nuisible à la végétation. Mais l'expérience nous rassure à cet égard et nous apprend que, pour garantir les semences, les plantes et ies arbres, de la dangereuse influence du froid, la nature ne pouvait leur donner un meilleur abri que la neige, qui, comme une laine douce, leur sert de couverture et les défend des injures de la gelée et des vents. Lorsqu'elle forme une couche d’une certaine épaisseur, elle conserve une température plus douce qu’à la surface, et si l’on place un thermomètre au-dessous de la masse, il monte audessus de zéro. Un très grand nombre de plantes se conservent ensevelies sous la neige, et on les voit pousser au printemps avec rapidité, comme si elles avaient préparé sous cet abri salutaire des provisions pour leur accroissement futur.
Si nous visitons les bois, la vue des arbres dépouillés de leurs feuilles est certainement attristante, cependant le chêne vert, le troène, le sapin, le mélèze ont conservé leur chevelure. Le lierre qui tapisse le tronc d’un vieil orme y maintient vertes toutes ses feuilles, ainsi que le buis qui s'implante aux fissures des rochers. Voici le houx épineux, dont les haies rouges étincellent au milieu de ses feuilles d'un vert
L'HIVER. : 125 Fa brillant et produisent un effet charmant. Au pied des nÀ arbres et sur les roches, les mousses végètent et con-
servent toute leur vigueur.
Au milieu de ce deuil de la nature, la plus humble
La rose-de Noël.
fleur que nous rencontrons nous cause une agréable surprise ; six mois plus tôt, nous l’aurions foulée aux pieds ; nous nous baissons maintenant pour la cueillir. fe | Cette brave petite fleur, qui résiste au frimas destrucur teur, nous semble une protestation vivante contre la
mort dont l'image nous environne. Elles sont bien rares, hélas ! les plantes qui, dans nos champs et nos bois, fleurissent en hiver. Cherchons, cependant, si nous en découvrons quelques-unes.
Voici justement des coudriers qui laissent pendre leurs longs chatons jaunes ; mais rien ne ressemble moins à des fleurs que ces pendeloques qui se balancent mollement aux branches d’un arbrisseau sans feuilles ; on dirait plutôt de grosses chenilles. Tout auprès j'aperçois un arbuste couvert de véritables fleurs, c’est le daphné mézéréon ou bois gentil ; ses feuilles ne sont pas encore parues, mais sur ses branches flexibles s'étalent de jolis bouquets de fleurs roses. Gardez-vous bien, toutefois, de porter ces gracieuses fleurs à votre bouche, car vos lèvres enfleraient comme sous la piqüre d’une gaëêpe. Un peu plus loin, au pied d'un vieux hêtre, la rose de Noël ou hellébore noir épanouit ses fleurs semblables à des roses simples qui s'élèvent au-dessus de ses larges feuilles d’un vert sombre, découpées en lobes profonds. Sa racine épaisse et noirâtre passait autrefois pour guérir la folie. Puis c'est la galanthe ou perceneige qui élève sa tige grêle surmontée d’une fleur blanche à pétales marqués d'une tache verte et répand une douce odeur de miel. Et pour compléter le bouquet, voici quelques violettes qui devancent le printemps, dont elles sont les joyeuses messagères. Hélas, combien elles sont rares encore !
Mais l’année est finie, et bientôt va renaître le
orat; et avec eux ces tranquilles plaisirs, ces listractions que nous offre la campagne et Sent
LAN (ATrOR